Résistance palestinienne

Handala, symbole de la lutte du peuple palestinien pour la justice et l'autodétermination

A côté des faits violents et des récits de négociations sans succès qui marquent régulièrement l’actualité du conflit israélo-palestinien, les médias traditionnels passent souvent à côté d’actions non-violentes de résistance entreprises par des Palestiniens, des Israéliens et des internationaux refusant la spirale infernale de violence qui s’impose aux deux peuples. Récemment ces actions ont pourtant occupé une place relativement importante dans les médias.

A la fin du mois de décembre passé, quelques 1400 activistes se sont rassemblés au Caire pour y entamer  ensemble une marche de solidarité vers Gaza. Au final, seule une centaine d’entre eux ont sont parvenus à destination, les autres restant bloqué dans la capitale égyptienne à défaut d’autorisations de passage vers le territoire palestinien. Marianne Blume, ancienne enseignante à Gaza commentait pour le Soir du 2 janvier, « l’important était qu’on parle du sort de Gaza assiégé, ce que nous avons réussi à faire ; évidemment, nous aurions préféré pouvoir nous rendre à Gaza pour manifester notre solidarité avec la société civile palestinienne… ».

Succès relatif donc mais succès quand même. L’article du quotidien belge allie par ailleurs un autre fait lié à une campagne internationale non-violente : l’arrêt par Dexia Israël du financement des colonies de Cisjordanie (non pas de Jérusalem-Est). La campagne tenace menée par l’association Intal contre la présence de Dexia dans les colonies israéliennes semble donc porter ses fruits (campagne menée dans le cadre plus large de la campagne BDS – Boycott, Désinvestissement et Sanctions). Le Yesha, le lobby des colons israéliens, accuse les propriétaires européens des Dexia de céder aux pressions des lobbys « antisémites et anti-israéliens » actifs en Europe, « plus particulièrement en Belgique où le lobby pro-palestinien est puissant ».  De son côté, le président du comité des conseils régionaux, Shmouel Reifman, explique que le choix est essentiellement économique et que Dexia craint que de futures négociations de paix avec les Palestiniens en entrainent le démantèlement et les rendent insolvables, comme le relate le site RTL Info.

Dans les Territoires Palestiniens, la résistance non-violente est également bien ancrée. Les villages de Bil’in et Nil’in (et d’autres villages bordant le mur de séparation) luttent sans relâche et par des moyens originaux contre le mur qui les privent souvent de leurs terres agricoles, parfois de certains de leurs parents. Ces actions ont pour effet de décontenancer les soldats israéliens. Les services de renseignements de l’Etat hébreu semblent en outre s’être passé le mot sur le danger que constituent ces actions, comme le relate Amira Hass dans le quotidien israélien Haaretz le 23 décembre dernier (« Danger : popular struggle »). Pendant une réunion d’information au gouvernement,Yuval Diskin et Amos Yadlin, les chefs respectifs du service de sécurité du Shin Bet et du renseignement militaire, se sont exprimés de la sorte : “Les Palestiniens veulent continuer et construire un Etat de bas en haut… et forcer Israël à un accord d’en haut. La sécurité actuelle en Cisjordanie et le fait que l’Autorité agit contre le terrorisme de manière efficace ont amené la communauté internationale à se tourner vers Israël et là lui demander de faire des progrès (dans les négociations)».  La solution déjà utilisée contre des actions similaires durant la Première Intifada semble encore aujourd’hui être la répression. Celle-ci décourage les non-violents, et encourage la résistance violente, plus facilement associable au terrorisme.

La non-violence dérange donc les officiels israéliens. Serait-elle pour autant la meilleure des solutions pour le peuple palestinien ? La semaine passée Alain Gresh soulignait dans l’article « Non-violence en Palestine ? » sur son blog le défaut que pose ce genre de raisonnement. La communauté internationale blâme en effet souvent la violence de la résistance palestinienne, louant par ailleurs ses actions non-violentes. La stratégie non-violente peut sembler la meilleure, mais elle n’exclut pas le droit légitime d’un peuple de recourir à la violence pour se libérer.

Autre effet pervers d’un jugement normatif à propos de l’utilisation de la violence en Palestine : ce que Julien Salingue appelle la « recherche d’une légitimité nouvelle » plutôt qu’un réel « changement de stratégie » de la résistance palestinienne. Ce dernier rappelle en effet que le Mouvement National Palestinien n’a jamais exclu la violence de ses formes de luttes, que la non-violence prônée au début de la 1ère Intifada par Mubarak Awad ne fut présentée que comme une exigence conjoncturelle et que la « résistance non-violente » de certains villages contre le mur de séparation s’est depuis transformée en « résistance organisée à la base » (en anglais « grassroots resistance »). En d’autres termes, la non-violence est donc bien plus « à la mode » dans la communauté internationale qu’au sein du peuple palestinien.

De ces quelques exemples et remarques, des leçons peuvent être tirées. Il est nécessaire d’encourager la résistance non-violence, mais il n’est pas bon de juger arbitrairement la résistance violente. Rappelons-nous à ce titre du passé et de nos propres exemples de résistances. Une solidarité mal placée vis-à-vis du peuple palestinien équivaudrait à encore éloigner les faibles espoirs de justice et de paix. (NJO)

~ par natjanne sur 14 janvier 2010.

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