La Cisjordanie sous la menace d’expulsions massives

L’information a été relayée hier par le Figaro, dix associations israéliennes* ont tiré dimanche la sonnette d’alarme concernant l’entrée en vigueur aujourd’hui  –13 avril 2010– de deux décrets militaires israéliens qui permettraient l’expulsion massive de Palestiniens de Cisjordanie (voir l’appel adressé au Ministre de la défense Ehud Barak sur le site du centre Hamoked).

Les Palestiniens concernés par ces mesures seront les Gazaouis, qui ont fui le territoire côtier ces dernières années au vu des dangers qu’y encoure la population, mais aussi ceux originaires de Cisjordanie ou de l’étranger qui n’ont pas ou ont perdu leur permis de résidence. A ces personnes, il faut également rajouter les conjoints étrangers de Palestiniens. Toutes ces personnes étaient déjà en danger d’expulsion auparavant mais les tribunaux civils israéliens n’appliquaient pas systématiquement la mesure. Les décrets militaires qui entrent en vigueur cette semaine, laissent la décision d’expulsion aux seules autorités militaires.

Les personnes en défaut de papiers en ordre seront désormais désignées comme des « infiltrés ». Le décret principal est en réalité un amendement d’une loi adoptée en 1969 sur la prévention de l’infiltration, à l’origine destinée à prévenir et à punir l’infiltration à partir de paix ennemis comme la Jordanie, la Syrie, l’Egypte et le Liban. A partir d’aujourd’hui, le terme désignera toute personne présente en Cisjordanie sans un permis israélien. Cette personne risquera l’expulsion ou une peine de prison de 3 à 7 ans. Or comme le fait remarquer l’appel, la définition d’ « infiltré » est tellement vague dans les circonstances actuelles qu’elle peut être appliquée à toute personne à laquelle le commandant militaire voudrait du mal, y compris les citoyens israéliens et internationaux présents en Cisjordanie.

Le centre israélien Hamoked pour la Défense de l’Individu dénonce donc une mesure qui permettra à l’armée israélienne d’expulser « quasi tous les Palestiniens de Cisjordanie ». La mesure est d’autant plus arbitraire qu’elle n’a pas été diffusée comme requis parmi la population palestinienne. Tous les expulsés ne recevront pas non plus l’occasion de se défendre au vu du délai de seulement 72 heures avant la déportation alors qu’il faut parfois 8 jours pour parvenir en appel pour des cas d’expulsion.

Cette nouvelle mesure exprime l’étendue de la considération que les autorités militaires israéliennes portent à l’Autorité Palestinienne. On peut parler d’un réel pas en arrière dans l’ « avancée » vers l’autodétermination du peuple palestinien.

Et puis si la mesure est de doublement de mauvais augure pour les Palestiniens. En effet, elle place une épée de Damoclès non seulement au dessus de chaque citoyen Palestiniens de Cisjordanie mais aussi au-dessus des membres des mouvements de solidarité présents sur le territoire. Or la présence de ces internationaux est très importante pour les Palestiniens qui y trouvent un indispensable contact avec le monde extérieur.

Enfin, ces circonstances montrent une nouvelle fois l’importance des associations israéliennes de défense des Droits de l’Homme dans le rôle de chien de garde des Droits des Palestiniens. Les centres comme Hamoked, le leader de cette initiative, ou B’tselem sont des gardes fous indispensables dans la défense des droits essentiels de la population palestinienne car ils sont d’une part au fait des développements politico-militaires en Israël, d’autre part ils sont plus à même de réveiller l’opinion publique israélienne et internationale.

La communauté internationale se doit de réagir devant ces mesures de moins en moins humaines à l’encontre des Palestiniens. Jusqu’où le gouvernement israélien actuel se permettra-t-il d’aller si rien ni personne ne l’en empêche ? L’adoption des deux décrets militaires de cette semaine est un réel pied de nez au droit international. Les grandes puissances doivent comprendre qu’il est vain de poursuivre des objectifs de paix, sans veiller avant tout au respect de la justice.(NJO)

* L’appel a été lancé par les associations israéliennes suivantes : HaMoked: Center for the Defense of the Individual, The Association for Civil Rights in Israel, Bimkom, B’Tselem, Gisha, The Public Committee Against Torture in Israel, Yesh Din, Adalah, Rabbis for Human Rights, Physicians for Human Rights.

~ par natjanne sur 13 avril 2010.

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