Bras de fer israélo-américain

LA GRAND-MESSE DU PRINCIPAL LOBBY PRO-ISRAÉLIEN AVAIT LIEU EN CE DÉBUT DE SEMAINE À WASHINGTON. UN RAPPEL DU RÔLE QUE JOUE L’ORGANISME SUR LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE AMÉRICAINE AU PROCHE-ORIENT. PERSPECTIVES D’ACTIONS POUR L’UE.

Depuis quelques temps, le sort du Moyen-Orient ne se décide plus entre le Jourdain et la Méditerranée, mais bien à des kilomètres de là, outre-Atlantique, à Washington. Ces deux dernières semaines ont laissé le sentiment que la superpuissance américaine, autant que les autres grandes puissances occidentales, était sans ressources pour relancer les pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens. Les moyens affectés par les Etats-Unis pour le processus de paix sont nombreux : un envoyé spécial chevronné, Georges Mitchell, la visite du Vice-Président Joe Biden, une rencontre du Quartet à Moscou et enfin une rencontre mardi entre le Premier Ministre Netanyahou et le Président Barack Obama à la Maison Blanche… Et pourtant, rien ne parvient à infléchir la position du gouvernement de Benjamin Netanyahou. Comment se fait-il qu’autant d’efforts déployés ne soient pas suffisants pour faire céder le gouvernement israélien ?

La réponse apparaissait cette semaine de manière évidente. Le blocage de la situation se situe à Washington ; non pas à la Maison Blanche, mais dans les locaux de l’American Israel Public Affairs Committee. Ces 21, 22 et 23 mars, l’AIPAC tenait sa conférence politique annuelle. Le panel des intervenants en disait long sur l’importance de l’événement. On pouvait en effet y voir  la Secrétaire d’Etat américaine Hilary Clinton, le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, le représentant du Quartet Tony Blair, la Présidente du parti israélien Kadima Tzipi Livni, et encore bien d’autres comme des membres du Congrès, des académiciens… Pour tous ceux-là, la conférence annuelle de l’AIPAC est un passage obligé, un des lieux où se décide l’avenir d’Israël, et par extension du Moyen-Orient.

Les récentes tensions qui ont marqué les relations israélo-américaines ont rappelé l’importance du lobby pro-israélien. Ainsi la semaine passée, Hilary Clinton parlait d’une « insulte » israélienne à l’allié américain suite à l’appui affiché de Netanyahou à la construction de 1600 nouveaux logements dans une colonie juive de Jérusalem-Est. Comment se fait-il que le lendemain, Barack Obama s’excusait et rappelait le caractère privilégié et indéfectible de la relation israélo-américaine ? Une seule explication : l’action entreprise par l’AIPAC auprès de membres du Congrès afin de rappeler au Président la ligne à tenir vis-à-vis de l’Etat hébreu.

Le record de participation à la conférence politique annuelle démontre que de son côté aussi le lobby pro-israélien a compris que son rôle était plus que jamais important. Durant ces trois jours, des milliers d’activistes se sont rassemblés dans la capitale des Etats-Unis. Ils ont pu entendre une vingtaine de personnalités et participer à plus de 500 rencontres avec des membres du Congrès. La machine de l’AIPAC tournait en ce début de semaine à plein rendement.

Suite à ses déclarations de la semaine passée, Hilary Clinton est venue s’expliquer lundi devant la conférence politique annuelle de l’AIPAC. Premièrement, la Secrétaire d’Etat a rappelé les liens inaliénables qui lient les Etats-Unis à Israël : « Les forces qui menacent Israël, menacent aussi les Etats-Unis. Renforcer la sécurité d’Israël revient à renforcer la sécurité des Etats-Unis ». « Notre engagement  vis-à-vis de la sécurité et du futur d’Israël est solide comme du rock, inébranlable, durable et pour toujours ». Mais Hilary Clinton n’a pas pour autant dévié de la position de l’administration Obama, celle d’ « une paix globale nécessaire » dans la région. Elle a félicité « le Premier Ministre Netanyahou d’embrasser la vision d’une solution à deux Etats et d’agir pour lever les blocages routiers et les mouvements en Cisjordanie », mais elle a également rappelé que les Etats-Unis continuaient « d’attendre d’Israël qu’il prenne des mesures concrètes qui aideront à changer cette vision en réalité  –  et à créer un élan vers une paix globale en démontrant du respect vis-à-vis des aspirations légitimes des Palestiniens, en arrêtant les activités de colonisation, et faisant face à la crise humanitaire à Gaza ». Il s’agit donc bien d’une relation mature que défend Hilary Clinton, une relation dans laquelle les choses doivent pouvoir être discutées. La Secrétaire d’Etat marchait néanmoins sur des œufs au vu des éloges et réassurances qu’elle tout d’abord offert au début de son discours aux membres réunis de l’AIPAC.

