3000 nouveaux logements sur le site de E1: en quoi l’UE est-elle responsable ?

•22 mars 2013 • Laisser un commentaire
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Crédits photos: Le Monde

Le 30 novembre 2012, au lendemain de la reconnaissance de la Palestine comme Etat observateur non membre à l’ONU, le gouvernement israélien annonçait la construction de 3000 nouveaux logements dans la zone E1, entre Jérusalem-Est et la colonie de Maale Adumim située en Cisjordanie. Tous les observateurs ont analysé la décision comme une mesure de représailles à l’initiative palestinienne à New York. Les chancelleries ont à l’unanimité condamné Israël pour cette énième marque d’arrogance. Les Etats-Unis et l’Allemagne eux-mêmes, pourtant généralement très prudents sur ce terrain, ont clairement marqué leur désapprobation.

 

La zone E1, un projet israélien de longue date

Le plan israélien élaboré pour cette zone ne date pas d’hier. Il a été signé en 1994 par le Premier ministre travailliste Yithzak Rabin et a été repris par tous les gouvernements israéliens depuis lors. Il prévoit 3500 logements, une zone industrielle, des commerces, des hôtels, une université. Cependant, ce plan n’a jamais pu être réalisé du fait d’une stricte opposition des Etats-Unis au projet. La zone concernée est en effet particulièrement sensible puisque la construction d’une colonie y empêcherait tout développement futur des quartiers arabes de Jérusalem-Est et relierait la ville à la colonie de Maale Adumim, coupant ainsi définitivement la Cisjordanie du nord de celle du sud. L’administration Bush, pourtant très soucieuse de ses bonnes relations avec Israël, s’y était opposée elle aussi, comprenant que ce projet réduirait à néant la viabilité d’un futur Etat palestinien.

Qu’est-ce qui a changé la donne aujourd’hui ? Qu’est-ce qui permet alors à Israël d’accorder aujourd’hui les permis de construction sur cette zone ? Sans doute sa certitude maintes fois avérée qu’au-delà de quelques condamnations verbales et regrets polis de la communauté internationale, aucune sanction ne lui sera jamais imposée. L’Etat d’Israël jouit de facto d’une impunité totale.

 

Les incohérences de l’UE

Mais ce n’est pas tout. L’UE a ainsi une attitude complètement incohérente, condamnant en théorie la colonisation et l’encourageant objectivement par ailleurs par un renforcement de ses relations avec Israël. C’est ce qu’a récemment démontré un rapport publié par 22 organisations européennes, dont la Fédération internationale des Droits de l’homme et Broederlijk Delen. Sorti le 30 octobre 2012, et préfacé par l’ancien Commissaire européen aux relations extérieures, Hans van den Broek, le rapport « La paix au rabais : comment l’Union européenne renforce les colonies israéliennes » annonce la couleur dès son intitulé. Selon cette analyse, les Palestiniens sont doublement victime, et l’UE encouragerait cet état des choses.

Le rapport montre comment deux économies se côtoient en Cisjordanie : celle des colonies et celle des territoires palestiniens. L’économie des colonies est en grande partie subventionnée par l’Etat, via des aides à la production ou à l’exportation. Parallèlement, l’économie palestinienne est, quant à elle, réduite comme une peau de chagrin du fait de l’occupation israélienne. Le vol des terres, la colonisation et les évictions et démolitions de maisons qui l’accompagnent, l’exploitation des ressources hydriques, les restrictions de la mobilité, tous ces faits ont contribué à anéantir l’économie palestinienne. Alors que les exportations représentaient plus de la moitié du PIB palestinien dans les années 80, elles sont aujourd’hui tombées en dessous des 15%.
L’UE a, pour sa part, conclu des accords commerciaux préférentiels avec Israël et avec les Palestiniens. Mais l’effondrement de l’économie palestinienne pour les motifs cités plus haut rend ces accords peu opérants pour les Palestiniens, alors que le marché européen représente le premier marché d’exportation pour les produits israéliens. Or l’accord entre l’UE et Israël n’inclut ni interdiction, ni obligation d’étiquetage distinctif des produits issus des colonies. Ce qui permet donc aux Israéliens d’exploiter la terre, l’eau et la main-d’œuvre des territoires palestiniens occupés, tout en bénéficiant, pour les produits issus des colonies, d’un accès privilégié au marché européen au même titre que les produits proprement israéliens.

L’attitude européenne est non seulement contraire au droit international puisqu’elle conforte ainsi une violation par Israël du droit international (IVe Convention de Genève, art.49 ; Règlements de La Haye, art. 55), elle est aussi en contradiction flagrante avec les moyens engagés par l’UE dans l’édification d’un Etat palestinien et avec sa condamnation ferme de la colonisation.

A l’annonce du feu vert du gouvernement Netanyahou à la construction de 3000 nouveaux logements sur le site E1, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE a encore tenu un discours en conformité avec ses positions sur la colonisation : « L’UE est profondément consternée et s’oppose fermement aux plans israéliens visant à étendre les colonies en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et en particulier les plans pour développer la zone E1. Le plan E1, s’il est appliqué, porterait sérieusement atteinte aux perspectives d’une résolution négociée au conflit en mettant en danger la possibilité d’un Etat palestinien voisin et viable, ainsi que de Jérusalem comme capitale de deux Etats. Il pourrait aussi entrainer des transferts forcés de populations civiles. A la lumière de son principal objectif qui est celui de parvenir à une solution à deux Etats, l’UE suivra de près la situation et ses implications plus larges, et agira en fonction. L’UE répète que toutes  les colonies sont illégales en vertu du droit international et constituent un obstacle à la paix » (Conseil de l’UE, Affaires étrangères, 10 décembre 2012).

