2010, une année de transition ?

Retour sur les grands faits et les tendances de l’actualité arabe en 2010

L’année 2009 se terminait il y a un an avec une situation peu prometteuse sur la scène du conflit israélo-palestinien et situation politico-économique de plus en plus tendue en Egypte tandis que Dubaï succombait à la crise financière, que l’on assistait à la montée en puissance de la Turquie et de la Syrie et que la Libye imposait ses volontés aux Etats européens. L’année 2010 a confirmé certaines tendances, en a infirmé d’autres et nous a réservé son lot de surprises.

Israël, en totale impunité

Suite à l’attaque sur Gaza durant l’hiver 2008-2009, Israël avait déjà évité les sanctions internationales tout en laissant inchangée sa politique de blocus du territoire palestinien et cela malgré les appels de la communauté internationale à une ouverture. L’année 2010 a confirmé l’impunité avec laquelle Israël violait le droit international, que ce soit avec le Dubaïgate, la poursuite de la colonisation à Jérusalem-Est, le maintien de sa puissance nucléaire, l’attaque de la Flotille de la Liberté, et enfin la reprise de la colonisation à la fin du moratoire.

Face à cette impunité, l’Autorité Palestinienne semble impuissante. Seule la résistance civile semble pouvoir y mettre un frein. Les grandes puissances elles-mêmes semblent plier l’échine face à Israël. Après avoir été jusqu’à offrir une aide militaire faramineuse à Israël pour qu’un nouveau moratoire soit imposé à la colonisation, sans succès, les Etats-Unis déclarent vouloir relancer les négociations directes avec ou sans moratoire. Quant à l’UE, elle se cantonne définitivement au stade déclaratoire. Les conclusions du Conseil des Affaires étrangères de décembre 2009 et décembre 2010, ainsi que la prise de position en août en faveur d’Abdallah Abu Rahma – leader du mouvement non-violent contre le mur de Bil’in emprisonné en Israël – étaient prometteuses, mais n’ont en définitive jamais dépassé les simples paroles. En cette fin d’année, plusieurs pays sud-américains – Brésil, Argentine, Bolivie et Equateur, et prochainement, l’Uruguay – ont par ailleurs décidé de reconnaître la Palestine en tant qu’Etat indépendant dans les frontières de 1967, un geste diplomatique qui s’il se propage pourrait changer la donne.
Mais quittons le conflit israélo-palestinien, pour jeter un regard sur la situation dans les autres pays arabes en 2010.
Elections

Le 7 mars dernier en Irak, les deuxièmes élections législatives depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 se tenaient. Peu clairs, les résultats ont mené à de longues négociations entre la  coalition de l’ancien Premier Ministre Nouri al-Maliki et la coalition pluraliste – seule à contenir des sunnites – d’Iyad Allawi. Les pourparlers ont duré neuf mois, marqué par de nombreux attentats et faisant craindre à beaucoup l’explosion d’une guerre civile entre chiites et sunnites. Le 21 décembre dernier, le Parlement a voté la confiance dans le nouveau gouvernement d’unité nationale, dirigé par Nouri al-Maliki mais partagé entre les deux coalitions. Une fin d’année un peu plus positive marque donc la politique d’un pays encore exsangue.

Pour continuer avec les élections, l’Egypte se rendait aussi aux urnes en novembre passé. Le bilan de ces législatives est loin d’être positif: plus d’opposition officielle – le parti Wafd ayant quitté le scrutin avant le second tour, et un parti au pouvoir – le Parti Nationale Démocratique – plus contesté que jamais. Il est difficile d’imaginer comment une telle configuration politique pourra donner un résultat innovant lors des présidentielles d’octobre 2011, et cela en dépit des actions d’une personnalité comme Mohammed El Baradei.
Puissances régionales

L’année 2010 a vu se confirmer l’Iran et de l’Arabie Saoudite dans leurs rôles de puissances régionales, les deux se faisant face dans un jeu d’influence mettant souvent en danger le fragile équilibre de la région. Ainsi les ambitions nucléaires de l’Iran sont toujours une des préoccupations principales de son voisin saoudien, rejoint à ce propos par les diplomaties occidentales.  L’inauguration en août dernier de la centrale de Bouchehr dans le Sud-Ouest de l’Iran a démontré la détermination du régime iranien à ne pas céder aux pressions occidentales. En réponse, l’Arabie Saoudite s’est doté d’armement américain en octobre pour un montant de $60 milliards, dans ce qui représente le plus gros contrat d’armements jamais conclu par les Etats-Unis. Le Moyen-Orient ressemble donc plus que jamais à une véritable poudrière.
Fin d’année peu convaincante

Comme l’a souligné l’éditorial de la semaine passé, les relations de l’UE avec le Maroc sont au beau fixe, et l’exemple du royaume chérifien semble motiver d’autres acteurs régionaux comme la Jordanie à renforcer leurs relations avec l’Europe. Mais la médaille a malheureusement un revers et les progrès du Maroc font parfois oublier le statu quo du conflit du Sahara Occidental généralement entretenu par Rabat. Or les récents événements à Laäyoune ont vu les forces marocaines raser un camp de Sahraouis protestant contre les discriminations dont ils font l’objet par rapport aux citoyens marocains installés au Sahara Occidental. Ces violences sont par ailleurs intervenues le jour même où devait se mettre en place un cycle de négociations sur l’avenir du territoire contesté.

L’autre acteur peu convaincant en cette fin d’année 2010 est le Tribunal Spécial sur le Liban. Accusé d’être soumis à des agendas politiques, il menace l’équilibre précaire qui semble tant bien que mal se maintenir depuis plus d’un an au pays du Cèdre. Une fois de plus, le Liban semble tributaire de luttes d’influences extérieures dont il fait seul les frais.
Les surprises

Mais l’année 2010 nous a également apporté de bonnes surprises, parmi lesquelles le rapport Anna Lindh sur le dialogue des cultures. Publié suite à une étude de plusieurs mois sur les réflexes culturels en Méditerranée, il met à jour des similarités surprenantes entre les cultures des sociétés des rives Sud et Nord de la Mare Nostrum. Ces conclusions mettent à mal certains préjugés découlant d’un prétendu « choc des civilisations » et montrent des terrains sur lesquels pourrait être bâtie la coopération méditerranéenne.

Enfin, plus trivial mais non moins surprenant est le choix du Qatar pour accueillir la Coupe du Monde 2022. Un choix que beaucoup critiquent et que beaucoup jalousent, mais qui démontre bien la détermination des pays du Golfe à dynamiser leur région en vue de l’ère de l’après pétrole.

Le bilan de 2010 est en définitive davantage négatif que positif pour la région. Si l’année a été marquée par peu de conflits ouverts, elle n’a pas pour autant été marquée par des évolutions réellement prometteuses. Elle pourrait être considérée en quelque sorte comme une année de transition, entre l’année de crises qu’avait été 2009, et de réels changements.

L’actualité arabe de 2011 pourrait en effet voir de réels changements se dessiner que ce soit en Egypte où les élections présidentielles vont exacerber les tensions politiques, ou sur la scène du conflit israélo-palestinien où les diplomaties vont devoir agir pour ne pas voir l’impasse actuelle pousser les antagonismes jusqu’à un point de rupture. Quant aux fragiles équilibres irakien et libanais, espérons qu’ils parviennent à se maintenir afin de permettre à ces deux pays de poursuivre leur reconstruction. (NJO)

Rétrospective initialement publiée sur le site de l’Institut MEDEA, 31 décembre 2010.

~ par natjanne sur 31 décembre 2010.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :