Première session du Tribunal Russell sur la Palestine

Les responsabilités de l’Union Européenne


Hypocrite l’Union Européenne ? C’est en tous cas ce qui ressort des conclusions de la première session du Tribunal Russell sur la Palestine qui s’est tenue la semaine passée à Barcelone. Dans leurs relations avec Israël, l’Union européenne et ses Etats membres sont souvent enclins aux doubles discours et semblent faire peu de cas des valeurs fondamentales de l’Union Européenne.

Pendant une session de trois jours (1-2-3 mars 2010), différents experts sont venus présenter leurs rapports sur les questions du respect du droit du peuple palestinien à disposer de lui-même, des colonies de peuplement et du pillage des ressources naturelles, de l’annexion de Jérusalem-Est, du blocus de Gaza et de l’opération « Plomb durci », de la construction du Mur en Cisjordanie et enfin sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.

Leurs conclusions ne sont pas tendres et soulignent que l’Union Européenne ferme non seulement les yeux sur les violations commises par Israël vis-à-vis du peuple palestinien, mais contribue également parfois à les faciliter.

L’Europe complice

L’Union Européenne exporte par exemple des armes vers Israël dont certaines ont été utilisées durant le conflit ayant fait plus de 1400 morts Palestiniens à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009.

L’Union Européenne importe par ailleurs des produits issus des colonies de peuplement situées dans les territoires palestiniens occupés. Ceux-ci arrivent sur le marché européen comme des produits labellisés israéliens. A ce propos, la Cour Européenne de Justice a rendu il y a deux semaines un arrêt stipulant que les produits des colonies ne pouvaient profiter des exemptions de taxe à l’exportation  dont bénéficient les produits israéliens, ou palestiniens. Un tel jugement doit néanmoins encore être assorti de mesures européennes qui obligeraient Israël à distinguer les produits issus des colonies.

D’autre part, d’après le Traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009 « L’Union veille à la cohérence entre les différents domaines de son action extérieure et entre ceux-ci et ses autres politiques » (art. 21). Alors comment expliquer que l’UE soit le principal bailleur de fonds du processus de paix, mais ne réagit pas quand les infrastructures qu’elle finance sont délibérément détruites par l’armée israélienne, comme lors du conflit à Gaza l’hiver passé.

De plus l’accord d’association qui lie Israël à l’Union Européenne dispose que les relations entre les parties « sont fondées sur le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques qui guident leur politique intérieure et internationale et constituent un élément essentiel du présent accord » (art. 2, JOCE L 147/1 du 21 juin 2000), ce qui signifie que l’Union Européenne et ses Etats membres ont le devoir de veiller au respect des droits et libertés fondamentaux par Israël, et réciproquement.

Le  Traité de Lisbonne rappelle enfin que « L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités » (art. 2) et que par ailleurs «Dans ses relations avec le reste du monde, l’Union affirme et promeut ses valeurs et ses intérêts (…). Elle contribue à la paix, à la sécurité, au développement durable de la planète, à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples, au commerce libre et équitable, à l’élimination de la pauvreté et à la protection des droits de l’Homme, en particulier ceux de l’enfant, ainsi qu’au strict respect et au développement du droit international, notamment au respect des principes de la charte des Nations unies » (art. 3).

Le jury du Tribunal Russell sur la Palestine, composé de personnalités internationales actives dans la défense des Droits de l’Homme, comme la Prix Nobel (1976) Mairead Corrigan Maguire ou l’avocate et femme politique française Gisèle Halimi, a finalement appelé « l’Union européenne et chacun de ses Etats membres à imposer les sanctions nécessaires à son partenaire – Israël – par des mesures diplomatiques, commerciales et culturelles, afin de mettre un terme à l’impunité dont il bénéficie depuis des décennies. Au cas où l’UE et les Etats membres n’en montreraient pas le courage, le Tribunal compte sur les citoyennes et les citoyens de l’Europe pour exercer les pressions nécessaires par tous les moyens appropriés ».

L’Europe absente

A noter que par respect du principe de contradiction des débats, l’UE a été avertie et s’est vu offrir une possibilité de répondre aux accusations. Une lettre du Président de la Commission Barroso, ainsi qu’une réponse de l’Allemagne ont été envoyée au Tribunal lors de la première session. Elles ont toutes deux rappelé les conclusions du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères du 8 décembre 2009 (voir document). Or ces conclusions, même si elles condamnent clairement la colonisation, n’en demeurent pas moins l’habituelle rhétorique de l’UE. Dans la pratique, rien ne change pas.

Le Tribunal Russell sur la Palestine a finalement conclu cette session en espérant « que l’UE et ses Etats membres participeront plus activement à la suite de la procédure en faisant valoir leur point de vue afin d’éviter que le TRP ne tire des conclusions erronées du fait de leur silence et de leur absence ».

Cette première session du Tribunal Russell sur la Palestine s’est donc très bien déroulée. Néanmoins, si les responsabilités de l’Union Européenne et de ses Etats membres dans les violations du droit international commises par Israël ont été pointées du doigt, peu de gens s’y sont finalement intéressées. Les retentissements médiatiques de la session de Barcelone ont été minimes, ce qui est synonyme d’échec pour un Tribunal Russell. Espérons donc que la prochaine session qui se tiendra à Londres et concernera la responsabilité des entreprises bénéficiera d’un écho plus grand dans l’opinion publique. (NJO)

Pour plus d’information sur le sujet, voir :

– Les conclusions de la première session du  Tribunal Russell sur la Palestine

– Article intéressant intitulé « L’alliance de l’Europe avec Israël » écrit par David Cronin pour PULSE le 4 mars 2010 et traduit de l’anglais par Djazaïri

~ par natjanne sur 10 mars 2010.

2 Réponses to “Première session du Tribunal Russell sur la Palestine”

  1. Waoooooooow Vu la complexité du problème, il peut sembler un peu futile de se perdre dans des discussions sur les mots, mais il se trouve que les mots ont le pouvoir d’exacerber ou à tout le moins d’apaiser les conflits violents. Cette guerre, en particulier, a révélé le pouvoir des mots.

    L’ennui c’est qu’il est impossible d’exprimer son opinion sans être étiqueté de « pro israélien »ou « pro palestinien ». Nul place pour ceux qui sont à la fois inconditionnellement contre les roquettes du Hamas et indignés par la campagne militaire de l’IDF. Visiblement le monde est trop petit pour faire entendre la voie de la raison. Force est de constater que les manifestations européennes, qu’elles soient orientées en faveur de l’un ou l’autre protagoniste, sont passées à côté du possible, du praticable, pour ne se fixer que sur le sang et l’idéologie des partis pris. Les protestations en tout genre ne se sont jamais véritablement assorties d’appel à la paix entre la Palestine et Israel. Les slogans « violents » gaspillent non seulement le potentiel de la rue à influencer les politiques, mais alimentent également les craintes d’éventuelles actions terroristes et de violences dans les communautés européennes déjà prises avec leur problème d’intégration. Les manifestants qui se bloquent sur les problèmes sans jamais penser aux solutions ne font qu’aggraver la polarisation et excluent les protestataires prêts à un effort d’analyse et de recherche de paix.

    Cette question du langage s’infiltre aussi dans les conversations personnelles. Je ne veux plus m’entendre poser la question « tu es pour les Israéliens ou les Palestiniens ? » Aucun des deux termes ne correspond à ma position, non plus qu’à celle de quantités d’autres gens qui intègrent des concepts interculturels de justice et d’humanité, tels que ceux qui figurent dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. En tant de guerre, cependant, ces concepts supposent des efforts épuisants de médiation, éviter les pertes civiles, répartir l’aide humanitaire sans tenir compte des desiteratas politiques, résister à la tentation de la punition collective.

    Si je critique fermement l’action israélienne, ce n’est pas pour absoudre le Hamas de ses erreurs et vice versa. Mais il est particulièrement ardu d’expliquer qu’aucun des deux protagonistes n’a le monopole de la critique ou de la victimisation.

    La réprobation publique doit trouver un nouveau moyen de se faire entendre. L’idéal serait une levée des boucliers en faveur des modes d’expression reposant sur une terminologie claire et constructive, correspondant à des objectifs réalistes. Le discours public doit adopter un mode d’expression qui réunira, de part et d’autre des deux camps, tous les citoyens véritablement épris de paix. Ainsi un discours plus constructif entamé par les deux camps pourrait déboucher sur un appel retentissant au cessez le feu, à la trêve, au déblocage de l’aide humanitaire, à des pourparlers entre Israel et le Hamas, le Fatah et le Hamas.

    Il appartient à tout le monde d’ adopter ce langage plus précis, plus inclusif, plus constructif et de le diffuser par la presse, les médias et le courrier électronique. Chaque citoyen conscient à la responsabilité d’exprimer son désaccord sans recourir à la réthorique qui tue!!!

    Bravo pour ton blog! Très belle initiative…

    Nico.

  2. Et voilà qui rajoutera certainement à la confusion née du « double discours » européen : le Parlement européen a rendu ce mercredi une résolution demandant l’établissement d’une position commune à l’Union européenne sur le conflit Israëlo-palestinen, résolution qui soit en accord avec les recommandations du Rapport Goldstone de l’ONU.
    (Le communiqué de presse du PE : http://www.europarl.europa.eu/news/expert/infopress_page/030-70271-067-03-11-903-20100309IPR70270-08-03-2010-2010-false/default_fr.htm).

    Chez les européens, la balle serait donc maintenant dans le camp de la Commission (et de sa vice-Présidente/Haute Représentante pour les affaires étrangères Catherine Ashton) mais surtout dans celui du Conseil, donc des États. Ce qui nous donnera encore à voir si c’est bien à ce niveau qu’achopperait systématiquement la bonne volonté communautaire sur le sujet.
    On peut donc se demander si le Parlement vient sciemment de donner un grand coup d’épée dans l’eau en s’attendant pertinemment à la frigidité qui sera probablement de mise chez les États membres, faisant ainsi preuve d’une bonne volonté qui aurait l’avantage de ménager sa bonne conscience, ou bien s’il tente sincèrement d’ébrécher le mur diplomatique auquel il se heurte?

    Il serait bien difficile de le dire, mais on peut toutefois espérer que cette institution profite du moment de grâce que lui a donné l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Le Parlement semble en effet pressé d’essayer ses nouveaux jouets institutionnels et l’on peut voir dans cette résolution sur les conclusions du rapport Goldstone sa volonté d’investir rapidement ses nouvelles prérogatives en matière de politique extérieure.
    Aussi, le Parlement est depuis une dizaine d’années rôdé à ce genre de confrontation politique lui permettant de mieux délimiter son champ d’influence. En témoigne sa récente action sur le terrain des droits fondamentaux et des libertés civile avec le rejet de l’accord bancaire SWIFT. Un rejet qui aura pris valeur de symbole de la bonne santé démocratique de l’appareil législatif européen car s’opposant à l’administration étasunienne mais également au Conseil de l’Union et à ses chefs de gouvernement : http://www.europarl.europa.eu/news/public/story_page/019-69282-053-02-09-902-20100219STO69260-2010-22-02-2010/default_fr.htm).
    Si l’on fait le choix de l’optimisme, attendons ainsi de voir si un Parlement qui se sent pousser des ailes à Bruxelles peut faire bouger les choses au Moyen-Orient.

    Nico (encore un).

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