Accession d’Israël à l’OCDE : Coup dur pour les droits de l’Homme et la démocratie

B. Nétanyahou et Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE

Hier, lundi 10 mai, les 31 membres de l’Organisation de la Coopération et du Développement Economique (OCDE) ont approuvé à l’unanimité l’adhésion de trois nouveaux membres dont Israël. Cela faisait plus de vingt ans que l’Etat hébreu cherchait à accéder à cette enceinte prestigieuse. En janvier, la visite du Secrétaire Général de l’institution en Israël avait lancé les rumeurs sur l’acceptation de la candidature de l’Etat hébreu.  Les Palestiniens et leurs soutiens se sont alors lancés, trop tard, dans une campagne pour empêcher cette éventualité. Sans succès. Le lobbying israélien a été le plus fort.

Content de cette première victoire diplomatique, le Premier Ministre Benjamin Netanyahou s’est félicité d’un geste qui représente « un cachet d’approbation » pour l’économie du pays. « Accéder à l’OCDE est l’équivalent d’un diplôme universitaire » a-t-il rajouté à l’adresse de ses concitoyens (OECD entrance is ‘seal of approval,’ Netanyahu says, Haaretz, 10/5/2010).

Sur le plan économique, d’un point de vue totalement abstrait de la réalité politique, il est vrai qu’Israël mérite de faire partie de ce club restreint des nations les plus prospères du monde. Mais si on approfondit un tant soit peu l’analyse, on relève de sérieuses incohérences à cette récompense offerte au bon élève qu’est Israël puisque d’une part Israël a atteint un tel niveau de croissance économique entre autre grâce aux énormes aides reçues de pays occidentaux, les Etats-Unis en tête ; d’autre part, le pays a construit sa prospérité en asphyxiant l’économie palestinienne.

Dans le cadre de sa campagne contre l’accession d’Israël à l’OCDE, l’Autorité Palestinienne a d’ailleurs démontré que les statistiques présentes dans le dossier d’admission israélien englobaient la population et l’activité économique des colonies israéliennes de Cisjordanie. Mal à l’aise face à cette révélation, l’OCDE a finalement trouvé une échappatoire en décidant qu’Israël devrait présenter de nouvelles statistiques au cours de sa première année au sein de l’organisation.

Mais le vote du 10 mai représente plus qu’une reconnaissance économique, elle est également une reconnaissance politique.  Or sur le plan politique, l’adhésion d’Israël semble totalement incongrue. Les dernières années ont sans nulle doute été les années les plus noires de l’histoire du conflit israélo-palestinien :  marquées par l’attaque israélienne en hiver 2008-2009 qui a fait plus de 1400 morts parmi les Palestiniens de la Bande de Gaza, par le blocus israélien qui isole la population gazaouïe depuis 2006, et enfin par une politique de colonisation israélienne de la Cisjordanie rarement aussi décomplexée, et égalée en intensité. En outre, une moitié de la population arabe/palestinienne d’Israël vit en dessous du seuil de pauvreté, ce qui équivaut au double du chiffre concernant la population juive.

Crimes de guerres et contre l’humanité, colonisation, occupation, discrimination, tout cela semblait mériter une médaille aux yeux de l’OCDE, une organisation qui se définit elle-même comme regroupant « les gouvernements attachés aux principes de la démocratie et de l’économie de marché » (voir site Internet de l’OCDE).

Selon le journaliste de Haaretz Aluf Benn, « l’OCDE est une place où l’occupation ne comptera plus » (OECD is one place where the occupation won’t count, Haaretz, 11/5/2010). Benjamin Netanyahou le souligne lui-même lorsqu’il dit que « le statut d’Israël n’est considéré que sous le prisme du processus de paix, qui peut s’interrompre ou avancer selon la volonté des Palestiniens. Mais il y a un nouveau critère de jugement, à savoir le statut économique en particulier le statut de la technologie » en Israël. (Israël/OCDE: « importance stratégique », Figaro d’après AFP, 10/5/2010). Israël pourra donc parler d’échanges commerciaux et d’investissements avec les pays occidentaux sans conditions préalables concernant le processus de paix ou un quelconque respect des Droits de l’Homme.

L’organisation avait pourtant écarté la candidature israélienne à plusieurs reprises, et ce à cause du problème de l’occupation des territoires palestiniens. Comment se fait-il que le dossier ait été accepté alors que la situation ne fait que s’empirer. Aluf Benn donne peut-être une des réponses dans son article (voir article Haaretz) en notant que le vote des 31 survient quelques jours à peine après la reprise de pourparlers indirects entre Palestiniens et Israéliens. Il pose donc la question suivante : l’adhésion d’Israël à l’OCDE ne serait-elle pas une carotte pour qu’Israël accepte certains compromis dans le dossier israélo-palestinien ?

L’adhésion à l’OCDE est bel et bien une victoire stratégique d’Israël et, on peut rajouter, une défaite cuisante pour des initiatives comme le Tribunal Russell pour la Palestine ou le mouvement de Boycott Désinvestissement et Sanctions (BDS). Jamais mis devant ses responsabilités, Israël restera l’enfant gâté de la communauté internationale et continuera à se comporter comme tel. (NJO)

~ par natjanne sur 11 mai 2010.

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