Résistance civile et résolution de conflits asymétriques : les cas sud-africain et palestinien

Communication présentée au colloque « Etre gouverné au XXIe siècle » de l’Association Belge de Sciences Politique à l’ULB le 21 avril 2011, et publié sous format texte sur le site du Centre Tricontinental (CETRI).

Introduction

La récente actualité dans le monde arabe nous l’a rappelé, le peuple détient un pouvoir qu’on ne soupçonne pas toujours, et se montre dans certains cas capable de mettre fin à des occupations étrangères ou des régimes dictatoriaux. De tels exemples, le siècle précédent en a connu son lot dont certains ont été couronnés de succès comme le mouvement Solidarnosc en Pologne, d’autres moins comme les manifestations de la place Tienanmen en 1989.

Des acteurs non-étatiques ont donc joué des rôles essentiels dans plusieurs épisodes-clés de l’histoire contemporaine, comme la décolonisation ou la fin du bloc soviétique, changeant profondément le visage des relations internationales. L’Etat, détenteur de la violence physique légitime, doté de la plupart des ressources militaires, est dans ces cas-là défié par un acteur a priori faible, dans des conflits qualifiés d’asymétriques. Steven Metz et Douglas V. Johnson définissent ces acteurs faibles comme des acteurs qui « agissent, s’organisent et pensent différemment afin de maximiser leurs propres avantages, exploiter les faiblesses de l’adversaire, détenir l’initiative ou gagner une liberté d’action plus importante. […] Elle [l’asymétrie] peut inclure des méthodes, des technologies, des valeurs, des modes d’organisation, des échéanciers différents ou une combinaison de ces derniers [1]». Ils définissent de la sorte à la fois un réseau terroriste, une guérilla et un mouvement de résistance dite populaire, ou civile, à caractère majoritairement non-violent. C’est de ce dernier cas qu’il sera question dans cette étude.

Un cas emblématique de la résistance non-violente contre un occupant est l’Inde de Gandhi. A travers différentes tactiques non-violentes comme des marches de protestation, des grèves de la faim et des actions de désobéissance civile, l’Inde a obtenu son indépendance de l’Angleterre. Le mouvement pour l’obtention de droits civiques mené par Martin Luther King aux Etats-Unis dans les années 50-60 a lui aussi fait appel à des méthodes non-violentes comme des sit-in ou des boycotts.

Mais ces deux exemples de résistance non-violente, largement étudiés et commentés, ont néanmoins entrainé une conception erronée de ce type de lutte. Personnalités hautement morales, les leaders de ces deux mouvements défendaient en effet une non-violence dite de principe. Jean-Marie Muller souligne l’importance de la distinction entre l’exigence philosophique de non-violence, et la stratégie de l’action non-violente. Alors que la première érige la non-violence en valeur morale, la deuxième y recherche l’efficacité[2]. Parfois surnommé le « Machiavel de la non-violence », Gene Sharp a théorisé la stratégie de la lutte non-violente. Selon lui, la plupart des luttes populaires non-violentes ne reposent pas sur un rejet moral ou religieux de la violence, mais bien sur un calcul stratégique[3]. Tel est le cas de la lutte contre le dictateur Ferdinand Marcos aux Philippines dans les années 70-80 ou des mouvements populaires ayant mis fin à la domination soviétique dans l’ancien bloc de l’Est. A résistance non-violente, les théoriciens préfèrent donc souvent les termes de résistance populaire ou résistance civile.

Ces luttes peuvent connaître des fins diverses, certaines atteignent leurs objectifs d’autres n’y parviennent pas. Dans Unarmed Insurrections, People Power Movements in Nondemocracies, Kurt Schock explore les raisons qui permettent à certaines luttes d’ébranler les plus durs régimes dictatoriaux, tandis que d’autres échouent[4]. Nous étudierons ici l’évolution de deux mouvements de résistance civile ayant eu cours durant les années 80 : le mouvement de contestation contre le régime de l’apartheid en Afrique du Sud et la Première Intifada palestinienne. Chacun de ces cas a été suivi de près ou de loin d’un processus de négociation. Ce sont deux mouvements de résistance aux contextes et aux évolutions comparables, bien que différents. Mais si d’un côté la résistance civile sud africaine est parvenue à mettre un terme au système de l’apartheid, l’Intifada n’a quant à elle pas réussi à aboutir à la création d’un Etat Palestinien.

Choix des cas comparés

La comparaison entre la situation d’apartheid en Afrique du Sud et celle de l’occupation israélienne des Territoires Palestiniens n’est pas inédite. Il est fréquent d’entendre parler d’apartheid pour décrire la situation palestinienne ou de voir des personnalités qui ont lutté contre ce système en Afrique du Sud, dénoncer par ce terme l’occupation israélienne des territoires palestiniens[5]. En 2006, l’ancien Président des Etats-Unis, Jimmy Carter, a écrit un ouvrage intitulé Palestine : peace not apartheid, opérant un parallèle entre le régime de ségrégation appliqué en Afrique du Sud de 1948 à 1991, et la politique israélienne dans les Territoires Palestiniens Occupés (TPO), provoquant une levée de boucliers aux Etats-Unis[6]. Des organisations avancent en outre aujourd’hui la possible applicabilité du crime d’apartheid à la situation dans les TPO[7].

Outre les similarités existant entre la politique d’apartheid et la politique israélienne dans les TPO, les situations sud-africaines et palestiniennes se rejoignent également sur les formes de luttes qui se sont formées face à ces politiques. Les mouvements de résistance populaire qui ont pris cours durant les années 80 en Afrique du Sud et dans les TPO ont tous deux été analysés à la lumière des théories sur les résistances civiles. Dans le chapitre concluant son ouvrage Unarmed Insurrections, Kurt Schock relève les points communs entre les mouvements de résistance sud-africain et palestinien. Au-delà des similitudes partagées par les résistances civiles en général, ces deux mouvements ont connu des épisodes relativement violents. Par ailleurs, dans les deux cas, le mouvement naît hors de l’initiative de l’organisation historique de résistance – ANC et OLP – au sein de la population qui subit quotidiennement l’oppression[8].

Que ce soit en Afrique du Sud ou dans les TPO, la résistance a donc été réinvestie dans les années 80, menant dans les deux cas à un processus de négociation. Les deux mouvements ont beaucoup de points en communs, mais certaines caractéristiques les différencient néanmoins. L’objectif de cette étude est d’évaluer les facteurs de succès et d’échecs des résistances civiles, en partant d’une comparaison entre les cas palestinien et sud-africain. En d’autres termes, il s’agit de dégager les acquis de ces mouvements de résistance pouvant être utilisés au sein d’un processus de négociation, et d’analyser la façon dont ils y ont été mis à profit.

Résistance civile et résolution de conflit

La résistance civile et la résolution de conflit sont deux domaines de recherche évoluant de manières relativement autonomes, et cela malgré les divers terrains communs qui les relient. Faisant tous deux partie de ce qu’on appelle l’étude des conflits (conflict studies), l’un est en effet une stratégie menée pour déclencher ou faire évoluer le conflit, tandis que l’autre vise à y mettre un terme. Bien qu’elles demeurent encore peu nombreuses, des analyses ont démontré la pertinence de l’étude croisée des deux sujets.

Dans une étude publiée dans le Negotiation Journal, Amy C. Finnegan et Susan G. Hackley soulignent les terrains communs entre la négociation et l’action non-violente, mais aussi les synergies positives de ces deux méthodes lorsqu’elles sont appliquées au même conflit[9]. Dans un article intitulé Nonviolent resistance and conflict transformation in power asymmetries, Véronique Dudouet considère quant à elle la résistance non-violente comme une étape transitoire dans des conflits asymétriques, comme une mise à niveau nécessaire à la partie faible pour pouvoir entrer en négociation. Elle résume bien les différents types de variations de pouvoir qu’entraîne une résistance civile, et qui permettent une transformation du conflit. Premièrement, elle permet au groupe, à la population concernée de prendre conscience de sa situation, de se renforcer (self empowerment) et de se mobiliser (power to). Deuxièmement, la résistance civile fait gagner du pouvoir sur l’opposant (power over). Troisièmement, elle permet de mobiliser des soutiens externes[10].

Un conflit est dit asymétrique lorsque les parties en présence ne bénéficient pas a priori de puissances égales. Dans ces conditions, premièrement, si la partie dominante ne veut pas entrer dans un processus de résolution de conflit, elle ne le fera pas. Deuxièmement, si elle accepte, la partie faible sera très certainement lésée du fait de son infériorité lors de la négociation. Comme l’a souligné Véronique Dudouet, la résistance civile sera donc destinée à rééquilibrer le rapport de pouvoir entre les deux parties en vue de la négociation.

