Freedom Flotilla : succès et défis futurs

Lundi 31 mai  à l’aube, l’armée israélienne a attaqué la flottille de six bateaux affrétés par le Free Gaza Movement dans le but d’atteindre la Bande de Gaza avec du matériel humanitaire. 600 personnes ainsi que 10.000 tonnes de matériels se trouvaient à bord de la flotte. Résultat : 9 morts et des dizaines de blessés.

Le site Waging Nonviolence évalue l’action menée par le Free Gaza Movement à la lumière des de la résistance non-violente et de ses principes (Nonviolence and the Gaza Freedom Movement, 31/5/2010). S’il est vrai que le brouillard persiste sur ce qui s’est réellement passé à bord du Mavi Marmara, il ne faut pas confondre les résultats avec les intentions. Le Gaza Freedom Movement se veut non-violent et est chapeauté par des personnes formées à la résistance non-violente. Le succès de l’opération est déjà partiel au vu des réactions internationales qu’elle a suscitées.

« Guerre médiatique »

Mais l’action en elle-même n’est pas terminée, elle se poursuit aujourd’hui dans les médias. En effet, la « bataille médiatique » fait aujourd’hui rage entre les détracteurs et les défenseurs d’Israël. Selon ces derniers, les commandos israéliens n’ont tiré que pour se défendre face à des activistes qui les menaçaient d’armes telles des bâtons, des barres en fer ou encore des cocktails Molotov.

Coupés de tout contact pendant deux jours les 600 activistes de la flottille témoignent petit à petit de ce qui s’est passé. Ceux-qui ont déjà pu s’exprimer convergent : le mot d’ordre de non-violence avait été donné avant le départ et aucune arme ne se trouvait à bord.

Israël déploie donc aujourd’hui les grands moyens pour gagner cette « guerre médiatique ». Mais même si la vérité révèle que certains activistes se sont laissé aller à des actes de violences contre les militaires israéliens, cela ne fait pas pour autant de l’attaque israélienne une action légitime. De plus, si le gouvernement israélien se savait dans son droit, pour quelles raisons s’oppose-t-il à une enquête internationale ? Et pourquoi Israël a-t-il empêché les humanitaires de communiquer avec l’extérieur depuis lundi ?

Un autre argument a depuis été avancé pour défendre l’action israélienne : la flottille ne poursuivait pas uniquement un but humanitaire, ou sinon les équipages auraient accepté l’injonction des autorités israéliennes d’accoster à Ashdod afin de procéder à des contrôles, suite à quoi les autorités israéliennes proposaient d’acheminer elles-mêmes le contenu de l’aide vers Gaza. A cet argument, une réponse facile se présente : non, effectivement, les buts de la flottille n’étaient pas uniquement humanitaires. La flottille voulait acheminer de l’aide humanitaire en brisant le blocus imposé par Israël au territoire palestinien. Le but était donc à la fois humanitaire et politique.

Faisant un parallèle avec le récit de l’Exodus, le think tank Stratfor identifie les buts réels de l’opération Free Gaza. Il s’agit premièrement de diviser Israël et les gouvernements occidentaux en tournant les opinions publiques contre Israël, et deuxièmement, de créer une crise politique en Israël entre ceux qui pensent que la politique israélienne vis-à-vis de Gaza est dangereuse et ceux qui en soutiennent le maintien (Flotillas and the war on public opinion, 31/5/2010). Ce dernier objectifs semble en partie atteint au vu de certains articles parus dans le quotidien israélien Haaretz :

A Special Place in Hell / The Second Gaza War: Israel lost at sea, by Bradley Burston  (blog d’Haaretz, 31/5)

A failure any way you slice it, by Reuven Pedatzur (Haaretz, 1/6)

The price of flawed policy (Haaretz editorial, 1/6)

Malheureusement, les autres organes de presse israéliens continuent encore aujourd’hui à defender la thèse de la légitime défense, sans remettre aucunement en cause les choix stratégiques du gouvernement.

Chacune des parties semble donc avoir parfaitement cerné l’importance des médias sur l’opinion publique, et par conséquence sur les gouvernements. La bataille n’est pas prête de se terminer sur ce terrain-là.

Quelle suite aux réactions internationales ?

Malheureusement, une des premières choses qui vient à l’esprit face aux multiples réactions internationales d’indignation, c’est que l’attaque israélienne sur Gaza de l’hiver 2008-2009 avait engendré le même genre de réactions et que depuis rien n’a changé pour la population de Gaza. C’est ce sentiment que relaye le groupe de pression juif américain Jewish Voice for Peace dans sa Newsletter de mercredi : si nous les internationaux n’imposons pas de pression sur nos gouvernements pour qu’ils agissent sur Israël, des drames comme celui de la flottille se répéteront encore et encore.

