Rapport Goldstone: suite et fin ?

Ce matin, une des page Débats de La Libre Belgique était offerte à Uri Avnery, un écrivain israélien, ancien membre de la Knesset et confondateur de Gush Shalom (le Bloc de la paix). Le titre trouvé par la rédaction du quotidien belge est accrocheur : « Mensonges antisémites ». Les premières lignes de l’article sont en effet écrites au second degré, Uri Avnery y reprenant pour mieux les critiquer tous les arguments entendus en Israël contre le rapport du juge Sud-africain Golsdtone depuis sa publication. Soulignant les origines juives et la tendance du juge Goldstone, il l’accuse de « diffamer l’armée la plus morale du monde » ou encore d’être « manipulé par la conspiration antisémite mondiale ». Après avoir ainsi démontré la faiblesse et la bêtise de ces arguments, Avnery pointe ensuite du doigt le vrai tort d’Israël : celui de ne pas avoir une minute considéré les conclusions de la Commission des Nations Unies sur la guerre de Gaza comme fondées.

Déjà évoqué dans mon article de la semaine passée, ce rapport n’a pas cessé de faire parler de lui. Et bien plus que ça, c’est une véritable guerre médiatique qui est aujourd’hui engagée entre ses détracteurs et ceux qui en défendent la probité.

Dès le lendemain de sa publication (voir l’article de Renée-Anne Gutter « Vive colère et grand embarras en Israël » dans La Libre Belgique du 17/9/2009), le gouvernement israélien avait annoncé une contre-offensive avec l’objectif affiché d’empêcher que le rapport ne soit porté devant le Conseil de Sécurité, avant de l’être devant la Cour Internationale de Justice de La Haye. Cette mesure revêt tout de même un aspect paradoxal : affirmant l’intégrité de Tsahal et le caractère mensonger du rapport Goldstone, les autorités israéliennes refusent néanmoins d’être jugées. Au moment de la mise sur pied de la Commission chargée d’enquêter sur les événements survenus à Gaza en décembre et janvier passé, Israël s’était en outre vu proposer d’y participer. Mais le gouvernement avait plutôt décidé de boycotter la Commission, parce que comme le souligne Uri Avnery « il savait que la Commission, en fait n’importe quelle commission, serait arrivée aux mêmes résultats ».

Malheureusement la campagne menée par le gouvernement israélien semble porter ses fruits. En effet, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies examinait mardi les résultats de la mission d’enquête sur Gaza . Très attendue puisque déterminante pour un éventuel vote au Conseil de sécurité, la réaction américaine a profondément déçu les espérances des défenseurs des droits de l’Homme. Le représentant les Etats-Unis, Michael Possner a souligné la « manière disproportionnée » de traiter Israël au sein du Conseil des Droits de l’Homme et a appelé ses membres « à rejoindre les États-Unis dans leur rejet de cette attitude de deux poids, deux mesures ». La délégation américaine a également fait savoir qu’elle était « en désaccord avec nombre d’évaluations et de recommandations contenues dans le rapport ». Les Etats-Unis rejettent par ailleurs la manière de mettre sur le même pied au point de vue moral « un État démocratique doté du droit d’autodéfense – Israël – et le Hamas, qui répond au retrait d’Israël de Gaza en terrorisant les civils du sud d’Israël ». La délégation américaine encourage enfin « les membres du Conseil à s’engager avec son pays à faire passer une résolution de consensus qui encourage Israël à enquêter et à répondre aux allégations par le biais de processus internes crédibles et demande aux Palestiniens d’engager des enquêtes crédibles concernant les allégations de violations par le Hamas et au Hamas de cesser ses violations. »

Une telle attitude des Etats-Unis signifie-t-elle qu’aucune suite ne sera donnée au rapport Goldstone ? C’est à craindre. Un espoir réside néanmoins peut-être dans l’opinion publique internationale. Uri Avnery émet cette « vue politique de très court terme » : « Le monde entier entend ou entendra parler du rapport Goldstone, en se rappelant les images de la dernière guerre vues à la télévision (…) Si Israël ne se plie pas à une enquête sérieuse, le Conseil de Sécurité se verra demander d’envoyer le rapport à la Cour de La Haye ».

Un tel dénouement semble néanmoins un peu simpliste. Mon espoir réside davantage dans le principe qu’il ne peut y avoir de paix sans justice. Originaire d’Afrique du Sud, Richard Goldstone peut déclarer avec conviction que « la paix et la réconciliation dépendent dans une large mesure de la reconnaissance publique des souffrances des victimes. » S’il désire s’engager dans un réel effort de paix au Moyen-Orient, Barack Obama devra en tenir compte. (NJO)

~ par natjanne sur 1 octobre 2009.

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