Résistance civile et variations de pouvoir

Le concept de pouvoir est la notion centrale que ce soit durant le conflit ou durant la négociation. De l’apparition du conflit au processus de résolution, la résistance civile vise en effet à augmenter le rapport de pouvoir de la partie dominée vis-à-vis de la partie dominante. Nous reprendrons la division introduite par Véronique Dudouet de « power to », « power over », et mobilisation de soutiens tiers externes pour analyser les transformations du rapport de forces induites par la résistance civile[11]. Dans un deuxième temps, nous analyserons l’influence que peuvent avoir ces transformations lors d’un processus de négociation.

Le « power to »

Le « power to » ou « pouvoir de [faire quelque chose] » est ce qui permet à un certain nombre de personnes de se reconnaître dans une cause, d’acquérir progressivement les caractéristiques d’un mouvement et d’enfin se mobiliser.

Les résistances civiles apparaissent afin de remettre en question une situation, un statu quo imposé par la partie dominante, que soit un gouvernement non-démocratique ou un occupant externe. Elles évoluent en cela comme tout type de conflit, le concept de conflit étant compris ici comme une « divergence d’intérêts [telle qu’elle est] perçue »[12]. Elles sont issues d’une situation de domination, perçue comme injuste ou mauvaise par une partie de la population. Un événement déclencheur (trigger event) donnera lieu à une mobilisation collective qui transformera le conflit structurel latent en conflit ouvert.

Le mouvement de proue de la lutte contre l’apartheid durant les années 80, l’United Democratic Front (UDF) –  en français Front Démocratique Uni – est ainsi créé le 20 août 1983, en réaction à l’introduction par le gouvernement d’un nouveau Parlement tricaméral visant à légitimer l’apartheid[13]. En 1987, la Première Intifada est quant à elle déclenchée par la collision d’un camion israélien avec deux voitures transportant des travailleurs Gazaouis, bloqués à un checkpoint après leur journée de travail en Israël. Quatre Palestiniens meurent dans l’accident. Le lendemain quelque quatre mille Palestiniens se rassemblent pour leurs funérailles[14].

Mais ces événements déclencheurs ne suffisent pas pour unir un groupe, une population autour d’un objectif de lutte. Gandhi avait souligné l’importance d’un changement de volonté et d’attitudes de la part de la population opprimée. Un travail d’auto-libération est donc nécessaire avant d’entreprendre une lutte contre un pouvoir oppresseur[15].

Afin de s’inscrire dans la durée, il est nécessaire que ces mouvements se greffent sur une structure préexistante. Or, dans les deux cas analysés, la société civile avait connu un net renforcement dans les années précédant ces événements déclencheurs.

La société civile sud-africaine avait commencé à s’organiser suite à la répression de la révolte de Soweto de 1976. Le mouvement jusque-là principalement mené par des étudiants du mouvement Black Consciousness s’est organisé afin de pouvoir faire face en nombre et de manière plus disciplinée aux forces armées. De multiples organisations apparurent au début des années 80, représentant toutes sortes de franges et d’intérêts de la population : groupes de jeunes, de femmes, de travailleurs, communautaires, d’étudiants et politiques. Leurs buts à tous sont le rejet des réformes de surface introduites par le régime et la fin de l’apartheid[16]. Pour les atteindre, l’idée est par contre de ne pas viser l’apartheid proprement dit mais de se focaliser sur des éléments pragmatiques de la vie qui concernent tout le monde comme les habitations, les conditions sanitaires. Un tel choix tactique encouragea à un grand nombre de gens à y participer[17].

Dans les Territoires Palestiniens Occupés aussi, la société civile s’était renforcée dans les années qui avaient précédé l’Intifada. A partir du début des années 70, la société civile palestinienne commence à s’organiser elle-même pour survivre sous l’occupation israélienne et y faire face sans attendre une impulsion venue du leadership de l’OLP basé à Tunis. Se forment alors différents types de comités qui vont petit à petit structurer la société civile palestinienne : des comités de travail volontaire, des comités d’étudiants, des comités de jeunes et un mouvement de prisonniers. Les femmes palestiniennes s’organisent également en mouvement et constitueront un des piliers de la première Intifada[18]. Selon Maria Stephan, le Parti Communiste Palestinien (PCP) est à ce moment-là le seul parti à avoir son siège au sein des Territoires Occupés. La mise en place de ces comités populaires de travail volontaire est en partie due à son impulsion[19].

Les mouvements de contestation sud-africain et palestinien des années 80 sont donc non seulement des mouvements ancrés dans une société civile préalablement organisée, mais aussi des mouvements populaires, largement inclusifs (grassroots) et peu hiérarchisés. Leur leadership – si ce n’est le leadership symbolique – n’est pas personnifié mais assuré par une organisation fondée sur une base large et souple, une caractéristique essentielle pour résister aux attaques de la partie adverse, mais aussi pour semer les fondements d’une société démocratique[20].

A son apogée, l’United Democratic Front (UDF) se réclamait d’un soutien d’environ 700 organisations, comprenant des syndicats, des organisations de jeunes, des groupes d’étudiants, des groupes de femmes, des groupes religieux, des organisations professionnelles et des associations de citoyens. Elle agit comme une « organisation parapluie » (umbrella organization)[21]. En décembre 1985, face à l’état d’urgence imposé par le régime, et la répression particulièrement forte contre les syndicats, est créé la COSATU (Congress of South Africa Trade Unions). Au-delà des revendications économiques des travailleurs, la COSATU a également pour but de jouer un rôle politique. Lorsqu’en 1988, l’UDF est bannie, la COSATU reprend le leadership du mouvement contre l’apartheid en lançant le Mouvement Démocratique de Masse (MDM)[22].

Bien que l’Intifada soit localement organisée par les comités populaires, le Commandement National Unifié (CNU) de l’Intifada (al Qiyada al Wataniyya al Muwahadda, lil Intifada) s’est quant à lui constitué sur base de représentations des principales forces politiques palestiniennes de l’époque, c’est-à-dire le Fatah, le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), le Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP) et le Parti Communiste Palestinien (PCP). Le Hamas n’en fait pas partie, mais est associé à certaines réunions du CNU[23]. Mary E. King voit dans les origines politiques diverses du mouvement à la fois sa force et sa faiblesse. Souple et multiple, le leadership n’est pas lié à certaines figures et donc plus résistant à la répression. Par contre, cette multiplicité de sensibilités politiques le rend plus vulnérable aux disputes internes[24].

Dans les deux cas, l’organisation historique de résistance n’est pas présente sur le terrain même de la lutte, que ce soit l’ANC exilé depuis 1975 à Lusaka en Zambie, ou l’OLP installée depuis 1982 à Tunis. Depuis sa création, c’est d’ailleurs la première fois que l’OLP a son siège dans un pays non limitrophe. Ce changement a eu une influence importante sur la mise en place d’une stratégie populaire contre l’occupation, l’OLP ne pouvant plus mener de raids de fedayin contre Israël.

La communication entre les résistants de l’extérieur (outsiders) et ceux de l’intérieur (insiders) n’est pas toujours évidente. L’ANC ne comprend pas toujours les orientations que prend la résistance populaire contre l’apartheid. En 1987, l’ANC en exil met au point l’opération Vulindlela, qui signifie en Zulu « ouvre la voie », visant à envoyer un agent en Afrique du Sud afin de prendre contact avec le leadership de l’UDF. Beaucoup se demandent par ailleurs quelles sont les réelles intentions de Mandela, qui rencontre à ce moment-là régulièrement les membres du gouvernement. Les contacts établis par ce biais entre autre permirent finalement aux différents acteurs de la résistance de retrouver confiance les uns dans les autres[25].

De même, la communication entre le Commandement National Unifié (CNU) et l’OLP installée à Tunis était difficile. Aucun canal de communication directe n’existait entre les deux entités. Chaque branche de l’OLP, excepté le PCP installé dans les TPO, se tenait donc informée par ses canaux internes[26].

Les mouvements de résistance internes se forment donc, se renforcent, la mobilisation est large. Mais si les premiers jours d’un soulèvement encouragent souvent un grand nombre de gens à participer, il est nécessaire de maintenir le niveau de mobilisation sur le long terme afin de faire évoluer le momentum[27]. Or le choix des stratégies à adopter peut avoir une grande importance sur le maintien de la mobilisation.