Le discours d’Hilary Clinton a suscité l’enthousiasme du nouveau lobby pro-israélien J-Street.  Ce dernier défend en effet le maintien du soutien indéfectible des Etats-Unis à Israël mais pas celui d’un soutien aveugle. Cette vision rejoint bien ce qu’Hilary Clinton appelle une « relation mature » entre Washington et Tel-Aviv.

Un autre à avoir compris que tout se jouait au sein du lobby pro-israélien est le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou. Son discours devant l’AIPAC le 22 mars est éloquent : il est venu chercher le soutien nécessaire auprès des supporters de sa politique aux Etats-Unis, et cela avant sa rencontre le lendemain avec Barack Obama. « Jérusalem n’est pas une colonie, c’est notre capitale ! » a-t-il précisé sous les applaudissements d’une salle acquise à sa cause. Et au Premier Ministre de rajouter à propos des 1600 nouveaux logements dans Jérusalem Est : « Tout le monde sait que ces quartiers feront partie d’Israël dans n’importe quel accord de paix futur. Pour cela, bâtir en leur sein ne signifie pas que l’on s’oppose à la possibilité d’une solution à deux Etats ».

Le Premier Ministre israélien rencontrait Barack Obama mardi à la Maison Blanche. Enième tentative du Président pour faire céder « Bibi » Netanyahou sur la question des colonies. Fort du soutien obtenu la veille devant la conférence de l’AIPAC, ce dernier est resté sourd face aux suppliques américaines. La superpuissance américaine ne semble pour l’instant n’avoir d’autres solutions que celle de plier l’échine.

Dans un tel contexte, les marges de manœuvres semblent minces et l’avenir du Proche-Orient apparait une nouvelle fois promis à des violences. Il est peu probable qu’Obama ne s’engage plus loin dans le processus de paix lors de son premier mandat. Il y a certes un espoir du côté de la tendance nouvelle d’une frange du lobby pro-israélien, incarnée par J-Street. Mais cette tendance n’est encore qu’un grain de sable face au géant qu’est l’AIPAC. Les solutions au conflit israélo-palestinien semblent donc limitées outre-Atlantique, mais qu’en est-il chez nous ?

L’Union Européenne n’a pour l’instant eu qu’un rôle secondaire dans le processus de paix, celui de banquier. Mais les financements européens se perdent au fil des échecs successifs des efforts de paix. La récente visite de Catherine Ashton dans les territoires palestiniens démontre une volonté de coordination de l’aide avec la politique étrangère européenne. L’action de l’UE peut donc s’exercer sur le plan financier, en sanctionnant les violations de Droits de l’Homme ou en refusant l’entrée de produits des colonies israéliennes sur le marché européen. L’UE a non seulement le pouvoir d’inciter à la paix, mais elle peut également augmenter le prix de l’occupation pour Israël. En attendant que les Etats-Unis trouvent le moyen de relancer les négociations, l’Union Européenne a donc une carte à jouer qui pourrait changer la donne au Moyen-Orient. (NJO)

Voir toutes les vidéos des interventions devant l’AIPAC : http://www.aipac.org/PC2010/videos.asp

Pour une vue détaillée et critique de l’action de l’AIPAC sur la politique étrangère américaine, lire : MEARSHEIMER (John J.) & WALT (Stephen M.), The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy, New York, Farrar Straus Giroux, 2008.

~ par natjanne sur 27 mars 2010.

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