La Palestine à l’ONU : les cartes sont sur la table

Le speech de Mahmoud Abbas vient de se terminer, recevant une vibrante ovation d’une vaste majorité de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Le leader palestinien a demandé l’adhésion à part entière de la Palestine au sein de l’organisation. Et pourtant, la messe est dite. Le veto américain tombera tôt ou tard, excluant l’adhésion d’un Etat de Palestine aux Nations Unies. Outre la question de fond que pose l’initiative palestinienne, les réactions par rapport à cette démarche nous révèlent en fait la vraie figure des politiques occidentales au Moyen-Orient.

Dans son allocution à l’Assemblée Générale des Nations Unies, un an après avoir appelé de ses vœux la création d’un Etat palestinien en 2011, Barack Obama a réitéré la position américaine actuelle, calquée sur la position israélienne, que la paix ne peut venir que d’une solution négociée. A un an des présidentielles aux Etats-Unis et d’une possible reconduction de son mandat, cette volte-face américaine entre 2010 et 2011 montre bien le peu de latitude laissée à Barack Obama dans ses décisions de politiques étrangères, spécialement en ce qui concerne Israël.

Face à ce revirement américain, la déception palestinienne est perceptible. Mahmoud Abbas et son équipe ne sont pas à blâmer pour le blocage du processus de négociations, et Obama le sait pertinemment. Depuis la fin du moratoire sur la colonisation fin septembre 2010, le gouvernement israélien n’a fait aucun effort pour freiner la construction de nouveaux logements dans les territoires occupés. En adoptant une attitude aussi, le parrain du processus de paix, qu’étaient les Etats-Unis, ne pourra plus jamais s’affirmer comme arbitre neutre de la situation.

De son côté, Nicolas Sarkozy s’est exprimé devant la même assemblée, proposant à la Palestine d’acquérir non pas le statut d’Etat membre, mais celui d’Etat observateur. Le président français propose la solution – connue depuis longtemps par l’OLP – qui permet d’éviter l’introduction de la demande auprès du Conseil de Sécurité, et donc d’éviter aux Etats-Unis de devoir imposer leur veto. Une solution qui montre également que l’Union Européenne n’a pas réussi à s’accorder,  et a finalement trouvé une position intermédiaire qui semble arranger tout le monde.

En effet, un Etat non membre a en soi une certaine charge symbolique, mais également, par le caractère étatique qu’il confère donne accès à la ratification de certains traités, dont celui de la Cour pénale internationale. Néanmoins, étant donné qu’une telle éventualité est justement ce qui effraie Israël, il est probable qu’un statut spécial soit accordé à la Palestine, qui exclue la possibilité de telles démarches. Il faudra donc analyser les conditions de l’adhésion de la Palestine à l’ONU en tant qu’Etat non membre avant de se réjouir.

Les Palestiniens, dont certains étaient déjà sceptiques sur la démarche de l’Autorité Palestinienne, n’y verront finalement qu’un énième artifice pour éviter de leur donner l’indépendance pleine et entière. Pour la plupart, être Etat membre ou non membre à l’ONU ne change en effet rien à l’occupation israélienne qu’ils subissent quotidiennement. Le  relatif échec de l’initiative palestinienne à l’ONU risque enfin de donner le coup de grâce à la vieille garde du Fatah qui entoure le Président de l’Autorité Palestinienne, et par extension à décrédibiliser l’ensemble de l’institution.

Ayant quasiment vidé de son sens la démarche palestinienne, la communauté internationale donne donc à nouveau la priorité à des négociations. Des négociations qui doivent aujourd’hui prendre place dans un contexte des plus difficiles. Et si ni Etats-Unis, ni Union Européenne ne sont capables d’assurer le rôle de parrain neutre du processus de paix, quel avenir lui est destiné ? L’Union Européenne a montré par le passé qu’elle était un acteur faible sur la scène internationale. Les choses pourraient pourtant changer. Autant la situation sur la scène israélo-palestinienne que le printemps arabe exigent des réformes et des actions qu’elle ne semble en définitive pas en mesure de réaliser.(NJO)

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA (23/9/2011).

~ par natjanne sur 26 septembre 2011.

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