L’occupation israélienne et l’eau

Ce mardi 27 septembre, Amnesty International a publié un rapport accusant le gouvernement israélien de pratiques discriminatoires dans le partage de l’eau avec les Palestiniens. La question de l’eau dans le conflit israélo-palestinien est souvent mise de côté, traitée comme un aspect secondaire par rapport aux problèmes considérés centraux comme le statut de Jérusalem, les frontières, les réfugiés, ou encore les colonies. Et pourtant, la question de l’eau est primordiale d’une part parce que cette ressource est essentielle à la vie, d’autre part parce qu’elle est sous-jacente aux autres aspects du conflit.

Ressources hydriques partagées

Si la région du Moyen-Orient est la plus pauvre en eau de notre planète, les pays où la situation est la plus alarmante sont la Jordanie, Israël, et les Territoires Palestiniens Occupés. Alors qu’Israéliens et Palestiniens sont en conflit depuis plus de soixante ans, ils doivent aussi se partager les rares ressources hydriques que recèlent leurs sous-sols.

Deux sources sont considérées comme devant être partagées : l’Aquifère montagneux qui traverse la Cisjordanie du Nord au Sud, et le fleuve Jourdain et ses affluents. De cette deuxième source, les Palestiniens ne reçoivent rien. Il est également important de noter qu’un tiers de la consommation des Israéliens provient du Jourdain et un quart de celle-ci de l’Aquifère montagneux. Les Palestiniens ne reçoivent quant eux aucune goutte de la source du Jourdain et sont donc entièrement dépendant de l’Aquifère montagneux pour subvenir à leurs besoins en eau.

Enormes différences de consommation

L’ONG israélienne de protection des Droits de l’Homme B’tselem offre des chiffres concernant les consommations respectives des deux peuples en eau. D’un côté, un Palestinien de Cisjordanie consomme quelques 22 mètres cube par an, ce qui équivaut à 60 litres d’eau par jour et qui englobe les besoins domestiques, urbains et industriels. Il est utile de souligner que l’Organisation Mondiale de la Santé a fixé à 100 litres d’eau par personne et par jour le minimum d’une consommation basique, ce qui place un Palestinien 40 litres en dessous de la quantité recommandée. De l’autre côté, un Israélien consomme 104 mètres cubes d’eau par an, ce qui fait quelques 280 litres par jour. Mais ce chiffre ne comprend pas la consommation industrielle qui, ajoutée, le fait grimper à 120 mètres cubes d’eau par an, soit 330 litres par personne par jour. Un Israélien consomme donc 4,5 fois plus qu’un Palestinien.

Le rapport d’Amnesty souligne en particulier la situation des colonies. Selon l’ONG internationale, les colons habitant en Cisjordanie consomment 20 fois plus que leurs voisins Palestiniens. Cette différence n’est en effet pas difficile à décerner pour quiconque se promène dans la région. Les colonies sont de réelles oasis de verdure, tandis que leurs voisins Palestiniens ne disposent plus que de pâturages desséchés pour leurs troupeaux.

Discrimination dans l’approvisionnement en eau

Sur son site, B’tselem le déclare clairement : « La politique israélienne concernant l’approvisionnement en eau est illégale et discriminatoire sur des bases racistes.» Cette politique discriminatoire est pratiquée par Israël depuis 1967. Jusqu’aux accords d’Oslo, elle s’exprimait principalement par l’interdiction aux Palestiniens de construire des nouveaux puits en Cisjordanie.

En 1995, Israéliens et Palestiniens signent ensuite un accord intermédiaire, appelé accords d’Oslo II. Celui-ci met en place le Comité Joint sur l’Eau, chargé de s’occuper de tout nouveau projet concernant la distribution d’eau potable ou l’évacuation des eaux usées. Composé d’un nombre égal d’Israéliens et de Palestiniens, il fonctionne par la règle du consensus et offre donc un pouvoir de veto aux Israéliens sur la construction de tout nouveau puits en Cisjordanie. En outre, si le projet obtient l’assentiment du Comité Joint mais se situe dans la zone C, c’est-à-dire sous contrôle exclusif d’Israël, il doit encore recevoir une autorisation du Haut Comité de Planification de l’Administration Civile. A noter qu’en Israël, l’Administration « civile » est le nom donné aux autorités militaires qui gèrent les territoires occupés.

En définitive, Israël bénéficie d’un contrôle total sur l’accès à l’eau en Cisjordanie. Alors que l’Aquifère montagneux est la seule source d’approvisionnement pour les Palestiniens de cette région, Israël en utilise quelques 80%. Le gouvernement israélien refuse de renégocier cette distribution ou de permettre aux Palestiniens de s’approvisionner à d’autres sources comme le bassin du Jourdain.

En ce qui concerne Gaza, les accords d’Oslo II interdisent le partage d’un éventuel surplus d’eau provenant de Cisjordanie avec la population de Gaza. Les Gazaouis n’ont donc que l’Aquifère de Gaza comme source disponible à leur consommation. Déjà malmenée par une surexploitation permanente, cette nappe phréatique est aujourd’hui polluée du fait de la destruction des infrastructures d’évacuation des eaux usées par l’armée israélienne durant l’offensive de l’hiver passé. D’autre part, les stations de pompage et les réservoirs ont été endommagés ce qui restreint l’approvisionnement en eau.

Une solution : l’application du droit international

En exploitant à outrance et de manière discriminatoire les ressources en eau devant être partagées avec les Territoires Palestiniens, Israël enfreint plusieurs règles et principes du droit international. D’une part en tant que puissance occupante, Israël n’a pas le droit d’exploiter l’eau outre les besoins de l’armée et ne peut par ailleurs appliquer de distinction de traitement entre les résidents des territoires occupés, donc entre Palestiniens et colons. D’autre part, Israël doit accepter de renégocier le partage des eaux communes au regard de certains facteurs comme l’augmentation de la population palestinienne et l’absence pour elle d’alternatives pour se fournir en eau.

La question du partage de l’eau est donc complexe, et d’autant plus complexe qu’elle se mêle ici à un conflit qui l’est déjà. Elle apporte par contre une explication géopolitique à une occupation souvent qualifiée d’idéologique, et offre une profondeur supplémentaire pour la compréhension de l’imbroglio israélo-palestinien. Cette discrimination en matière d’accès à l’eau vient en outre se rajouter à liste, déjà longue, des injustices subie par le peuple palestinien, face à Israël qui à nouveau jouit d’une exceptionnelle impunité.(NJO)

~ par natjanne sur 28 octobre 2009.

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