Les mouvements sud africain et palestinien ont tous deux basé leur lutte sur des méthodes d’action majoritairement non-violentes. Celles-ci permettent en effet la participation d’une large part de la population dans les actions. Les grèves, les boycotts de consommateurs, les deuils publics, et les manifestations utilisés en Afrique du Sud et dans les Territoires Palestiniens Occupés ont permis aux résistants de prendre conscience de leur nombre, et de gagner en confiance[28].

Le boycott des consommateurs n’affaiblissait pas tellement le régime de l’apartheid, mais renforçait de manière significative la cohésion de la population noire. Le régime commençait donc à craindre que cette dernière s’organise, et s’autonomise[29].

L’OLP était quant à elle relativement mal informée sur les choix stratégiques pris par le CNU, privilégiant les actions non-violentes de masse.  Lorsque les vagues d’arrestation successives eurent eu raison du leadership du CNU, l’OLP repris le commandement de l’Intifada appelant à nouveau à « la lutte par tous les moyens »[30]. Or la lutte armée ne concerne que les jeunes hommes et entraîne un désinvestissement de la part des autres tranches de la population.

La question de l’inclusivité est également importante : qui faut-il inclure dans le mouvement ? Peut-on accepter tout le monde. Dans la lutte des sud-africains contre l’apartheid, l’ANC et l’UDF ont décidé d’inclure les mouvements « blancs » qui luttaient contre l’apartheid, ce qui a entrainé la désolidarisation du mouvement Black Consciousness et du Pan Africanist Congress (PAC) qui en refusaient le principe[31].

Tous ces choix ont des répercussions sur l’auto-identification, la mobilisation, et l’unité du mouvement, ou ce qu’on a appelé le « power to ». Cet empowerment du groupe est donc un élément de départ mais qu’il est nécessaire de repenser tout au long de la lutte afin que le mouvement ne s’essouffle pas.

La forme la plus finie de ce « power to », de cette capacitation du groupe, apparaît lorsque sont mises en place des structures institutionnelles alternatives au pouvoir en place. Cette tactique est une des formes les plus aboutie d’intervention non-violente. Gandhi avait déjà souligné l’importance que le groupe ne se confine pas à un rôle de contestation du pouvoir, mais incarne lui-même le changement  qu’il voulait voir advenir. Il avait nommé cette tactique le « programme constructif »[32].

Le réseau de comités populaires mis en place durant la première Intifada peut être vu comme une illustration de la stratégie gandhienne[33]. Au cours des deux premières années du soulèvement, les Palestiniens renforcèrent ainsi de plus en plus leur autonomie. Ainsi lorsqu’en 1988, les autorités militaires israéliennes décidèrent de fermer les écoles et les universités afin d’éviter que celles-ci ne deviennent des foyers de la résistance, les étudiants et les professeurs retournèrent dans leurs villages et y donnèrent cours, diffusant les idées de l’Intifada[34].

De même en 1986, l’UDF adopte comme mot d’ordre « People power » (le pouvoir du peuple), et développe des structures de pouvoir alternatives, qu’elles soient administratives, judiciaires, de santé, ou culturelles, afin de faciliter le moment venu la transition politique en Afrique du Sud[35].

Le « power over »

La résistance sud-africaine et la première Intifada ont en commun d’avoir été en grande partie non-violentes. Comme nous l’avons précisé auparavant au terme de non-violente, nous préférons celui de résistance populaire, ou civile, puisque la non-violence entraine une confusion avec la stratégie implémentée par Mohandas Gandhi pour obtenir l’indépendance de l’Inde. Ce dernier voyait la plus value de l’action non-violente dans le fait qu’elle ne causait aucun tort à l’ennemi. Le but de la stratégie gandhienne était par ailleurs la conversion des âmes.

La stratégie adoptée par les deux mouvements de résistance analysés ici est celle d’une résistance populaire de masse permettant de saper le pouvoir de l’oppresseur et renforcer la position des opprimés. En d’autres termes, il s’agit de renverser le rapport de forces avec l’occupant ou le régime oppresseur. Une autre façon de résumer l’objectif de la résistance civile est d’y voir un moyen d’augmenter le coût de l’oppression ou de l’occupation pour l’oppresseur, l’occupant, en prenant le moins de risques possibles. Les coûts imposés peuvent être de différentes natures : économiques et matériels, politiques et touchant à la légitimité et enfin, sociaux et psychologiques[36].

Gene Sharp est le premier à avoir théorisé ce type de résistance, la qualifiant d’action ou de lutte non-violente. Dans The Politics of Nonviolent Action (TPONA) dès 1973[37], il détermine quelles sont les sources du pouvoir : autorité, ressources humaines, connaissances et compétences, facteurs intangibles, ressources matérielles et sanctions. Selon lui, la mainmise sur ces six sources de pouvoir est nécessaire pour établir ou maintenir le contrôle sur une population. Il en conclut que l’obéissance est la clé du pouvoir et qu’à la compréhension du pouvoir imposé venant du haut, se substituait une vision du pouvoir comme étant issu de la base. Un dirigeant est donc dépendant à la fois de ses proches assistants, mais aussi de la population gouvernée en général. Il est dépendant de leur obéissance et de leur coopération. Le choix est donc laissé à une population de retirer son obéissance au dirigeant si ce dernier ne satisfait plus[38].

Que ce soit en Afrique du Sud ou en Palestine, le choix de tactiques non-violentes est avant tout guidé par des raisons pragmatiques, vu l’impossibilité de contrebalancer la puissance armée de l’adversaire et la volonté d’impliquer les masses populaires. La preuve en est que même si les mots d’ordre étaient le boycott, la grève ou la manifestation, aucune condamnation de la lutte armée n’a été émise que ce soit en Afrique du Sud ou en Palestine.

La stratégie non-violente durant la Première Intifada avait un promoteur : Moubarak Awad. Ayant effectué ses études aux Etats-Unis, ce palestinien, psychologue de formation, avait assisté à la lutte pour les droits civiques menée par Martin Luther King. Les méthodes non-violentes appliquées par la communauté noire américaine l’avaient convaincu de l’utilité d’une telle stratégie dans la lutte des Palestiniens pour leur auto-détermination. Revenu au début des années 80 à Jérusalem, il tente alors de convaincre certains intellectuels en vue d’adopter l’action non-violente contre l’occupation israélienne. Son message a déjà pu faire son chemin lorsque débute la Première Intifada. Néanmoins, si les méthodes prônées par Moubarak Awad – tirées des 198 méthodes de Gene Sharp – convaincront le commandement de l’Intifada, jamais n’apparaitra le mot d’ordre de non-violence, si ce n’est la mention d’une « révolution blanche » dans un des leaflets issus par le Commandement National Unifié (CNU). Par ailleurs, un désaccord existait au sein du leadership sur la forme, populaire ou armée, que devait prendre le soulèvement[39]. Et même si l’Intifada a été en grande partie non-violence, un débat subsiste encore aujourd’hui entre ceux qui défendent le caractère non-violent du soulèvement et ceux qui soulignent la violence que constituaient les jets de pierres et les cocktails Molotov.

Dans l’Afrique du Sud des années 80, bien que l’ANC n’ait condamné la lutte armée qu’une fois le processus de négociation entamé, rares ont été les épisodes violents qui ont entachés les dernières années de la résistance contre le gouvernement de P.W. Botha. L’ANC avait déjà adopté une stratégie non-violente dans les années 50. Au sein de son leadership, certains dont Nelson Mandela, n’étaient pourtant pas convaincu de son efficacité. En juin 1961, suite au massacre de Sharpeville, l’ANC avait donc décidé d’adopter une stratégie armée[40].

Le caractère non-violent des luttes sud-africaine et palestinienne entreprises dans les années 80 est donc sous-entendu, mais pas déclaré. Il fait partie d’un choix de méthode effectué de manière pragmatique et pour des raisons qu’on l’on peut facilement identifier. Dans un premier temps, il semble impossible pour des mouvements de résistance d’affronter par les armes des armées modernes et bien équipées. Il est donc de l’intérêt des résistants de changer de terrain de bataille. Ensuite, le choix d’une stratégie d’action de masse a empêché l’adoption d’une stratégie armée, ou de méthodes violentes, d’une part parce que tous n’étaient pas aptes à utiliser des armes, d’autre part, parce que le mouvement de résistance n’avait pas les moyens de s’en procurer assez.

