Egypte : un scrutin peu prometteur

Dimanche dernier, les Egyptiens étaient appelés aux urnes pour le premier tour des élections législatives. Les résultats sont tombés au cours de la semaine révélant, sans surprises, une victoire écrasante du Parti National Démocrate, qui remporte 209 sièges sur 221. Malgré l’interdiction de sondages électoraux en Egypte, les résultats étaient connus d’avance. En filigranes derrière ces élections, les présidentielles de 2011 représentent le véritable enjeu d’un scrutin préparé depuis longtemps par le parti au pouvoir.

Les élections n’ont par ailleurs laissé aucun siège aux Frères Musulmans, qui détenaient pourtant un cinquième du Parlement sortant. En raison des violences et de la fraude qui ont prévalu durant le premier tour, les Frères Musulmans et le parti d’opposition Wafd ont tous deux annoncé qu’ils boycotteraient le second tour des élections. Beaucoup de formations politiques avaient déjà appelé au boycott du premier tour, parmi eux les partisans du candidat pressenti pour les présidentielles de 2011, Mohammed El-Baradei.

Le PND va désormais devoir défendre le caractère démocratique d’un second tour d’élections pour lequel il sera le seul candidat. Quelle seront les réactions des puissances occidentales ? Moubarak a bien compris le dilemme dans lequel se trouvaient l’Europe et les Etats-Unis et son message à ses soutiens occidentaux est clair : « ou vous me soutenez, ou vous avez les islamistes !» (Le Monde, 2/12/2010). Il n’y a pas d’alternatives, ou plutôt, il n’y en a plus. En effet, les initiatives d’opposition existent mais le peu de succès qu’elles rencontrent et les risques encourus découragent la plupart. Les actions politiques des Frères Musulmans sont quant à elles tout simplement réprimées.

Les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude face aux  » informations sur des irrégularités dans les bureaux de vote, à l’absence d’observateurs étrangers, aux embûches imposées aux observateurs locaux, et aux restrictions aux libertés d’association, d’expression et de la presse ». Mais comme le fait remarquer Jean-Noël Ferrié, directeur du CNRS, dans le Nouvel Observateur, « les Américains ne sont jamais allés au-delà de quelques remontrances prudentes et même s’ils allaient au-delà, ce serait moins gênant qu’une opposition islamiste encouragée par un bon résultat aux législatives ». Tandis que du côté de l’Union Européenne et de ses membres, aucune réaction n’a été entendue.

Il est difficile d’éviter le parallèle avec la situation des législatives iraniennes de 2009 où les fraudes électorales avaient été ouvertement condamnées par les puissances occidentales.

Les présidentielles de 2011 approchent, et il est pourtant temps d’assister à un changement en Egypte. Hosni Moubarak est au pouvoir depuis bientôt trente ans, et risque de se représenter pour un énième mandat. Le régime ne semble pourtant plus chercher de solution à la situation de plus en plus précaire que vit la population égyptienne. Le profit personnel gouverne désormais en Egypte, une logique que cultive très bien le Parti National Démocratique. (NJO)

Initialement publié par l’Institut MEDEA (Edito du 15/10/2010).

~ par natjanne sur 12 décembre 2010.

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