 

De nombreux moyens d’action

Mais en fait, que pourrait réellement faire l’UE? Le rapport des 22 organisations démontre que les moyens d’action de l’UE sont nombreux.

Il propose premièrement un minimum : l’UE et ses Etat membres peuvent exiger un étiquetage distinctif sur les produits provenant des colonies israéliennes et cela, afin que le consommateur puisse agir de manière éclairée. Mais comme nous l’avons rappelé dans le précédent Palestine (n°54, novembre 2012), demander un étiquetage revient se fier à l’honnêteté d’Israël et de ses entreprises. Or on sait à quoi s’en tenir si l’on considère la découverte faite récemment par l’organisation Corporate Watch dans la colonie de Beqa’ot située dans la Vallée du Jourdain de caisses Mehadrin étiquetées « Produits d’Israël ». Au-delà de ça, permettre la présence de produits de provenance illégale sur nos marchés et dans nos supermarchés, même dûment étiquetés, revient en fait à leur conférer une certaine légitimité. Enfin, pourquoi laisser le juste choix au consommateur, alors que le respect du droit international  est d’abord du devoir de l’Etat ? Le rapport « La paix au rabais » propose alors une démarche plus cohérente qui est d’interdire d’accès au marché européen ces produits illégaux. Et tant que la mesure ne fait pas consensus au niveau européen, il reviendra aux Etats membres de la mettre en pratique au niveau national.

Outre l’arrivée de produits israéliens sur le marché européen, de nombreuses entreprises multinationales européennes opèrent également dans les colonies comme c’est le cas d’Alstom, Veolia et G4S. Là aussi, bien que n’étant pas eux-mêmes directement responsables de violations des droits humains, les Etats européens pourraient dissuader leurs entreprises de poursuivre des relations commerciales et des investissements dans les colonies israéliennes.

Les Etats ont encore la latitude d’exclure les entreprises impliquées dans la colonisation de tous les accords ou appels d’offres de l’UE. L’accord ACAA sur la conformité et l’acceptation des produits devrait ainsi inclure une clause qui fasse la distinction entre les produits issus des colonies et ceux provenant du territoire israélien.

En ce qui concerne les transactions financières, le rapport suggère enfin que les Etats prennent l’initiative de retirer de leurs régimes de déduction fiscale toutes les organisations qui financent les colonies ou de bloquer les transactions financières venant en soutien des colonies, qu’elles émanent de citoyens, d’entreprises ou d’organisations.

L’UE a beau se déclarer « profondément consternée », elle n’a jamais rien fait pour signifier concrètement sa désapprobation au gouvernement israélien. Bien au contraire, en tissant avec Israël des liens de plus en plus étroits, elle l’encourage à persévérer dans sa politique de colonisation. On peut donc considérer qu’en ce sens, l’UE a sa part de responsabilité dans le feu vert de Netanyahou à la construction de 3000 nouveaux logements sur le site E1. Aujourd’hui, il est temps que les choses changent, que l’UE assume enfin ses obligations et manifeste le minimum de courage politique nécessaire pour prendre des initiatives qui aboutiraient à ce qu’Israël réalise qu’il ne peut agir indéfiniment en toute impunité.(NJO)

Initialement paru dans le trimestriel de l’ABP –  Palestine n°55, mars 2013.

Mehadrin, une entreprise qui profite de l’occupation

•25 décembre 2012 • Laisser un commentaire

CaisseOrangesJAffaMehadrin, Mehadrin, Mehadrin… il faut que ce nom s’imprime dans les esprits. Après la faillite – mais non la disparition – de l’exportateur israélien Carmel-Agrexco, Mehadrin a déboulé en force sur nos marchés. Afin d’informer les consommateurs sur le profil de cette entreprise israélienne et d’alimenter leur vigilance à son égard, la prochaine campagne de l’Association belgo-palestinienne ciblera Mehadrin.

Premier bénéficiaire de la faillite d’Agrexco

Exportateur national de fruits et légumes depuis la création d’Israël, Agrexco bénéficiait à l’origine d’un statut de monopole imposé par l’Etat. A la fin des années 90, le secteur est ouvert à la concurrence et des permis d’exporter sont accordés à 75 autres compagnies. Malgré ce changement, aucune transformation n’est opérée dans la structure d’Agrexco, pourtant beaucoup trop lourde en coûts humains et opérationnels. Ce manque de réactivité, couplé à des campagnes de boycott de plus en plus efficaces en Europe et ailleurs, finit par entrainer la faillite de l’entreprise, prononcée le 30 août 2011 par le tribunal de Tel Aviv.

Via ses différentes filiales, il exporte des agrumes (oranges, citrons, pamplemousses, pomelos, etc.), des pommes de terre, des avocats, des kakis, des mangues, des raisins, des dattes, des lychees, des grenades, mais aussi des carottes, des poivrons et des tomates.

Outre l’exportation, le groupe Mehadrin exerce ses activités dans divers domaines relatifs à l’agriculture : culture, emballage, réfrigération, distribution d’eau et gestion de patrimoine immobilier. Il procure également des revenus aux producteurs et coopératives agricoles qui exportent leurs produits par son intermédiaire.

Attention ! Carmel-Agrexco n’a pas disparu !