Mais, si le caractère non-violent ou non de ces deux mouvements de résistance n’était pas assumé, la majorité des méthodes utilisées peuvent par contre être qualifiées de non-violentes. Gene Sharp classe ces méthodes en trois catégories : les méthodes de protestation et de persuasion, les méthodes de non-coopération – sociales, économiques et politiques – et les méthodes d’obstruction. Les méthodes de persuasion comme les manifestations, les déclarations ou encore les deuils publics, sont destinés à faire savoir les griefs du mouvement aux opposants, mais aussi au reste de la population qui pourrait se joindre au mouvement. Elles agissent donc à la fois sur le « power over » et le « power to ». Les méthodes d’obstruction interviennent quant à elles directement sur la situation conflictuelle en en changeant la donne. Il s’agit entre autres des sit-in ou des interpositions non-violentes. Elles sont néanmoins peu susceptibles d’être acceptées par l’adversaire et suscitent par conséquent souvent une répression brutale. Ces méthodes sont donc plus difficiles à maintenir dans le temps par les résistants. Ce sont finalement les méthodes de non-coopération qui touchent à la base même du pouvoir de l’opposant. Si ce n’est au début du mouvement durant lequel les méthodes de persuasion sont souvent majoritaires, ce sont donc elles qui dominent les tactiques utilisées par les résistances civiles sud africaine et palestinienne[41].

L’organisation du boycott à Port Elizabeth montre bien le développement progressif des tactiques utilisées par la résistance contre l’apartheid. Mkhuseli Jack, un des leaders du mouvement, prend l’occasion de funérailles – seul rassemblement qu’autorisait encore le gouvernement – pour s’adresser à la foule. Son raisonnement est qu’il faut sortir la lutte du cadre des townships. Il était en effet trop facile pour le régime d’y écraser le mouvement. De là vint donc l’idée du boycott de consommateurs afin de toucher l’économie blanche. Les magasins de Port Elizabeth étaient tenus en majorité par des Blancs, or leurs clients étaient en majorité des Noirs. Le boycott eut un impact direct sur le régime, qui répondit par l’arrestation des leaders du mouvement[42]. Une réaction aussi violente démontre donc la dépendance du régime de l’apartheid par rapport au pouvoir d’achat noir.

Une autre campagne menée par l’UDF fut la End of Conscription Campaign (Campagne pour la fin de la conscription). Comme l’explique Janet Cherry, militante du mouvement, cette campagne n’eut aucun impact réel au niveau de l’efficacité de l’armée, mais contribua à la délégitimer, et par rebondissement, à délégitimer le régime[43]. Les sources de pouvoir – dont parlait Gene Sharp – visées ici, ne sont donc pas les ressources matérielles ou la capacité de sanction, mais bien l’autorité.

Si les méthodes de non-coopération sont cruciales pour gagner du pouvoir sur l’opposant, la force d’une résistance civile réside également dans la variation de ses tactiques. Dans le tableau établi par Kurt Schock[44] des différentes actions utilisées par le mouvement contre l’apartheid, on lit une alternance entre méthode de persuasion, de non-coopération et d’interventions directes qui a ainsi permis au mouvement de maintenir son niveau de mobilisation tout en gagnant en pouvoir contre son adversaire.

Cette importance, les Palestiniens l’avaient également comprise en 1987. La Première Intifada est déclenchée par la mort de quatre travailleurs de Gaza suite à une collision avec un camion israélien. Le lendemain 4.000 personnes se rassemblent à l’occasion de leurs funérailles. Le mouvement se forme, et s’appuie sur les nombreux comités populaires locaux. Suivant les appels du CNU, le mouvement adopte des méthodes non-violentes variées : des méthodes destinées à rallier le mouvement comme des prières ou des funérailles publiques, des méthodes de non-coopération comme des grèves, des boycotts, des fermetures de magasin, ou des refus de se soumettre à des démarches administratives, voire des méthodes d’action non-violente directe comme le rejet des cartes d’identités israéliennes[45].

Les tactiques non-violentes dominèrent les trois premières années de l’Intifada. Mais suite à une répression israélienne brutale et soutenue, suite aux arrestations des promoteurs de la non-violence au sein du leadership de l’Intifada et de l’incompréhension des avantages de la non-violence par certains Palestiniens, dont le leadership de l’OLP basé à Tunis, le CNU finit par appeler à « la lutte par tous les moyens » à la fin de l’année 1990[46]. Les nouveaux leaders n’étaient donc plus les stratèges du début de l’Intifada. Ils n’ont donc pas réussi à identifier leurs forces et à exploiter au maximum le momentum afin de maintenir la révolte dans la durée.

Si les mouvements et les méthodes utilisées paraissent similaires, une différence fondamentale est à relever entre le régime de l’apartheid et l’occupation israélienne. Le régime de l’apartheid était dépendant du pouvoir d’achat et de la coopération de la population noire, tandis qu’Israël était quant à lui peu sensible aux comportements de la population palestinienne. En effet, Maria Stephan le souligne dans sa thèse, Israël ne dépend pas des Palestiniens pour maintenir l’occupation. Il trouve une main d’œuvre peu chère ailleurs et continue à recevoir une aide américaine. Selon Stephan, le cas palestinien prouve qu’il est meilleur d’examiner toutes les dépendances de l’occupant/oppresseur, contrairement à l’accent mis par Gene Sharp sur l’obéissance des occupés/opprimés[47].

La mobilisation des soutiens tiers externes

Prendre en considération l’ensemble des dépendances entraine une analyse allant au-delà du cadre de la lutte elle-même. Maria Stephan parle d’ « étendre le champ de bataille ». Selon elle, il faut exploiter les liens de dépendance de l’opposant, c’est-à-dire « travailler avec et à travers des individus, groupes, et réseaux sur lesquels l’opposant dépend pour son support moral et matériel »[48]. Parmi ces liens de dépendance, certains se situent au sein de la société de l’opposant, d’autres se situent au-delà des frontières nationales, ou locales du conflit. Une grande partie du « power over » peut donc se gagner ailleurs que sur le terrain du conflit proprement dit.

En Afrique du Sud, le régime de l’apartheid dépendait à la fois de la coopération de la population noire, mais aussi de ses liens avec le reste du monde. L’armée sud-africaine était par exemple équipée par des industries européennes, américaines, israéliennes et taïwanaises[49]. Par ailleurs, la politique raciale de l’Afrique du Sud constitue le premier sujet de sa politique étrangère à partir de la seconde guerre mondiale[50]. La dépendance de l’Afrique du Sud par rapport à la communauté internationale est donc double : elle est à la fois matérielle et concerne aussi sa légitimité.

Le mouvement de solidarité transnational se développe, et dirige son action à la fois sur les assemblées élues, mais aussi vers les entreprises. Ainsi aux Etats-Unis, le Free South Africa Movement (FSAM) obtient un premier round de sanctions du Congrès vis-à-vis de l’Afrique du Sud en juillet 1985, et un deuxième en 1986 avec le Comprehensive Anti-Apartheid Act[51]. Les réseaux de solidarité européens, en particulier l’Anti-Apartheid Movement en Angleterre, firent également pression sur leurs gouvernements afin que ceux-ci imposent des sanctions à l’Afrique du Sud.

Parallèlement au réseau de solidarité qui s’est mis en place, l’ANC et le PAC avaient également tous deux compris l’importance du levier international pour mettre fin à l’apartheid. Les deux organismes, au début ensemble, ensuite séparément, établirent des représentations un peu partout dans le monde afin d’encourager les pressions par le biais du jeu diplomatique[52]. L’ANC joua également un rôle de soutien aux mouvements contre l’apartheid qui apparaissaient aux Etats-Unis et en Europe[53].

L’intervention de la communauté internationale en Afrique du Sud a été réalisée à plusieurs niveaux : organisations gouvernementales internationales, organisations non-gouvernementales internationales, gouvernements, réseaux de solidarité et personnalités d’exception. L’ensemble des pressions et sanctions internationales a réussi à affaiblir le régime de l’apartheid en touchant ses liens de dépendance à la fois économiques, politiques, militaires et sociaux vis-à-vis de l’étranger[54].

Contrairement à l’Afrique du Sud, les piliers de soutiens d’Israël ne se situent pas dans les Territoires Occupés. Perturbées pendant un temps par des grèves de la part des employés palestiniens, les entreprises israéliennes ont en effet rapidement engagé de la main d’œuvre bon marché venue de l’étranger. Les véritables liens de dépendance d’Israël se jouent en son sein-même, mais aussi sur le plan international[55].

