« La première Intifada et la résistance non-violente »

ME_King_QuietrevolutionLe livre « A quiet revolution* » (une révolution calme) de Mary Elizabeth King aborde la Première Intifada sous un angle peu exploité : celui de la non-violence. Bien plus qu’une « révolte des pierres » menée par une poignée de jeunes, c’est à une véritable révolution populaire soutenue par l’ensemble de la société palestinienne à laquelle ont pu assisté les médias du monde entier de 1987 à 1990.

Spécialiste des mouvements de résistance non-violents, M.E. King s’est attachée à analyser de manière fouillée la période de l’Intifada (1987-1990), mais aussi les années qui la précèdent. Les années 80 ont en effet été le terreau grâce auquel l’Intifada adopta une telle organisation et fut empreinte de si peu de violences.
Les méthodes non-violentes ne sont pas nouvelles dans l’histoire de la lutte du peuple Palestinien. Les années 30 avaient par exemple connu de nombreuses actions non-violentes contre la Déclaration Balfour. Néanmoins, la Première Intifada se démarque par un type d’organisation beaucoup plus élaboré, et cela du fait de trois facteurs mis en lumière par l’auteur.

Tout d’abord, la popularité des thèses du penseur marxiste italien Antonio Gramsci durant les années 80 inspire la création de nombreux mouvements en tous genres : mouvements de femmes, d’étudiants, de travailleurs, de prisonniers, comités de travail volontaire… Des réseaux se créent au sein de la société et dispersent les centres de pouvoirs.

Parallèlement, un homme joue un rôle significatif dans les prémices de l’Intifada : Mubarak Awad. Pendant ses études aux Etats-Unis, il assiste à la campagne de Martin Luther King Jr pour les droits civils et s’intéresse à l’étude de la non-violence. Revenu à Jérusalem-Est en 1983 avec un diplôme de psychologie, il entreprend de faire circuler les pensées de Gandhi et de M.L.King à travers la population palestinienne. Séduit par la théorie plus pragmatique de la non-violence de Gene Sharp, il déclare que l’occupation ne peut fonctionner qu’avec le consentement de la population. En d’autres termes, les Palestiniens ont la capacité de rendre l’occupation israélienne intenable, et cela de manière non-violente. Les feuillets et les séminaires dispensés durant les années 80, fourniront les armes non-violentes nécessaires à l’Intifada.

A ces deux premiers facteurs, se rajoutent les idées d’une poignée d’intellectuels de Jérusalem-Est parmi lesquels Faiçal Husseini et Sari Nusseibeh. Ceux-ci entreprennent de nouer des contacts directs avec des Israéliens, seule manière selon eux de parvenir un jour à des négociations. Du fait de leur adhérence aux méthodes non-violentes prônées par Sharp, et de leur combat pour une participation populaire au pouvoir, ces intellectuels forment en quelque sorte le trait d’union final qui permet l’éclosion de l’Intifada.

Malgré cette concomitance exceptionnelle de facteurs, l’Intifada ne tiendra que deux ans sous la forme d’un mouvement non-violent. En effet, les emprisonnements successifs des différents commandements de l’Intifada en élimineront la plupart des défenseurs du dialogue et de la non-violence. D’autre part, l’OLP installée alors à Tunis, ne comprit pas la teneur du mouvement populaire à l’œuvre dans les territoires. Dès 1990, le leitmotiv de « la lutte par tous les moyens » repris ses droits, ce qui affaiblit considérablement la position palestinienne.

Loin de récupérer les résultats de l’Intifada, les accords d’Oslo furent scellés en 1993 par une OLP en mal de reconnaissance et craignant de perdre le contrôle des territoires.

Par l’analyse de la Première Intifada et de ses prémices, Mary E. King réussit néanmoins à montrer que c’est au moment où elle atteint sa phase la plus non-violente que l’Intifada atteint ses objectifs. L’auteur conclut son ouvrage en parlant des récents mouvements de résistance non-violente contre le mur de séparation. Bien qu’ils soient peu connus de manière générale, les actions des villages des Bilin, Jayyus, Biddu, Deir Ballut, Budrus et encore d’autres montrent qu’aujourd’hui comme en 1987, le cycle de la violence peut être rompu sans pour autant abandonner la résistance. (NJO)

* KING (Mary Elizabeth), A Quiet revolution. The first Palestinian Intifada and nonviolent resistance, New York, Nation Books, 2007, xvi – 464 p.

~ par natjanne sur 16 septembre 2009.

Une Réponse to “« La première Intifada et la résistance non-violente »”

  1. superbe initiative. Bravo Nath. TPT JZW

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