Rachetée en octobre 2011 par Gidéon Bickel, la compagnie Carmel-Agrexco a repris ses activités sous une nouvelle forme, plus adaptée au marché actuel. L’homme d’affaires a dit vouloir relever le défi de relancer la marque, en tirant avantage de sa renommée internationale, et il en a les moyens. Depuis janvier 2012, l’entreprise exporte à nouveau vers le marché européen.

Avant même la faillite d’Agrexco, Mehadrin avait déjà pris le dessus sur son concurrent. Avec quelques dizaines d’employés seulement et donc des coûts de fonctionnement moindres, Mehadrin exportait déjà la moitié du volume exporté par Agrexco. Depuis la faillite du géant exportateur, Mehadrin a en partie pris sa place sur le marché européen et est également devenu le principal exportateur des oranges Jaffa.

Une entreprise qui profite de l’occupation

Présente dans les territoires occupés

L’ancien site web de Mehadrin mentionnait que la compagnie possédait au moins quatre vergers en Cisjordanie. Mais après la faillite d’Agrexco, il semble avoir fait peau neuve et a effacé la trace de ces vergers. Selon José-Louis Moraguès, maître de conférences (Montpellier III) et membre de la coordination nationale française CCIPPP, ce changement cosmétique est dû à la campagne de boycott à laquelle Mehadrin a été confronté dès son arrivée sur le marché européen.

Auparavant, l’entreprise reconnaissait également ouvertement qu’elle exportait des dattes Mejdoul provenant de la Vallée du Jourdain. Elle ne le fait plus ; cependant, encore aujourd’hui, de nombreuses sources attestent de la présence de Mehadrin dans la Vallée du Jourdain.

Surexploitation des ressources en eau et assèchement des terres

Le groupe Mehadrin possède une série de puits de forage, dont 16 proviennent de l’aquifère côtier, 4 de l’aquifère de la montagne.

L’aquifère de la montagne est en grande partie situé en Cisjordanie et est considéré comme une ressource devant être partagée entre Israéliens et Palestiniens. Le rapport publié sur le sujet par Amnesty International en 2009 a pourtant montré l’inégalité criante du partage des ressources hydrauliques. Les Palestiniens n’ont en effet un accès direct qu’à 20% de l’eau issue de l’aquifère de la montagne, tout le reste étant exploité par les Israéliens. Les Palestiniens se voient dès lors contraints d’acheter de l’eau à la compagnie israélienne des eaux, Mekorot, à un prix souvent supérieur à celui que paient les colons qui les encerclent.

Or Mehadrin revend une partie de l’eau tirée de ses puits à l’entreprise israélienne de distribution d’eau Mekorot. Selon le rapport annuel 2011 du groupe Mehadrin, les projets et investissements de la compagnie dans le secteur de l’eau sont subsidiés par l’Etat à raison de 60 à 100%.

Par ailleurs, Mehadrin développe une agriculture inadaptée à la nature du terroir de la région. Ainsi, sa contribution à la culture des dattes dans la Vallée du Jourdain concourt à la culture extensive du palmier dattier qui assèche dangereusement une terre autrefois des plus fertiles.

Impliquée dans la construction du Mur

Le groupe Mehadrin est également impliqué dans la construction du Mur. En effet, l’actionnaire majoritaire du groupe, IDB Group, possède une filiale, Nesher Israel Cement Enterprises, qui participe à la construction du Mur.

Les oranges Jaffa

Mehadrin est le premier exportateur d’oranges Jaffa. Antérieurement cultivées par les Arabes de Palestine, les oranges de Jaffa sont devenues, grâce à une intense campagne publicitaire menée dans le monde entier, un symbole national israélien. Pour les Palestiniens, cela représente, en plus du vol de la terre, un déni de leur histoire et une opération de rapt de leur culture.

Petit bout d’histoire… Lorsque les orangeraies palestiniennes furent confisquées et attribuées aux colons juifs, ces nouveaux « Israéliens » n’avaient pas le savoir-faire nécessaire à leur entretien. Ils ont donc fait appel à une main-d’œuvre palestinienne qui sera parfois composée de ceux à qui la terre a été volée ! (cf. La mécanique de l’orange, un film documentaire d’Eyal Sivan (2009)

Au vu de ces différents liens de Mehadrin avec le système d’occupation israélien, on comprend combien celui-ci fait partie intrinsèque de la société et de l’économie israéliennes. Ce qui justifie amplement l’appel au boycott total des produits israéliens.

Un groupe présent en Europe

Plusieurs filiales du groupe Mehadrin, et plus précisément de Mehadrin Tnuport Export (MTEX) sont présentes en Europe : Mehadrin France, Mehadrin Scandinavia, Mehadrin UK, Mehadrin Holland. La Belgique est desservie par la filiale hollandaise de Mehadrin, établie en 1997. Située à Barendrecht, près de Rotterdam, elle opère via les ports de Rotterdam, d’Anvers, de Bremen, d’Hambourg et de Koper en Slovénie.

Suivant le calendrier saisonnier diffusé sur le site de Mehadrin, ce sont principalement des agrumes qui arrivent sur nos étals de septembre à février, des pommes de terre de janvier à juillet. L’exportation de dattes Mejdoul s’étale quant à elle sur toute l’année. La plupart des supermarchés et des marchés belges commercialisent des produits Mehadrin, même si le nom de la marque n’est pas toujours apparent.