Mary E. King souligne l’influence du soulèvement populaire palestinien de 1987 sur l’opinion israélienne[56]. Nombreux sont ceux qui réalisèrent le danger que représentait une occupation à long terme pour la sécurité d’Israël. Entre 1987 et 1990, de nombreux groupes se créèrent au sein de la société civile israélienne formant un mouvement de la paix dont l’avant-garde était menée par les Refuzniks et le Gush Shalom. Néanmoins, la reprise des violences à la fin de l’année 1990 éloigna la plupart de ces groupes de leurs partenaires palestiniens.

Là où l’Intifada a failli, c’est au niveau de la mobilisation internationale. Beaucoup ont souligné le changement opéré au niveau de l’opinion mondiale à la vue de la répression qui s’abattait sur la révolte palestinienne. A ce moment-là, Israël se retrouvait montré du doigt et moralement isolé, mais aucune sanction internationale ne fut jamais votée à son égard[57]. Or les soutiens internationaux, et en particulier celui des Etats-Unis, sont un des liens de dépendance les plus important d’Israël[58]. Sur le long terme, l’Intifada a par contre contribué à mobiliser les mouvements de la paix internationaux autour de la question palestinienne, renforçant ainsi les réseaux transnationaux de solidarité avec le peuple palestinien.

Les soutiens internationaux aux résistances civiles peuvent être influencés par plusieurs facteurs, en premier lieu par le contexte géopolitique international. L’Afrique du Sud et Israël étaient tous deux des alliés du camp occidental au cours de la guerre froide. Dans les années 80, le rapport de force entre les superpuissances penchent de plus en plus vers une suprématie américaine.  Aux Etats-Unis, il a néanmoins fallu une pression sur les instances dirigeantes pour qu’il y ait un revirement de la politique étrangère vis-à-vis de l’Afrique du Sud puisque cette dernière représentait un partenaire stratégique des Etats-Unis durant la guerre froide[59].

Israël était de même un allié de poids au sein d’un monde arabe en général proche du régime soviétique. La situation des années 80 laissait néanmoins entrevoir un changement puisque la fin de la guerre froide pointait à l’horizon, et que depuis quelques années déjà, l’Egypte avait tourné le dos aux Soviétiques pour tendre la main aux Etats-Unis.  Il semble néanmoins peu probable que des pressions ajustées sur le Congrès ou le département d’Etat à l’époque de l’Intifada n’aient changé quoi que ce soit à la politique étrangère américaine au Moyen-Orient, vu le caractère irrationnel de la relation existante entre Israël et les Etats-Unis[60].

Autre facteur d’influence, la stratégie non-violente a un effet non négligeable sur la mobilisation de soutiens tiers externes, non seulement au sein même de la société de l’opposant, mais également sur les soutiens internationaux. Au niveau international, elle permet de faciliter ce que  l’on appelle l’effet boomerang. Lorsque des organisations de la société civile d’un Etat A ne parviennent pas à influencer elles-mêmes les décisions de leur gouvernement – et dans le cas des Palestiniens, gouvernement de l’occupant, elles font appel aux organisations de la société civile d’un Etats B afin que ces dernières pressent leur gouvernement ou des organisations intergouvernementales d’appliquer des sanctions vis-à-vis de l’Etat A[61].

Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, Johan Galtung a quant à lui développé un concept similaire à l’effet boomerang qui est celui de la « grande chaine de la non-violence » qui permet de débloquer certaines situations par l’invocation d’influences indirectes. En d’autres termes, la communauté opprimée construit une chaîne de contacts jusqu’à atteindre des personnes qui vont pouvoir agir sur l’oppresseur[62].

Au-delà de la stratégie du mouvement, la persistance de celui-ci dans le temps est également un facteur qui joue sur le niveau de mobilisation internationale puisque, comme l’exprime bien Kurt Schock, « la pression constante appliquée à l’intérieur du pays facilite l’entretien des pressions venant de l’extérieur ». En suite logique de cela, la répression accrue face à cette pression ne fera également que renforcer la légitimité des sanctions internationales[63]. La dynamique invoquée est celle que Gene Sharp appelle le « jiu-jitsu politique » par laquelle la violence de l’opposant se retourne finalement contre lui[64].

Enfin, les opinions publiques tierces peuvent être touchées par une similarité entre leur situation et celle des parties en présence. Waldorf souligne la façon dont la communauté noire a pesé dans la balance électorale pour encourager les Etats-Unis à appliquer des sanctions vis-à-vis de l’Afrique du Sud. Le FSAM a utilisé l’histoire de la lutte pour l’obtention des droits civiques aux Etats-Unis pour obtenir le soutien de la population noire américaine aux sanctions contre le régime de l’apartheid[65]. Au sujet du conflit israélo-palestinien, il n’existe pas d’étude sur l’influence de la population arabo-musulmane européenne à l’époque de l’Intifada. Ce type d’étude prend néanmoins  tout son sens aujourd’hui au vu des nombreux cas d’importation de ce conflit dans nos sociétés européennes[66].

Résistance civile et pouvoir de négociation

Accumulant ces trois sources de pouvoir, la résistance civile gagne en momentum[67]. Le conflit connaitra ainsi une escalade d’intensité jusqu’au moment perçu par une des parties comme étant une impasse, où aucun progrès ne peut plus être obtenu à un coût et un risque acceptables[68]. Si la résistance civile réussit, elle atteint finalement son but par le biais d’un des mécanismes de changement établis par Gene Sharp : la conversion, l’accommodation, la coercition ou la désintégration[69].

La conversion, issue de la tradition gandhienne de « conversion des âmes », est réalistement peu applicable, surtout quand la distance sociale est grande entre les deux camps. Cependant il est nécessaire de reconnaître qu’en Afrique du Sud comme en Palestine, le caractère non-violent de la lutte a contribué à changer les positions de certains dans le camp opposé. Deuxièmement, l’accommodation permet aux challengers d’obtenir certaines de leurs revendications, mais d’accepter un statu quo pour le reste. Contrairement à la conversion et à l’accommodation, lors de processus de coercition ou de désintégration, la résistance populaire ne compte pas sur le bon vouloir de l’adversaire pour atteindre ses objectifs. Il est néanmoins rare qu’une résistance civile engrange assez de succès et de pouvoir pour parvenir à une désintégration totale de l’opposant. La plupart des résistances civiles qui aboutissent, y parviennent à travers un processus de négociation. Mais l’occupant ou l’oppresseur peut arriver avec plus ou moins de pouvoir à la table de négociation. L’occupant ou oppresseur entre en négociation par accommodation ou par coercition dépendant  du pouvoir accumulé par chaque partie.

Ce pouvoir de négociation est ce que Roger Fisher et William Ury ont théorisé sous l’abréviation de BATNA ou Best Alternative To a Negociated Agreement (meilleure alternative à un accord négocié). Ils développent ce concept dans un contexte de négociation qui est justement similaire à celui que peut connaître une résistance populaire. « Que faire s’ils sont plus puissants ? » Selon les auteurs, il est évident que quels que soient les stratégies de négociation appliquées, elles ne serviront à rien si toutes les ficelles sont dans les mains de la partie adverse. Voilà pourquoi il est nécessaire de développer son BATNA, autrement dit les alternatives à la négociation[70].

Comme le soulignent Amy Finnegan et Susan Hackley, les résistances civiles sont donc précisément ce qui permet de créer des leviers en vue de la négociation en développant d’une part le BATNA d’une partie initialement faible tout en affaiblissant le BATNA de l’autre partie[71]. Pour faire le lien avec les formules employées par Véronique Dudouet, développer son BATNA peut être assimilé à développer son « power to », tandis que renforcer son « power over » revient finalement à amoindrir le BATNA de l’autre partie[72]. Quant aux soutiens des parties externes, ils peuvent contribuer à accentuer les tendances de modification de pouvoir à l’œuvre.

Les résistances sud-africaine et palestinienne ont toutes deux développé leur BATNA respectif avant les négociations. Néanmoins si les négociations entre le Parti National de Frederik De Klerk et l’ANC de Mandela ont finalement mis un terme au régime de l’apartheid, les négociations de paix d’Oslo entre le gouvernement de Yithzak Rabin et l’OLP n’ont pas mis fin à l’occupation  israélienne des Territoires Palestiniens. Au vu de l’analyse des variations de pouvoir effectuée, quelles sont donc les raisons principales de cette différence de résultats entre les deux mouvements de résistances civiles ?

