J-Street : un autre Israël est possible

Après de nombreuses années d’hégémonie du tout puissant American Israeli Public Affairs Committee (AIPAC), le monde du lobby juif américain est-il réellement sur le point de changer de visage ? En fondant J-Street, c’est en tous cas l’objectif que son directeur Jeremy Ben Ami s’est fixé. On avait déjà évoqué ce nouveau lobby créé en 2008 lors d’un précédent article (voir Il était une fois Barack Obama …, 4 novembre 2009), mais l’importance qu’il gagne de jour en jour mérite qu’on lui consacre un article entier.

De plus en plus mal à l’aise avec la politique en cours en Israël, de nombreux Juifs américains ont en effet voulu redéfinir ce que signifie « être pro-israélien » et le réaccorder avec les valeurs du judaïsme. « Être pro-israélien n’est pas un jeu à somme nulle : « Si tu es pro-palestinien, tu dois être anti-israélien – et vice-versa », comme l’explique Orly Halpem, journaliste de Kippreport (Sharp turn on J-Street, 1/2/2010).  J-Street se définit comme le bras politique du mouvement pro-Israël et pro-paix, les deux étant indissociables.

La 4 février passé, le nouveau lobby inaugurait une vingtaine de branches locales. A cette occasion, Jeremy Ben Ami a réaffirmé les objectifs de J-Street dans un speech enregistré à Philadelphie et retransmis en direct dans les autres réunions (voir site de J-Street). « Ce soir, nous ouvrons un nouveau chapitre de la lutte pour tzedek v’shalom – la justice et la paix – au Moyen-Orient », a-t-il annoncé.

J-Street soutient une solution à deux Etats pour le conflit israélo-palestinien parce que d’une part il s’agit pour eux de « l’intérêt fondamental des Etats-Unis » mais aussi d’une condition « essentielle à la survie et la sécurité d’Israël en tant que démocratie et foyer pour le peuple juif ». Plusieurs objectifs ont été définis pour parvenir à ce but. Premièrement, J-Street s’attache à « encourager un vrai leadership américain pour parvenir à une paix régionale globale ». Deuxièmement, face aux dérives actuelles des mouvements de colonisation, le nouveau lobby entend défendre le caractère démocratique de l’Etat d’Israël. Enfin, c’est pour la liberté d’expression au sein même de la communauté juive des Etats-Unis que J-Street désire se battre, car cette lutte ne se déroule pas seulement au Moyen-Orient mais concerne, selon Ben Ami, « le type de communauté que nous construisons pour nous et nos enfants ».

Malgré l’optimisme ambiant qui entoure la croissance de J-Street, ce nouveau groupe politique inquiète certains Israéliens qui y voient là l’abandon du soutien immuable à Israël, comme le révèle un article du Jerusalem Post (J Street to « expand notion of pro-Israel », 7/2/2010). A ces doutes, Jeremy Ben Ami répond en affirmant : « Nous n’abandonnerons absolument jamais la partie pro-Israël (qui nous définit) ». Sur le dossier iranien, le Jerusalem Post relève que J-Street soutient les sanctions mais s’oppose à toute action militaire contre l’Iran.

La montée en puissance du nouveau groupe de pression fait naître quelques réels espoirs pour le Moyen-Orient. Premièrement parce que J-Street entend se battre pour la paix et la justice. La paix ne peut en effet être atteinte sans la justice, et pourtant rares sont les plans de paix qui associent ces deux mots. Deuxièmement parce que les Etats-Unis ont un rôle très important à jouer dans la résolution du conflit israélo-palestinien et qu’il est bon de ne pas laisser l’AIPAC exercer seule son influence sur la politique étrangère de la superpuissance. Troisièmement parce que le nouveau lobby a de bonnes chances de toucher la sensibilité de Barack Obama, dont certains affirment déjà qu’il leur prête déjà une oreille attentive.

Le Président américain a rencontré les présidents des principales organisations juives américaines en juillet passé. Le New York Times notait alors que malgré le peu de place prise pendant la réunion par le directeur de J-Street, « les journaux l’ont abondamment cité » (voir traduction du NY Times dans le Courrier International, Pro Israël et … pro-Obama, 26/11/2009). « Toujours est-il », note le quotidien new-yokais, « que l’organisation demeure très modeste en comparaison de l’AIPAC, dont les prouesses en matière de lobbying sont légendaires à Washington ». Les politologues John Mearsheimer et Stephen Walt ont en effet démontré que ce dernier était « parvenu à interdire presque toute critique de l’Etat hébreu aux Etats-Unis, tout particulièrement au Congrès » (voir The Israel Lobby, London Review of Books,  Vol. 28 No. 6 , 23/3/2006). Défendre la politique de paix de l’administration Obama au sein du Congrès ne sera donc pas une tâche aisée pour le jeune J-Street.

Avant toute chose, c’est au sein de la communauté juive elle-même, aux Etats-Unis et en Israël, que le combat devra être mené. Comme le dit bien Jeremy Ben Ami, « Les efforts organisés pour démoniser, ostraciser, et fermer J Street et d’autres groupes de la communauté juive pour leur vue n’est qu’une partie de la plus grande lutte se jouant non pas seulement ici aux Etats-Unis, mais aussi en Israël ». (NJO)

~ par natjanne sur 10 février 2010.

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