Le casse-tête des colonies

Le Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahou avait annoncé fin novembre un moratoire de dix mois de la construction au sein des colonies en Cisjordanie. Les Etats-Unis et les puissances occidentales ont salué ce geste, les Palestiniens l’ont considéré comme insignifiant, tandis que de leur côté, les colons se sont littéralement insurgés contre la décision (Le Point « Des milliers d’Israéliens manifestent à Jérusalem contre le gel des colonies»). Pourtant le gel de la construction ne concerne ni les colonies de Jérusalem-Est, ni les 3000 logements en cours de construction. Hier soir, « plus de 10.000 » manifestants étaient présents devant le domicile du Premier Ministre à Jérusalem pour protester contre un acte qu’ils jugent « antisioniste » (Haaretz « More than 10,000 demonstrators rally against settlement freeze»).

Depuis l’annonce du moratoire de nombreux incidents ont déjà eu lieu entre les colons et les forces israéliennes chargées de faire respecter la décision gouvernementale (Guerre ou paix (blog du Monde), « Gel de la colonisation: la tension monte (déjà) entre colons et vérificateurs »). L’association israélienne Shalom Arshav (La paix maintenant) a de son côté révélé que de « fausses fondations » étaient posées afin de contourner le moratoire qui exclut toutes les constructions déjà lancées. Pour calmer les colons juifs de Cisjordanie, Netanyahou n’a de cesse de leur répéter que la construction reprendra après le gel de dix mois (AFP, « Israeli PM: more settlement building after moratorium »).

Outre l’armée, ce sont les voisins palestiniens qui subissent l’ire des colons. Depuis l’annonce des mesures contre la construction dans les colonies de Cisjordanie, les attaques de colons se multiplient sur les champs d’oliviers, d’amandiers et de citronniers palestiniens. Appliquée par les colonies radicales, comme celles de Rasha et Yitzhar , la pratique du « price tag » (trad. prix à payer) sorte de représailles que les colons font subir aux Palestiniens suite aux actions menées par l’armée israélienne sur les colonies sauvages et illégales. Cette pratique est également pour les colons une manière de chasser les Palestiniens de leurs terres afin de pouvoir étendre leur colonie (Le Monde « En Cisjordanie, les champs d’oliviers palestiniens, cibles des colons radicaux »).

Sans ressources face à cet enchaînement de violences et cette occupation rampante, l’Autorité Palestinienne a commencé à mettre en œuvre un boycott des produits venants des colonies. Le porte parole du Ministère des Affaires Etrangères israéliennes a jugé la mesure improductive vis-à-vis des négociations de paix. Si un embargo sur les produits israéliens va à l’encontre des accords établis entre l’AP et Israël, les colonies sont quant à elles considérées comme illégales par le droit international (La presse canadienne, «Les Palestiniens boycottent les produits issus des colonies juives »)

Enfin, dernière nouvelle en date, le gouvernement israélien vient d’annoncer qu’il comptait investir quelque 28 millions de $ dans les colonies de Cisjordanie. Le porte parole du Premier Ministre a déclaré qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une compensation au moratoire de dix mois sur la construction dans les colonies, mais bien d’une mesure prise pour « améliorer le système scolaire, les infrastructures, les moyens de transports et les aides au logement » dans certaines « zones de priorité nationale ». En Cisjordanie, cette aide touchera environ 110 000 Israéliens (Le Monde, « Cisjordanie: 28 millions USD de crédits pour des colonies »).

Pour obtenir une majorité suite aux dernières élections, le Likoud a séduit les petits partis de d’extrême droite par des discours en faveur de la colonisation. Quelques mois après, sous pression des Etats-Unis, Benjamin Netanyahou comprend qu’il ne peut faire autrement que de geler la colonisation en Cisjordanie, ne fut-ce que temporairement. Les colons et leur soutien se sentent donc trahis par un gouvernement qu’ils croyaient acquis à leur cause. Même les mesures financières prévues pour améliorer la situation des colonies ne résoudront pas le casse-tête qui se présente à Netanyahou. Entre le marteau et l’enclume, il est difficile de concevoir la manière dont le Premier Ministre parviendra à conserver un soutien suffisant à la fois sur la scène internationale et sur la scène politique israélienne.(NJO)

~ par natjanne sur 10 décembre 2009.

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