Osez le boycott de Mehadrin

Le 25 octobre dernier, Richard Falk, Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’état des droits de l’homme dans les Territoires palestiniens occupés a appelé l’Assemblée générale et la société civile à prendre des initiatives contre les entreprises qui profitent de l’occupation. Parmi celles-ci, le Rapporteur spécial a cité le groupe israélien Mehadrin.

Afin d’informer les citoyens et les consommateurs sur les activités illégales et en lien avec l’occupation de Mehadrin, l’Association belgo-palestinienne répond à l’appel de Richard Falk et mènera cette année campagne pour le boycott des produits Mehadrin. Ce sera l’occasion de mettre l’accent sur la situation dramatique des Palestiniens de la Vallée du Jourdain, partie de la Cisjordanie où Mehadrin s’est implantée et où l’entreprise profite illégalement de la terre, de l’eau et d’une main-d’œuvre palestinienne bon marché et honteusement exploitée.(NJO)

Initialement publié dans le Palestine n°54, novembre 2012 (Bulletin trimestrel de l’Association Belgo-palestinienne)

Situation d’urgence dans la vallée du Jourdain

•13 octobre 2012 • Laisser un commentaire

« To exist is to resist », devise des habitants de la Vallée

Ce mois de juillet, Oxfam International a rendu public un nouveau rapport intitulé « Au bord du gouffre. Les colonies israéliennes et leur impact sur les Palestiniens dans la vallée du Jourdain ». Si l’ONG analyse de manière approfondie la situation de la région, c’est que la situation des Palestiniens y est catastrophique et ne fait qu’empirer de jour en jour. Récemment, un rapport des chefs de missions de l’UE à Jérusalem avait déjà attiré l’attention sur le délaissement des territoires de la Zone C[1]. Le rapport d’Oxfam ne fait qu’en confirmer les conclusions tout en mettant le focus en particulier sur la vallée du Jourdain. Lire la suite ‘Situation d’urgence dans la vallée du Jourdain’

Un médicament TEVA? Non, merci !

•20 juin 2012 • Laisser un commentaire

Connaissez-vous les médicaments TEVA ? Les laboratoires TEVA Pharmaceuticals Industrie Lmt, qui les produisent, sont un des fleurons de l’industrie israélienne. L’Association belgo-palestinienne vous invite à vous joindre à une action de boycott de ces produits en allant le 16 juin prochain chez votre  pharmacien pour lui remettre une lettre (jointe au bulletin Palestine n°52) expliquant pourquoi vous ne lui achèterez plus de médicaments du laboratoire TEVA et pourquoi lui-même devrait refuser d’en vendre.

 

Un success story à l’israélienne…

En 1976, les petites compagnies pharmaceutiques SLE, Assia et Zori fusionnent pour devenir TEVA, une entreprise qui prit de l’ampleur sous l’égide d’Eli Hurvitz. CEO de la compagnie jusqu’en 2002 et décédé au début de cette année, ce dernier fit de TEVA la première entreprise pharmaceutique israélienne mais surtout le leader mondial en matière de médicaments génériques, qui pèse aujourd’hui 28,1 milliards de dollars.

 

Se focalisant sur les médicaments génériques, l’entreprise concurrence aujourd’hui les géants mondiaux du secteur pharmaceutique. Aux Etats-Unis, en 2009, les médicaments de la compagnie ont fait l’objet de quelque 630 millions de prescriptions, en faisant un fournisseur national plus important que les poids-lourds pharmaceutiques que sont Pfizer, Novartis et Merck pris ensemble (New York Times, 9 mai 2010). TEVA exporte 60% de sa production sur le marché nord-américain et 25% sur le marché européen (Annual report 2010, United States, Securities & Exchange Commission).

 

…qui sert d’outil de propagande

En novembre 2010, l’Association belgo-palestinienne avait attiré l’attention des lecteurs de la Libre Belgique sur deux publireportages insérés dans le quotidien. Un était consacré à la culture, l’autre – intitulé Israël, du rêve à la réalité – aux prouesses technologiques israéliennes dans la production de voitures électriques, le dessalement de l’eau ou les avancées en matière de biotechnologies et en mettant en exergue le succès de l’entreprise pharmaceutique TEVA.
Ces publireportages sont un exemple type de la campagne de propagande « Brand Israel » dont l’objectif est d’imposer une image positive d’Israël sur la scène internationale. Cette campagne observe évidemment un silence total sur tout ce qui concerne le conflit israélo-palestinien.

 

Une entreprise comme TEVA est le parfait outil de propagande dans le gout de « Brand Israel » : médicaments de qualité, à prix compétitifs, succès d’une entreprise israélienne sur la scène mondiale. Une très belle image qui fait oublier que cette entreprise est développée dans un pays qui en occupe un autre.

 

Dans son ouvrage The Political Economy of the Occupation (Pluto Press, 2010), Shir Hever souligne les avantages que les entreprises israéliennes retirent de l’exploitation d’un marché palestinien « captif ». Dans les informations sur les différents marchés qui nourrissent une entreprise comme TEVA, la distinction n’est jamais faite entre Israël et les Territoires palestiniens occupés. Une information laissée volontairement dans l’opacité pour éviter les pressions nationales et internationales, que celles-ci soient en faveur de la colonisation ou condamnent la violation du droit international qu’elle constitue.

 

L’image de réussite de TEVA occulte par ailleurs la détérioration constante, du fait de l’occupation, de l’accès des Palestiniens aux soins de santé.

