Visite remarquée du Président Ahmadinejad au Liban

Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad était cette semaine en visite le Liban. L’événement fut  largement relayé et commenté dans la presse libanaise et internationale, et ce à cause des enjeux nationaux et régionaux qu’il soulève. Pour reprendre les mots de Farès Souhaid, secrétaire général de la coalition du 14 mars , «l’Iran dit que la sécurité du Golfe est entre ses mains, qu’il tient aussi en main celle d’Israël, par le biais du Hamas et du Hezbollah, et enfin celle du Liban, à travers le rejet du TSL – Tribunal Spécial pour le Liban, ndlr» (cité dans « Aux yeux de la majorité, Ahmadinejad a « deux discours », l’Orient le Jour, 15/10/2010).

Plus qu’un chef d’Etat, c’est en héros qu’Ahmadinejad a été accueilli par la foule libanaise. Le pays a vécu au ralenti pendant deux jours. Au sein de la majorité libanaise anti-syrienne pourtant, la visite du Président iranien est regardée avec circonspection. Beaucoup ont souligné le double discours tenu par Mahmoud Ahmadinejad, celui du chef d’Etat en visite voulant renforcer les liens entre son pays et le Liban, et celui du parrain du Hezbollah. A côté de ses visites aux instances officielles, le chef d’Etat iranien s’est effectivement longuement entretenu avec le leader du parti chiite Hassan Nasrallah.

Si la visite ne comportait pas de risques directs pour le fragile équilibre libanais, elle a contribué à cristalliser les positions des uns et des autres sur la question du Tribunal Spécial pour le Liban dont l’acte d’inculpation devrait bientôt être rendu public. Le Hezbollah, sentant que certains de ses membres y seront pointés du doigt pour leur implication dans le meurtre de Rafik Hariri, dénonce une instrumentalisation du Tribunal par Israël. Durant son séjour libanais, Ahmadinejad a soutenu la position du Hezbollah. Mais l’opposition n’est pas la seule à émettre des doutes par rapport à l’utilité de ce tribunal, craignant que servir la justice ne desserve finalement la paix (Le Tribunal spécial pour le Liban, un bienfait ou une malédiction ?, Le Monde, 12/10/2010).

Sur le plan régional, le moment fort de la visite du leader iranien fut sans conteste son discours dans la ville de Bint Jbeil située dans le Sud-Liban à quelques kilomètres à peine de la frontière avec Israël. La ville a beaucoup souffert lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006, et l’Iran a beaucoup aidé à sa reconstruction. Ahmadinejad a donc profité de ce lieu hautement symbolique pour relancer ses vieux slogans appelant à la « disparition du sionisme ». Côté israélien, cette visite du Président iranien dans le Sud Liban a été jugée provocatrice, et interprétée comme une démonstration de la mainmise de l’Iran sur la frontière Nord d’Israël. Elle souligne également l’influence grandissante du Hezbollah et montre selon certains l’érosion de la position pro-occidentale au Liban.

Mahmoud Ahmadinejad doit donc rentrer chez lui satisfait de cette démonstration de force et de la polémique qu’elle a suscitée auprès de ses détracteurs. Quant au Liban, le Président iranien a certainement contribué à rendre encore plus précaire le fragile équilibre qui y régnait depuis quelques années. Avec les suites données au Tribunal Spécial sur le Liban, l’avenir proche nous dira si les Libanais ont les ressources nécessaires pour résister aux luttes d’influence  et préserver l’unité nationale. (NJO)

 

Initialement publié par l’Institut MEDEA (Edito du 15/10/2010)

~ par natjanne sur 18 octobre 2010.

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