En Afrique du Sud, l’ANC et ses partenaires de l’intérieur du pays, l’UDF et la COSATU avaient réussi à développer leur BATNA et à affaiblir en même temps celui du Parti National. Relativement uni et discipliné, le mouvement de résistance sud-africain était capable d’imposer une réelle pression économique sur le gouvernement de l’apartheid. Son « power to » et son « power over » se trouvaient renforcés. En outre, la politique de ségrégation raciale de l’Afrique du Sud était de plus en plus décriée dans le monde. Et même si le Conseil de Sécurité n’a jamais voté de sanctions économiques contre l’Afrique du Sud, plusieurs de ses membres permanents ont pris des mesures coercitives contre le gouvernement de l’apartheid[73].

Ce sont donc à la fois les ressources morales et économiques du Parti National au pouvoir en Afrique du Sud qui sont mises à mal, au point où la situation n’était plus tenable à long terme. Lorsque F.W. De Klerk devient président à la place de P.W. Botha en février 1989, il comprend que le Parti National n’a d’autres choix que de négocier avec l’ANC. De plus, s’il attend trop longtemps, il risque de se retrouver face à des leaders moins conciliants que Nelson Mandela. Le Parti National était donc forcé d’entamer des négociations, et n’y disposait pas de beaucoup de leviers.

Lors des accords d’Oslo, le gouvernement israélien disposait quant à lui d’un BATNA largement supérieur à celui de l’OLP. Pourtant durant les deux premières années de l’Intifada, les Palestiniens de l’intérieur avaient réussi à développer leur BATNA de manière significative, montrant une révolte unie et disciplinée sous le leadership de l’UNLU. Certaines de leurs actions déstabilisèrent les forces israéliennes au vu de la violence de la répression mise en oeuvre, mais rien qui puisse réellement mettre Israël en difficulté. Après deux ans d’Intifada, et plusieurs vagues d’arrestation au sein de son leadership, le mouvement se désunit et perdit en discipline. Mais malgré cela, l’Intifada n’a pas bien identifié les liens de dépendance d’Israël, se situant davantage dans ses soutiens internationaux et au sein de la population israélienne elle-même. Selon Souad Dajani, la stratégie de l’Intifada a trop concédé à la tactique et s’est trop souvent limitée à des réactions aux actions israéliennes[74].

Le pouvoir de négociation israélien était donc supérieur à celui des Palestiniens au sortir de l’Intifada. S’ils n’acceptèrent des négociations, ce fut donc davantage par accommodation que par coercition. Les négociations directement induites par la  première Intifada furent les pourparlers de Madrid en 1991. Les négociateurs palestiniens sont alors des leaders de la Première Intifada, comme Fayçal Husseini. La conférence de paix de Madrid, qui se poursuivit deux ans à Washington, fut ensuite supplantée par des négociations secrètement initiées entre Israël et l’OLP en 1993.

En acceptant de négocier à Oslo, l’OLP fait le jeu d’Israël. Ce dernier était en effet engagé dans des négociations qui ne lui convenaient pas. D’une part, les interlocuteurs palestiniens auxquels les Israéliens ont affaire à Madrid sont les leaders de la Première Intifada, et en connaissaient donc bien les acquis. D’autre part le cadre multilatéral régional voulu par les Etats-Unis place Israël seul  face à plusieurs délégations arabes. Israël propose donc des négociations bilatérales à l’OLP. Cette dernière, craignant de se voir remplacer par les leaders de la première Intifada, y voit une opportunité de réimposer son leadership. Le BATNA de l’OLP est donc très faible à Oslo, puisque d’une part sans négociations, elle aurait pu se retrouver reléguée au second plan, et que d’autre part elle ne connait pas bien les acquis de l’Intifada.

Les leaders de la première Intifada apprirent donc que l’OLP avait fait d’énormes concessions qui ne tenaient pas du tout compte des perceptions des Palestiniens de l’intérieur[75]. L’absence d’un accord sur l’arrêt de la colonisation illustre par exemple bien la distance entre l’OLP et les Palestiniens vivant dans les Territoires Occupés, pour qui elle représente un des problèmes les plus apparents.

Cette déconnection entre les deux leaderships provient avant tout d’un manque de coordination. En effet, selon Mary E. King, les leaders de l’Intifada n’ont jamais voulu supplanter le leadership de Tunis, faisait même tout pour le renforcer[76].  Malgré cela, l’OLP de Tunis ne semble pas avoir réellement compris ce qui se passait dans les Territoires Occupés.

En comparant une campagne non-violente à une campagne militaire, Véronique Dudouet souligne qu’il est essentiel de planifier sa stratégie en connaissance des piliers de soutiens et des dépendances de l’autre partie. De même, il est important de préparer et de planifier les négociations. Il ne suffit donc pas d’avoir un bon BATNA, il faut également le connaître et bien le communiquer à l’autre pour obtenir des résultats durant une négociation. Evaluer et considérer le BATNA de l’autre partie est également très important[77]. Si tous ces éléments semblent avoir été pris en compte par les négociateurs de l’ANC, l’OLP en a déjà négligé la base, c’est-à-dire de connaître son propre BATNA.  

 

Conclusion

Du « power to » au pouvoir de négociation, la clé de compréhension de ces épisodes de l’histoire se situe bien dans le concept de pouvoir. Cette étude nous indique que la conception traditionnelle du pouvoir venant du haut et imposé à une population est concurrencée par une autre vision du pouvoir, venant du bas, issue du consentement même des gouvernés ou occupés.

A l’instar de la population noire d’Afrique du Sud ou de la population palestinienne des Territoires occupés, certains groupes d’individus prennent conscience qu’ils maitrisent cette source de pouvoir. En s’organisant, ils renforcent la cohésion et la coordination du groupe et sa capacité à utiliser ce pouvoir. Des stratégies sont mises en place pour agir sur les sources de pouvoir de la partie initialement dominante, remettant de facto en question le statu quo qu’elle imposait.

Dans un premier temps, si un mouvement de résistance civile est assez efficace et qu’il parvient à résister à la répression mise en place par la partie dominante, il poussera le gouvernement ou l’occupant à accepter un processus de négociation.

Dans un second temps, la résistance civile permet à un acteur faible de développer des leviers en vue de la négociation. Dans leur ouvrage Getting to yes, Fisher et Ury situent ces leviers dans le concept de BATNA, c’est-à-dire la meilleure alternative en dehors d’un accord négocié. Garantir des alternatives à une solution négociée rend la négociation moins indispensable, les négociateurs moins dépendants de ses résultats. En menant des résistances civiles organisées et en grande partie non-violentes, les mouvements palestinien et sud-africain ont considérablement amélioré leur BATNA, rééquilibrant les jeux de pouvoir dans la négociation. La partie dominante ne fait que s’accommoder d’un processus de négociation si le BATNA de la partie dominée est faible, tandis qu’un BATNA fort la pousse à la table de négociation par coercition.

Néanmoins si la résistance contre l’apartheid et la première Intifada ont d’étonnantes similitudes, elles n’ont pas connu le même succès. En Afrique du Sud, le régime de l’apartheid a pris fin, tandis que les Palestiniens sont encore sous occupation. De leur comparaison, il est désormais possible de tirer quelques conclusions sur les facteurs de succès et d’échecs d’une résistance civile et de son issue négociée.

Premièrement, le régime de l’apartheid était dépendant du travail et du pouvoir d’achat de la population noire, tandis qu’Israël a réussi à rapidement remplacer la main d’œuvre palestinienne, ce qui a amoindri le poids des actions de cette dernière.

Deuxièmement, dans les deux cas, les dirigeants sont dépendants d’acteurs tiers et de leurs relations avec des Etats tiers. Le mouvement de lutte contre l’apartheid a petit à petit appris de ses expériences que la lutte passait également par la mobilisation de la communauté internationale. En 1987, les Palestiniens n’avaient pas encore le même degré de maturité de résistance et n’ont pas tiré à profit le mouvement d’empathie qui a touché l’opinion publique mondiale au moment de la diffusion des images de la première Intifada. A noter tout de même que la relation spéciale entre Etats-Unis et Israël rend encore aujourd’hui peu envisageables de réelles sanctions envers  l’Etat d’Israël.

Troisièmement, si pendant les deux premières années de l’Intifada, le mouvement palestinien a été relativement uni, cette unité a montré ses limites par la suite. Les querelles entre les groupes formant le CNU, mais également entre les Palestiniens de l’intérieur et de l’extérieur, ont entre autres entrainé des désaccords sur la stratégie à adopter. Or ce que Gene Sharp appelle le « jiu-jitsu politique » ne peut se produire que grâce à l’observance par la partie faible d’une unité et d’une discipline non-violente.