 

Accès des Palestiniens aux soins de santé

Les principaux hôpitaux desservant la Cisjordanie sont situés à Jérusalem-Est. Le cas des hôpitaux Makassed et Augusta Victoria illustre bien les difficultés d’accès aux soins de santé dues à l’occupation. Ces hôpitaux, situés à Jérusalem-Est, étaient en grande partie fréquentés par des Palestiniens résidant en Cisjordanie. Or, la construction du Mur autour de Jérusalem a privé le premier de 60% et le deuxième de 25% de leurs patients, menaçant de ce fait leur rentabilité (rapport OCHA Février 2006). Les patients devront en outre parcourir dorénavant de longues distances pour trouver des soins équivalents, voire pour certains soins particuliers uniquement fournis à Jérusalem-Est, tenter d’obtenir un permis de passage pour y accéder.

 

En ce qui concerne la bande de Gaza, la situation est encore pire. L’ONG israélienne de défense des droits de l’Homme, B’tselem explique : « Le siège imposé par Israël à la bande de Gaza depuis que le Hamas y a pris le pouvoir de l’appareil sécuritaire en juin 2007 a grandement endommagé le système de santé de Gaza, qui ne fonctionnait déjà pas très bien avant. Beaucoup de services, de spécialistes et de traitements vitaux ne sont pas disponibles aux Palestiniens à Gaza et, depuis que le siège a commencé, l’accès aux soins médicaux dans les hôpitaux en dehors de Gaza a diminué. De plus, lorsque les affrontements entre l’armée et les Palestiniens armés augmentent, le traitement des patients souffrant de maladies chroniques, dont les patients cancéreux ou cardiaques, est postposé, et la fourniture de médicaments et d’équipements médicaux à Gaza est retardée » (voir site btselem.org – section « Gaza strip »).

 

Mises à part les limitations d’accès du fait du siège, les coupures d’électricité que doivent subir les habitants de Gaza ces derniers temps ont également un impact négatif énorme sur le fonctionnement des hôpitaux (voir article dans ce même numéro). Or, les attaques inhumaines de l’armée israélienne sur la bande de Gaza font régulièrement des victimes, dont certaines décèdent alors qu’elles auraient pu être soignées si les hôpitaux fonctionnaient correctement.

 

« Soutenir TEVA pour soutenir Israël »…

En 2009, l’Union des Patrons Juifs de France (UPJF) menait une campagne auprès du corps médical pour les inciter à prescrire des médicaments TEVA.

 

« Aidez Israël en achetant des médicaments génériques. TEVA est un laboratoire pharmaceutique basé à Tel Aviv. Si vous souhaitez prescrire (ou vous faire prescrire) et faire connaître autour de vous ces excellents médicaments (…), vous pourrez consulter la liste des génériques et des médicaments correspondants » (reprise sur le site Europalestine, dans une vidéo mars 2009).

 

Or, il est interdit en France – comme en Belgique – de faire de la publicité pour des médicaments remboursés par la Sécurité sociale, comme le rappelait la vidéo. Par ailleurs, cette campagne de l’UPJF montre bien que le succès de l’entreprise est important pour l’Etat israélien.

 

Face à cette campagne, c’est l’argument inverse qui nous vient à l’esprit : vous voulez marquer votre désaccord avec la politique d’occupation d’Israël dans les Territoires palestiniens, une politique qui prive de nombreux Palestiniens d’un accès normal aux soins de santé ? Refusez d’acheter TEVA et partagez votre engagement avec votre pharmacien. Le 16 juin, rendez-vous donc chez votre pharmacien avec la lettre ci-jointe.(NJO)

Note : L’organisation israélienne Who Profits publiera bientôt un rapport sur l’industrie pharmaceutique israélienne et l’occupation.

Initialement paru dans le bulletin Palestine n°52 (juin 2012) – trimestriel de l’Association Belgo-Palestinienne.

Des Israéliens hors du commun

•16 mars 2012 • Laisser un commentaire

Manifestation à Tel Aviv le 10 décembre 2011 suite à la mort de Bassem Tamimi à Nabi Saleh ©Yossi GurvitzIls ne sont pas très nombreux mais leur conviction compense leur petit nombre. Que ce soient les Anarchists against the Wall, l’Israeli Committee Against House Demolition (ICAHD), la Coalition of Women for Peace, l’Alternative Information Center (AIC) ou quelques autres encore, ils se joignent tous à la lutte contre l’occupation israélienne et pour l’autodétermination du peuple palestinien. Et ce genre de position exige du courage dans une société israélienne qui vire de plus en plus à droite et où la gauche dite « pacifiste » elle-même a un agenda bien différent de l’agenda palestinien. Qu’est-ce qui les distingue de la gauche « mainstream » ? Quelles sont les caractéristiques de ces mouvements ? Quel est leur rôle dans la résistance palestinienne et au sein de la société israélienne ?

 

Le test BDS

En Israël, ils sont traités d’« activistes pro-palestiniens » tandis que les membres de Peace Now ou des travaillistes seront, quant à eux, qualifiés de « pacifistes ». Jamais, n’est mis en avant le caractère bénéfique pour Israël de leurs actions ou le fait qu’une paix durable, basée sur la justice, ne peut venir que de ce type de coopération avec les Palestiniens.