En effet, comme le précise l’International Crisis Group (Flotilla Attack, the deadly symptom of a Failed policy, 31/5/2010), si de nombreux gouvernements s’indignent de ce qui se passe aujourd’hui, aucun ne s’est posé la question de sa propre responsabilité dans le drame sous-jacent que vit la population de Gaza depuis maintenant quatre ans.

Aujourd’hui comme hier, les gouvernements protestent, s’expriment… mais n’agissent pas. Ainsi, la réunion extraordinaire du Conseil de Sécurité n’a abouti qu’à une « déclaration » de la présidence mexicaine, appelant la levée du blocus et une enquête israélienne sur les événements. Un projet de résolution était pourtant en cours, mais comme d’habitude, les Etats-Unis y ont opposé leur veto.

La Freedom Flotilla est donc une action qui ne fait que commencer. Elle se poursuit aujourd’hui dans la presse, mais également dans la rue. Pour que la situation au Proche-Orient ne soit pas une éternelle redite, pour les politiques ne puissent plus s’en sortir par de belles déclarations sans lendemain, il est donc nécessaire que nous, citoyens, exercions de la pression sur nos gouvernements pour qu’ils agissent. (NJO)

~ par natjanne sur 2 juin 2010.

6 Réponses to “Freedom Flotilla : succès et défis futurs”

  1. La tentative d’une flottille pro palestinienne de rompre l’embargo israélien sur gaza était, ne nous en déplaise, une provocation, avec un objectif humanitaire certes, mais d’abord un objectif politique précis. Evidemment on peut discuter du raid israélien complètement disproportionné (le mot est faible) et des conséquences dramatiques qu’il a engendré, mais penser que tout allait se passer sans une quelconque réaction des autorités israéliennes était une interprétation ingénue, voire d’une naiveté excessive, de la part de ceux qui ont mis en place cette opération.

    • Je pense au contraire que les organisateurs de la flottille savaient pertinemment ce qu’ils faisaient. Que les activistes se découragent de peur d’une réaction israélienne trop violente est exactement ce que recherchent les autorités israéliennes.

  2. Dans ce cas pourquoi avoir pris un tel risque sachant que cette opération pouvait entrainer ce type de conséquences? C’est du suicide…

    • Non, ce sont les risques d’une résistance non-violente. Dans la lutte de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde, la lutte pour les Droits civils aux Etats-Unis, la lutte contre l’Apartheid, beaucoup ont payé la victoire de leur vie. S’ils ne l’avaient pas fait, ces situations n’auraient jamais changé. Dans le cas de Gaza, il faut continuer à agir pour que le blocus cesse, ou sinon la violence déployée par Israël pour décourager les militants aura atteint son but et la mort des 9 personnes lundi n’aura plus de sens.

  3. Je pense que la diplomatie a et aura toujours une place très importante. Quand celle-ci ne fonctionne pas, l’histoire nous a en effet montré que l’échec se solde par l’utilisation de la force… Mais la diplomatie doit pouvoir triompher en lieu et place de cet usage de la force et on a bon espoir que la diplomatie puisse fonctionner. Prenons par exemple le cas de l’Iran ou de la Corée du Nord où la diplomatie, longtemps mise à mal, donne encore des résultats. Ok la diplomatie a un énorme travail à faire car il faut solliciter non plus seulement l’aide des Etats, mais aussi des organisations internationales, des organisations régionales, pour renforcer considérablement la coordination et l’échange d’infos entre les pays. Mais il en va de l’intérêt des Etats que la diplomatie puisse fonctionner… Je pense que des initiatives comme celle de la flottille pro palestinienne viennent au contraire saper les efforts diplomatiques déjà entrepris pour parvenir à un accord de paix. L’activisme oui… mais diplomatique…

  4. Je ne sais pas si j’arriverai à te convaincre. Tout ce que je pourrais te dire c’est de te rendre en Palestine et de demander à la population ce qu’elle pense des « efforts diplomatiques » entrepris depuis 1991. La situation n’a fait que s’empirer depuis. La diplomatie est une belle voie, quand elle fonctionne. Si tu étais palestinien(ne), resterais-tu les bras croisés pendant que les colonies, le mur, les check points rendent ton quotidien de plus en plus pénible? D’autre part, la diplomatie n’est pas antinomique avec une action de résistance non-violente. A ce sujet, je te conseille de lire l’article de Véronique Dudouet intitulé « Nonviolent resistance and conflict transformation in power assymetries » http://www.berghof-handbook.net/documents/publications/dudouet_handbook.pdf.

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