Lutte contre la torture en Egypte

Carte des faits de torture commis en Egypte

Dans la rubrique « Comment is Free » du site du Guardian, Osama Diab écrit un réquisitoire pour un « Ramadan sans torture en Egypte » (Make Ramadan torture-free in Egypt, Guardian, 11/8/2010). L’affaire du meurtre de Khaled Mohammed Said, 28 ans, prend une ampleur peu commune en Egypte et ré-attire l’attention sur la torture, impunément pratiquée par les forces de l’ordre en Egypte.

Le 6 juin dernier Khaled Mohammed Saïd était tabassé à mort par des policiers à Alexandrie. Pour couper court à l’affaire, le rapport de la police conclut à une mort par overdose, Saïd ayant, selon leurs sources, avalé un sachet de narcotique

Dans un article appelant les autorités égyptiennes à une enquête sur l’affaire, Amnesty International dénonce l’impunité dont jouissent les forces de l’ordre égyptienne sous couvert de l’état d’urgence instauré il y a 29 ans déjà. Les autorités égyptiennes « doivent garder à l’esprit que le monde les regarde avec de plus en plus d’attention ; du fait de la présence en ligne de ces photos, il leur est impossible de se dispenser d’une enquête rigoureuse en étouffant l’affaire » (AI, 11/6/2010).

Amnesty souligne ici un changement notoire de ces dernières années : le développement de l’activisme sur la toile. Avant l’ère Internet, le gouvernement égyptien n’avait en effet aucun mal à occulter ce genre de faits, ou à les justifier sous le couvert de la lutte contre le terrorisme. La démocratisation de l’accès au World Wide Web et le développement des réseaux sociaux a profondément changé les choses. 3,4 millions d’Egyptiens sont aujourd’hui sur Facebook, dont plus de 2 millions ont moins de 25 ans.

Le site Torture in Egypt, lancé par la jeune journaliste Noha Atef fut une de premières tentatives pour dénoncer les faits de torture ayant court dans le pays. Noha a à plusieurs reprises subi des pressions pour cesser son activité de bloggeuse. Mais la prolifération des blogs ses dernières années a rendu le contrôle de la toile de plus en plus difficile pour les autorités égyptiennes, subissant parallèlement des pressions de la part des organismes de défense des Droits de l’Homme.

Dans le Washington Post, Mona El Hattawy revient sur les événements qui ont mené de la mort de Khaled Saïd aux procès des deux policiers responsables : plus de 1000 personnes se sont jointes à ses funérailles, des groupes Facebook se sont créés dont un intitulé « We are all Khaled Saïd » (« Nous sommes tous Khaled Saïd ») qui a comptabilisé plus de 220.000 membres, 8000 personnes habillées de noir ont manifesté à Alexandrie (Facebook, YouTube and Twitter are the new tools of protest in the Arab world, WP, 7/8/2010). Malgré des tentatives de la police pour discréditer la victime, le soutien populaire a grandi, menant à l’ouverture le 27 juillet dernier du procès des deux policiers impliqués dans la mort du jeune égyptien (voir article d’Amnesty International, 26/7/2010).

Les réseaux sociaux ont donc permis aux Egyptiens ayant soif de changement se sortir de l’isolement dans lequel les maintient l’état d’urgence. Ils prennent aujourd’hui conscience de leur nombre et osent sortir dans la rue. Le mouvement de protestation semble prendre de l’amplitude, et le procès des deux policiers est à compter parmi ses premières victoires. Comme Osama Diab, souhaitons donc aux Egyptiens un Ramadan sans torture, mais peut-être est-il même permis d’espérer au-delà. (NJO)

~ par natjanne sur 12 août 2010.

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