Comme le soulignait l’Alternative Information Center dans son dernier article sur la normalisation (voir article « En finir avec l’« industrie de la paix » dans ce même bulletin), la coopération véritable avec les Palestiniens peut être soumise au test BDS. En effet, ce qui distingue ces mouvements du reste de la société civile israélienne, c’est leur adhésion à la campagne pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre Israël, une position rarement adoptée vu les risques qu’encourt en Israël toute personne appelant au boycott de l’Etat ou de ses colonies. En juillet 2011, la Knesset votait en effet une loi interdisant tout appel au boycott économique, culturel ou académique d’Israël, de ses institutions ou de toute zone sous son contrôle, une référence claire aux territoires occupés. Malgré les risques occasionnés, les organisations engagées dans la campagne BDS ne se sont pas laissé impressionner. La Coalition of Women for Peace continue à alimenter le site « Who profits » (from occupation) avec des informations sur les entreprises qui investissent dans les colonies et la campagne « Boycott from within » n’a pas cessé pour autant son activité non plus.

 

Le droit au retour

Outre du fait de l’interdiction du boycott, l’adhésion à la campagne BDS est restreinte par les revendications de l’appel de 2005 contenant  « la protection et la promotion du droit au retour pour tous les réfugiés palestiniens en vertu de la résolution 194 de l’AGNU ». Le soutien au droit au retour reste une ligne rouge que peu franchissent. La crainte de voir un jour se profiler une majorité démographique arabe en Israël, alimentée par les argumentaires sur l’antisémitisme, contribue en effet à dresser du droit au retour une image fantasmagorique de danger absolu.

Sur la question du droit au retour, il faut souligner l’intérêt du travail entrepris par Zochrot. Cette organisation s’est donné pour mission de sensibiliser l’opinion publique israélienne à la mémoire de la Nakba et au caractère bénéfique de l’application du droit au retour pour l’avenir commun des deux peuples. Récemment, dans leurs locaux, étaient exposées des œuvres imaginant la réalisation concrète du droit au retour et cela, dans le but de le démystifier. Des initiatives qui sont encore loin d’atteindre un large public mais qui ont le mérite d’exister.

 

Coopération par l’action sur le terrain

La coopération entre les comités populaires palestiniens contre le Mur et les Israéliens des Anarchists against the Wall commence dès les premières manifestations hebdomadaires contre le Mur et contre l’occupation. Et ces derniers sont toujours présents aujourd’hui, que ce soit à Beit Umar, Nilin, Nabi Saleh, Qaryout, Bilin, Maasara, Kufer al-Dik, Kufer Qaddum, Al Walaje, publiant régulièrement sur leur site des rapports sur le déroulement des différentes manifestations.

Leur présence a du poids parce qu’elle apporte un regard extérieur sur la répression subie par les manifestants palestiniens. Les militants israéliens peuvent ainsi témoigner sur les manifestations dans les médias israéliens. Ils remplissent également une fonction d’interposition en empêchant les soldats israéliens de s’en prendre aux Palestiniens. Les Israéliens ne sont pas pour autant immunisés contre des arrestations et les Anarchists against the Wall doivent prévoir une assistance juridique pour défendre tous ceux qui terminent les manifestations en détention.

 

Poids politique relatif

Michel Warschawski explique le rôle de ces mouvements en Israël via la métaphore d’une bicyclette avec une grande roue et une petite roue. La grande roue, représentée par « La Paix maintenant » et le mouvement travailliste, a été capable de mobiliser quelque 400.000 personnes lors de la guerre contre le Liban en 1982. La petite roue, représentée par les forces plus radicales, mobilise entre 5.000 et 10.000 personnes selon les périodes. (Cf. « En Israël, le soutien massif à l’opération a commencé à s’éroder », Interview de M. Warschawski dans le Monde, 7.1.2009).

Seule la grande roue est à même de jouer un rôle politique significatif en Israël. La petite roue ne doit donc pas négliger la grande et doit continuer à agir afin de mobiliser un plus grand nombre. Mais le problème est que le camp de la paix, cette « grande roue », ne s’est plus mobilisé depuis des années. Face à l’opinion publique israélienne largement favorable à l’attaque de Gaza en 2008-2009, Michel Warschawski déclarait même que le camp de la paix avait disparu.

Bref, le bilan de ces initiatives sur la société israélienne dans son ensemble n’est pas considérable. Mais le petit nombre de ces Israéliens hors du commun les rend d’autant plus importants.

Initialement paru dans le bulletin Palestine n°51 (mars 2012) – trimestriel de l’Association Belgo-Palestinienne.

En finir avec l’ « industrie de la paix »

•15 mars 2012 • Laisser un commentaire

Manifestation à Tel Aviv le 10 décembre 2011 suite à la mort de Bassem Tamimi à Nabi Saleh ©Yossi Gurvitz

Qu’est-ce que la normalisation ? Quels en sont les types et les caractéristiques ? Quelles en sont les implications respectives  sur les sociétés palestinienne et israélienne ? La normalisation est au cœur des débats aujourd’hui en Palestine. Sujet de polémique par excellence, son rejet est souvent mal compris, à commencer par le « camp de la paix » israélien ou les tiers internationaux.

Le terme normalisation a ses origines dans le vocabulaire diplomatique où il signifie l’établissement de relations diplomatiques normales entre deux Etats dans le contexte d’un conflit. Suite à la création d’Israël, les Etats arabes refusèrent toute normalisation avec le nouvel Etat et cela, jusqu’à ce que beaucoup considèrent comme la trahison de Sadate lors de son voyage à Jérusalem en 1977 et les accords de Camp David qui s’en sont suivis.