En Afrique du Sud, le mouvement de lutte contre l’apartheid était assez souple pour résister aux vagues d’arrestation et aux querelles de leadership. L’ANC a de plus réussi à comprendre le poids et les acquis de la lutte menée de l’intérieur par l’UDF et la COSATU. Lors des négociations, Nelson Mandela et les autres négociateurs de l’ANC ont donc pu faire valoir des acquis de la lutte menée durant les années 80. De leur côté, les négociateurs palestiniens du processus d’Oslo étaient issu du leadership de l’OLP en exil à Tunis. Peu conscients des développements engendrés sur le terrain par la première Intifada, ils n’en ont pas tiré profit durant les négociations avec le gouvernement israélien.

L’apartheid est aboli en juin 1991 en Afrique du Sud, et les élections de 1994 portent l’ANC au pouvoir. La lutte contre l’apartheid, suivie des négociations entre l’ANC et le gouvernement de Frederik De Klerk, a donc porté ses fruits. Néanmoins, malgré ce succès du mouvement contre l’apartheid, de nombreuses lacunes subsistent dans la démocratie sud-africaine. Le caractère majoritairement non-violent du mouvement anti-apartheid durant les années 80 a certainement favorisé le processus de réconciliation. Mais le pays est aujourd’hui en proie à de nombreux problèmes, la pauvreté ayant remplacé la ségrégation raciale et mettant au ban de la société une partie de la population noire du pays. L’ANC est entrée dans le jeu politique et en connait aujourd’hui les travers. Peut-être aurait-elle du se réserver un rôle de surveillance externe afin de garder les acquis de la lutte et freiner les faux pas du jeune gouvernement ? Ces développements posent donc la question du suivi et des conséquences des résistances populaires : jusqu’à quand les mouvements doivent-ils rester mobilisés ? Quel est le meilleur rôle à jouer pour une ancienne organisation de résistance ?

De même, le processus d’Oslo a enfanté l’Autorité Palestinienne, issue de l’OLP. Suite à l’échec du processus, et malgré la distinction qui continue d’être opérée entre les deux entités, l’OLP a perdu beaucoup de crédit. Vu d’aujourd’hui, la première Intifada ne marque qu’un épisode de la lutte palestinienne contre l’occupation. Le processus d’Oslo n’a jamais été appliqué dans son intégralité, générant la déception des Palestiniens et engendrant la seconde Intifada, beaucoup moins organisée et beaucoup plus violente.

Depuis 2005, on assiste à un regain de la stratégie de résistance populaire non-violente dans les TPO. Plusieurs villages –  BIl’in, Jayyus, Budrus, Nil’in et d’autres – luttent contre la spoliation de leurs terres par le mur de séparation construit depuis 2002 par Israël. A la différence de l’organisation prévalant durant la première Intifada, le mouvement s’est assorti d’une dimension internationale, s’appuyant sur un réseau de solidarité de plus en plus actif pour promouvoir la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Bref, la résistance populaire palestinienne semble avoir tiré des leçons de la première Intifada, et agit désormais également sur les dépendances externes d’Israël. De plus, même si le mouvement de la paix est politiquement absent en Israël, de plus en plus d’associations israéliennes participent à des actions contre l’occupation aux côtés des Palestiniens.

Par ailleurs, depuis l’application partielle des accords d’Oslo, l’occupation israélienne a changé de nature. En 1987, les Palestiniens faisaient partie intégrante d’Israël qui en retour avait besoin d’un minimum de « consentement » pour maintenir l’occupation à moindres frais. Aujourd’hui, les seuls Israéliens à entrer en contact avec la population de Cisjordanie ou de Gaza sont les soldats et les colons. Ce n’est que récemment qu’un mouvement de boycott des produits des colonies s’est développé dans les Territoires Palestiniens Occupés, exploitant une des rares dépendances d’Israël vis-à-vis des Palestiniens.

La résistance populaire palestinienne développe donc des stratégies nouvelles, s’adaptant au nouveau contexte local et international. L’avenir nous dira donc si elle réussira ou non à suivre le tracé de la résistance sud-africaine contre l’apartheid.

La présente étude a en outre permis de soulever un certain nombre de questions qui mériteraient des analyses plus approfondies. Cette étude ne prend par exemple pas en compte les dynamiques à l’œuvre durant les négociations elles-mêmes, mais plutôt les circonstances qui ont mené à et ont entouré ces négociations. Il est évident qu’une étude des négociations serait utile afin d’améliorer la compréhension de ces épisodes de l’histoire.

D’autre part, les cas palestinien et sud-africain ont montré l’efficacité de la résistance non-violente pour augmenter les leviers du camp dominé lors de négociations dans des conflits asymétriques. Mais la résistance violente n’a-t-elle jamais permis de résultats similaires ? Les cas des résistances palestiniennes et sud-africaines ont en commun le fait qu’elles ont connu un mélange des deux stratégies, violente et non-violente. Il serait pertinent d’élargir la comparaison que ce soit avec des résistances ayant développé des techniques de guérillas violentes, ainsi qu’avec des résistances qui, comme celle menée par Gandhi en Inde, ont érigé la non-violence en principe autant qu’en stratégie.

Abréviations

-          AAM – Anti-Apartheid Movement

-          ANC – African National Congress

-          BDS – Boycott, Désinvestissement et Sanctions

-          CNU – Commandement National Unifié de l’Intifada

-          COSATU – Congress of South Africa Trade Unions

-          FDLP – Front Démocratique pour la Libération de la Palestine

-          FPLP – Front Populaire de Libération de la Palestine

-          FSAM – Free South Africa Movement

-          MDM – Mass Democratic Movement

-          OLP – Organisation de Libération de la Palestine

-          PAC – Pan-Africanist Congress

-          TPO – Territoires Palestiniens Occupés

-          UDF – United Democratic Front – Front démocratique Uni

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-          African National Congress : http://www.anc.org.za/

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-          CAIRN info : http://www.cairn.info/

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-          Mouvement BDS : http://bdsmovement.net/

-          BADIL Resource Center for Palestinian Residency and Refugee rights : http://www.badil.org/

-          Stop the wall : http://www.stopthewall.org/


[1] METZ (Steven) & JOHNSON (Douglas V., II), Asymmetry and US Military Strategy : Definition, Background and Strategic Concepts, Carlisle Barracks (Penn.), US Army War College (USAWC), Strategic Studies Institute

(SSI), janvier 2001, cité dans COURMONT (Barthélémy), « L’émergence de nouveaux acteurs asymétriques », in La Revue internationale et stratégique, n°51, automne 2003, p. 81-87.

[2] MULLER (J.-M.), Dictionnaire de la non-violence, Gordes, Ed. du Relié, 2005, p. 239.

[3] SHARP (Gene), Waging nonviolent struggle, 20th century practice and 21st century potential, Boston, Extending Horizon Books, 2005, p. 19-21. Gene Sharp a initialement développé sa théorie dans l’ouvrage en trois volumes : The Politics of nonviolent action, Boston, Porter Sargent Publishers, 1973. (Vol I. Power & Struggle. Vol.II The methods of nonviolent action. Vol.III The dynamics of nonviolent action).

[4] SCHOCK (K.), Unarmed insurrections. People power movements in Nondemocracies, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2005.

[5] Parmi les personnalités ayant déjà utilisé le terme d’apartheid pour la situation palestinienne figurent outre Jimmy Carter, Nelson Mandela, prix Nobel de la paix 1993 et ancien Président d’Afrique du Sud, Desmund Tutu, prix Nobel de la paix 1984 et archevêque sud-africain, Escoto Brockmann, ancien président de l’assemblée générale de l’ONU, Noam Chomsky, philosophe et activiste américain, Uri Davis, universitaire et militant israélien, fondateur du Movement Against Israeli Apartheid, Neve Gordon, politologue et historien israélien.

[6] CARTER (J.), Palestine : peace not apartheid, New York, Simon & Schuster, 2006.

[7] MAC ALLISTER (K.), “Applicability of the Crime of Apartheid to Israel” in Al Majdal, summer 2008, p. 11-21 (organe d’information du BADIL resource center). La prochaine session du Tribunal Russell sur la Palestine, se tiendra en Afrique du Sud en octobre 2011, et évaluera l’applicabilité du crime d’apartheid à la politique israélienne dans les TPO (www.russelltribunalonpalestine.com).

[8] SCHOCK (K.), Idem, p. 159

[9] FINNEGAN (Amy C.) & HACKLEY (Susan G.), “Negotiation and Nonviolent action. Interacting in the World of conflict” in Negotiation Journal, vol. 24, issue 1, January 2008, p. 7-24.

[10] DUDOUET (V.), Nonviolent resistance and conflict transformation in power asymmetries, Berghov research center for constructive conflict management, september 2008, p. 13-18.