Mais lorsque le terme est aujourd’hui évoqué dans le contexte israélo-palestinien, c’est à une autre réalité qu’il réfère. D’une normalisation d’Etat à Etat, la signification a glissé au niveau du « people to people », des rencontres entre individus. La Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) définit la normalisation « comme la participation à tout projet, initiative ou activité, en Palestine ou à l’étranger, qui vise (implicitement ou explicitement) à rassembler des Palestiniens (et/ou des Arabes) et des Israéliens (personnes ou institutions) sans mettre en exergue la résistance à ou la dénonciation de l’occupation israélienne et de toutes les formes de discrimination et d’oppression commises contre le peuple palestinien ».

 

Normalisation de l’occupation

Ce genre d’initiative s’est développé dans les années 90, dans la période post-Oslo. L’idée était de premièrement renforcer les relations entre les deux peuples dans la perspective de la coexistence future entre deux Etats, palestinien et israélien. Mais l’Etat palestinien n’a jamais vu le jour depuis. Les négociations en sont toujours au même point tandis que parallèlement, l’occupation israélienne se perpétue et que le phénomène de colonisation prend de plus en plus d’ampleur. Dans un tel contexte, la mise en place de projets de normalisation revient à encourager les Palestiniens à se résigner et accepter progressivement l’occupation et la colonisation comme une réalité intangible.
Les jeunes Palestiniens qui participent à ces programmes de rencontres en sortent avec, en plus, quelques amis israéliens mais rentrent chez eux pour retrouver la réalité quotidienne de l’occupation inchangée. Ces programmes permettent souvent à des jeunes, qui n’ont pas souvent l’occasion de voyager, de partir pour quelques semaines à l’étranger. Mais ceux qui, en Palestine, osent parler de leur expérience à leur retour sont de moins en moins nombreux. La répression violente de la seconde Intifada, la construction du Mur, le massacre de la population gazaouie durant l’hiver 2008-2009, chacun de ces événements et bien d’autres encore rendent ces projets de normalisation de moins en moins acceptables aux yeux de la population palestinienne. De leur côté, les participants israéliens s’offrent en quelque sorte une bonne conscience en rencontrant des Palestiniens et aiment à répéter à leur retour en Israël qu’ils « ont des amis palestiniens ».

Ce genre de rencontre n’apporte rien puisqu’il se base essentiellement sur un échange des discours respectifs, toujours en opposition. Pour illustrer légèrement cela par un cliché – mais pas tant que ça – la discussion se conclut généralement par la préparation commune d’un hoummous, point commun entre les deux cultures (pour autant que l’on n’estime pas que le hoummous a été « emprunté » par les Israéliens à la culture palestinienne). Bref, rien qui fasse avancer d’un iota la situation sur le terrain.

Une campagne israélienne pour son image

Si d’une part, elles ne visent en rien la fin de l’occupation, ces initiatives de normalisation sont par ailleurs une excellente vitrine pour Israël qui peut se targuer de coopérer à des projets qui œuvrent pour la paix avec les Palestiniens et/ou les Arabes. Le vocabulaire lié à la normalisation use et abuse en effet du mot paix. Ainsi est-ce le cas, par exemple, du Peres Center for Peace, créé en 1996 par l’actuel président israélien, Shimon Peres, pour promouvoir la rencontre entre les peuples du Moyen-Orient dans le but de « construire la paix par la coopération socio-économique et le développement, par l’interaction d’individu à individu ». Un bien joli programme aussitôt applaudi par tous les naïfs. Mais une arme de guerre de propagande insidieuse pour Israël.
A l’occasion du 10e anniversaire du Centre en 2008, Meron Benvenisti écrivait déjà dans Haaretz :

« Dans l’activité du Peres Center for Peace, aucun effort manifeste n’est fait  pour changer le statu quo politique et socio-économique dans les territoires occupés, tout au contraire: des efforts sont faits pour former la population palestinienne à accepter son infériorité et à la préparer pour survivre sous les contraintes arbitraires imposées par Israël, ainsi que pour garantir la supériorité ethnique des Juifs. Avec une condescendance colonialiste, le centre présente un oléiculteur qui découvre les avantages de la coopération commerciale,  un pédiatre qui reçoit une formation professionnelle dans les hôpitaux israéliens et un importateur palestinien qui apprend les secrets du transport des marchandises via les ports israéliens, célèbres pour leur efficacité, et bien sûr des compétitions de football et des orchestres mixtes d’Israéliens et de Palestiniens, qui donnent une fausse image de la coexistence » (Haaretz.com, A monument to a lost time and lost hopes, 30/10/2008).

Au paradigme d’oppresseur/opprimé, ces programmes préfèrent également celui de conflit, induisant implicitement que les parties au conflit sont sur pied d’égalité. Ainsi s’annonce l’Israel/Palestine Center for Research and Information (IPCRI) dirigé par le très médiatisé Gershon Baskin et qui se présente comme « l’unique think tank conjoint israélo-palestinien de politique publique dédié à la résolution du conflit israélo-palestinien sur la base de « deux Etats pour deux peuples ». Gershon Baskin est décrit par l’AIC comme l’un des plus grands professionnels de l’industrie de normalisation (AIC, The Israeli left as normalizers, 5/12/2012). Sur le site de l’IPCRI, il n’est jamais fait la moindre mention de l’occupation ou de la colonisation.

Le rôle des internationaux

Que ce soit via les programmes Euromed ou via le financement d’initiatives de dialogue « people to people », les Européens ont tendance à encourager ce genre de programme de normalisation. La raison de ce choix est que cela permet de montrer que des efforts sont entrepris sur place pour trouver une solution au conflit, sans pour autant devoir « prendre parti ». Les bailleurs de fonds semblent être aveugles au fait qu’en finançant ce type de programme, ils rendent avant tout service à Israël, qui profite avantageusement du statu quo ainsi préservé.

Dans un document intitulé « l’Union complice – un guide sur les financements UE de l’apartheid », le mouvement BDS cible la façon dont l’UE aide ainsi  à « normaliser » les agressions israéliennes en soutenant ce que les Palestiniens appellent « l’industrie de la paix ». L’UE finance en effet régulièrement des événements et des projets culturels ou autres qui promeuvent la fiction de l’« équilibre » entre les deux parties (BDSmovement.net, février 2011).

Pour rappel, la Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel appelle clairement les internationaux qui soutiennent le BDS à ne participer à aucun programme qui « met moralement et politiquement l’oppresseur et l’opprimé sur le même pied et qui présente la relation entre Palestiniens et Israéliens comme symétrique » (PACBI, Israel’s Exceptionalism: Normalizing the Abnormal, 31/10/2011).

 

La coopération et non la normalisation

L’Alternative Information Center résume bien les principes qui doivent sous-tendre toute collaboration entre Israéliens et Palestiniens (Michael Warschawski, Cooperation not normalization, AIC, 10/1/2012). Tout d’abord, et comme souligné précédemment, il ne s’agit pas d’une « lutte commune pour la paix » mais d’une « lutte nationale palestinienne contre le colonialisme israélien ». Les programmes promouvant l’ « équilibre » entre les deux camps et la « symétrie » sont à exclure. Si des Israéliens participent à des programmes communs avec les Palestiniens, c’est donc sous le leadership et sur la base des principes édictés par les Palestiniens. Or, les revendications du programme de libération nationale palestinien comportent trois dimensions dont aucune ne doit être négligée : la fin de l’occupation coloniale, des droits collectifs et individuels entiers pour la minorité palestinienne d’Israël et le droit au retour pour les réfugiés palestiniens. Ce dernier point est systématiquement rejeté par la gauche sioniste, même si elle se déclare par ailleurs pacifiste.

L’AIC relève également deux tests utiles pour juger de la sincérité de l’implication dans la lutte palestinienne : d’une part, il faut qu’il s’agisse d’une coopération par l’action et non par d’interminables et inutiles dialogues ; d’autre part, il faut que cela inclue l’adhésion au programme BDS, posé aujourd’hui comme priorité par le mouvement national palestinien. (NJO)

Initialement paru dans le bulletin Palestine n°51 (mars 2012) – trimerstriel de l’Association Belgo-Palestinienne.

« La démocratie est la solution »

•5 mars 2012 • Laisser un commentaire

Alaa al Aswany

Ce lundi 23 février, à l’issue d’un long scrutin, le parlement égyptien entamait enfin ses travaux. La majorité des élus sont issus de la tendance islamiste, mais même les Frères Musulmans et leurs 47% des sièges ne peuvent agir seuls. Selon l’analyse de Véronique Gaymard sur RFI, le jeu des alliances pourrait en surprendre plus d’un en se basant davantage sur des considérations pragmatiques. Mais l’enjeu réel du fonctionnement du nouveau Parlement est de savoir s’il parviendra à imposer ses lois au Conseil Supérieur des Forces Armées.

Les élections présidentielles ont enfin été fixées et ont un premier tour prévu ces 23 et 24 mars et un deuxième tour les 16 et 17 juin. Mais beaucoup dénoncent déjà une collusion entre le CSFA et les Frères Musulmans pour « choisir un candidat consensuel ». Pour cette raison, le candidat pressenti Mohammed El Baradei s’est déjà retiré de la course en janvier dernier, arguant que les dés étaient pipés d’avance.

Dans la rue la contestation continue. L’analyse de Hesham Sallam sur Jadaliyya parle d’un pays aujourd’hui divisé entre l’« univers de la transition » et l’ « univers de la révolution ». Des concepts voisins à ce que Clément Steuer appelait la légitimité des urnes à laquelle s’oppose celle de la rue (cfr. Workshop CCMO-Medea du 1er février).

L’ « univers de la révolution » est constitué selon Hesham Sallam de l’ensemble des groupes et des mouvements de contestations qui ont refusé d’obéir aux ordres du CSFA de quitter la rue et de poursuivre le jeu dans les « canaux sponsorisés par le CSFA ». Ces derniers dénoncent les méthodes des militaires ou des services d’information du Ministère de l’Intérieur, méthodes identiques à celles pratiquées sous Moubarak. Ainsi et comme le souligne le dernier rapport de Human Right Watch, la liberté d’expression ainsi que d’autres droits fondamentaux ne sont pas encore protégés et garantis dans l’Egypte post-Moubarak, au contraire. L’ONG de défense des droits de l’homme dénonce un durcissement de la répression à l’encontre des opposants politiques.

Les pessimistes diront donc facilement que les choses vont moins bien que sous l’ancien régime. Les optimistes comme Alaa al Aswany diront que la révolution aboutira, même s’il faudra du temps.  Le célèbre auteur termine tous ses articles par « la démocratie est la solution ». Alors réalité, leitmotiv, méthode Coué ?  L’actualité égyptienne nous en apprendra plus dans les prochains mois.(NJO)

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA (Edito du 2 mars 2012).

 
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