[11] DUDOUET (V.), Idem, p. 13.

[12] PRUITT (Dean G.)  & KIM (Sung Hee), Social conflict: Escalation, stalemate, and settlement, 3rd ed., New York, McGraw-Hill, 2004, p. 7-8, 32.

[13] « United Democratic Front – History » on South Africa History Online (SAHO – http://www.sahistory.org.za/).

[14] KING (Mary E.), A quiet revolution, New York, Nation Books, 2007, p. 203.

[15] SHARP (G.), Gandhi as a political strategist, with Essays on Ethics and Politics, Boston, Porter Sargent, 1979, p. 43-59.

[16] SCHOCK (K.), Idem, p. 79-80.

[17] ACKERMAN (P.) & DUVALL (J.), A Force More Powerful. A century of Nonviolent conflict, New York, Palgrave, 2000, p. 343-347.

[18] KING (Mary.E), Idem, p. 93-98,

[19] STEPHAN (Maria J.), Nonviolent insurgency : the role of civilian-based resistance in the East Timorese, Palestinian, and Kosovo Albanian self-determination movements, Medford (MA.), Fletcher School of Law and Diplomacy, 2005, p. 126.

[20] SCHOCK (K.), Idem, p. 143-144.

[21] “United Democratic Front – Affiliated Organisations” on SAHO  (http://www.sahistory.org.za/).

[22] SCHOCK (K.), Idem, p. 64-65.

[23] Le Hamas ou Mouvement de Résistance islamique (Harakat al Muaqawama al Islamiyya) est né en 1987 de la volonté des Frères Musulmans de prendre part à l’Intifada, et sous l’impulsion du Cheikh Ahmed Yasin (KING (M.E.), A Quiet Revolution, p. 122-123).

[24] KING (Mary.E), Idem, p. 205-207.

[25] SPARKS (Allister), Tomorrow is another country. The inside story of South Africas’s negotiated revolution, London, Heinemann, 1995, p. 61-67.

[26] STEPHAN (Maria J.), Idem, p. 124.

[27] Le momentum est un anglicisme qui réfère en théorie des conflits à la vitesse d’évolution d’un mouvement vers son objectif, vitesse obtenue par la mise à profit des succès engrangés (définition basée sur PRUITT (Dean G.)  & KIM (Sung Hee), Social conflict,  p. 296).

[28] SHARP (Gene), La guerre civilisée. La défense par actions civiles, Presses Universitaires de Grenoble, 1995, p.97.

[29] Vidéo de Janet Cherry, “Consumer Boycotts and the Anti-Apartheid Struggle”, International Center for Nonviolent Conflict, June 24, 2009.

[30] KING (M.E.), Idem, p. 217-218.

[31] Intervention de Janet Cherry, “Mobilization, Leadership, and Coalition Building” lors du Fletcher Summer Institute for Advanced study of Nonviolent conflict, 22 juin 2010 (Tufts University).

[32] MULLER (J.-M.), Idem, p. 310-311.

[33] STEPHAN (Maria J.), Idem, p. 122.

[34] KING (M.E.), Idem, p. 221-223.

[35] SCHOCK (K.), Idem, p. 61.

[36]  Intervention de Hardy Merriman, “Cost and risks in nonviolent conflict”, lors du Fletcher Summer Institute for Advanced study of Nonviolent conflict, 22 juin 2010 (Tufts University).

[37] SHARP (G.), The Politics of Nonviolent Action, Westford (MA), Extending Horizons Books, Porter Sargent Publishers Inc., 1973.

[38] SHARP (G.), Waging Nonviolent Struggle, p. 19-21, 31-35.

[39] KING (M.E.), Idem, p. 209-213.

[40] ACKERMAN (P.) & DUVALL (J.), Idem, p. 339-340.

[41] SHARP (G.), Idem, p. 49-65, 397-404.

[42] ACKERMAN (P.) & DUVALL (J.), Idem, p. 355-358.

[43] Vidéo de Janet Cherry, “End Conscription Campaign in South Africa”, International Center for Nonviolent Conflict, June 24, 2009.

[44] SCHOCK (K.), Idem, p. 82.

[45] KING (M.E.), “Palestinian Civil Resistance against Israeli Military Occupation” in STEPHAN (M.J.), Civilian Jihad, New York, Palgrave MacMillan, 2009, p. 140-142.

[46] KING (M.E.), A Quiet Revolution, p. 278-284.

[47] STEPHAN (Maria J.), Nonviolent insurgency, p.161.

[48] STEPHAN (Maria J.), Idem, p. 216.

[49] ACKERMAN (P.) & DUVALL (J.), Idem, p. 338.

[50] HOUSTON (Gregory), “International solidarity: introduction” in The road to democracy, vol.3. International Solidarity, Pretoria, Unisa Press, 2008.

[51] WALLDORF (C. William Jr), Just Politics. Human Rights and the Foreign policy of great powers, Ithaca and London, Cornell U.P., 2008, p. 124-129.

[52] HOUSTON (Gregory), Idem, p. 16-19.

[53] SCHOCK (K.), Idem, p. 67.

[54] HOUSTON (Gregory), Idem, p. 6, 21.

[55] SCHOCK (K.), Idem, p. 160-161.

[56] KING (M.E.), Idem, p. 250-255.

[57] DUDOUET (V.), Idem, p. 17.

[58] STEPHAN (Maria J.), Idem, p. 162.

[59] WALLDORF (C. William Jr), Idem, p. 112.

[60] Dans l’ouvrage Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, deux chercheurs américains, Stephen Walt et John Mearsheimer ont démontré que contrairement au discours dominant, Israël n’avait que peu de temps constitué un véritable atout pour la politique étrangère américaine au Moyen-Orient. Selon eux, le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël représente d’ailleurs plus souvent un poids, et ne peut donc s’expliquer que par l’extrême efficacité du lobby pro-israélien sur la politique étrangère américaine.  (MEARSHEIMER (J.J.) & WALT (S.M.), Le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, Paris, La Découverte, 2009).

[61] Lorsque des organisations de la société civile d’un Etat A ne parviennent pas à influencer elles-mêmes les décisions de leur gouvernement – et dans le cas des Palestiniens, gouvernement de l’occupant, elles font appel aux organisations de la société civile d’un Etat B afin que ces dernières pressent leur gouvernement, ou des organisations intergouvernementales, d’appliquer des sanctions vis-à-vis de l’Etat A. (KECK (Margaret E.) & SIKKINK (Kathryn), Activists beyond borders. Advocacy networks in International politics, Ithaca & London, Cornell UP, 1998, p. 12-13).

[62] GALTUNG (J.), Nonviolence and Israel/Palestine, Honolulu (HI), University of Hawaii Institute for Peace, 1989.

[63] SCHOCK (K.), Idem, p.

[64] SHARP (G.), Idem, p. 405-406.

[65] WALLDORF (C. William Jr), Idem, p. 124.

[66] Lire à ce sujet : SHAHID (L.), WARSCHAWSKI (M.) & VIDAL (D.), Les banlieues, le Proche-Orient et nous, Ivry-sur-Seine, Editions de l’Atelier, 2006.

[67] Voir la définition de « momentum », note 27.

[68] PRUITT (Dean G.)  & KIM (Sung Hee), Idem, p. 172-173.

[69] SHARP (G.), Idem, p. 415-421.

[70] FISHER (Roger) & URY (Wiliam), Getting to Yes. Negotiating Agreement without Giving In, 2nd Ed., London, Penguin Books, 1991, p. 97-106.

[71] FINNEGAN (Amy C.) & HACKLEY (Susan G.), Idem, p. 13.

[72] DUDOUET (V.), Idem, p. 13.

[73] WALLDORF (C. William Jr), Idem, p. 23.

[74] DAJANI (S.), “Nonviolent resistance in the Occupied Territories: a critical reevaluation” in Nonviolent social movements. A geographical perspective, ed. Stephen Zunes, Lester R. Kurtz, & Sarah Beth Asher, Blackwell Publishers, 1999, p. 56-57.

[75] KING (M.E.), Idem, p. 302-303.

[76] KING (M.E.), Idem, p. 218.

[77] FISHER (Roger) & URY (Wiliam), Idem, p. 97-106.

~ par natjanne le 3 mai 2011.

Une Réponse to “Résistance civile et résolution de conflits asymétriques : les cas sud-africain et palestinien”

  1. Résistance civile et résolution de conflits asymétriques : les cas sud-africain et palestinien est un module de science politique pour la fondation camerounaise de science politique.

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