Egypte : sauvegarder les acquis de la révolution

Suite à l’incendie d’une église vendredi 30 septembre à Assouan,  une manifestation était organisée par la communauté copte au Caire dimanche passé. Ayant débuté dans le quartier populaire de Shoubra, la marche rassemblant des milliers de manifestants, s’est terminée dans le sang à Maspero en face du bâtiment de la télévision officielle égyptienne. D’abord attaquée par des groupes armés, ce sont finalement les forces armées égyptiennes elles-mêmes qui ont attaqué la foule de manifestants, faisant 25 morts dont 17 coptes et plus de 300 blessés (voir le récit des événements par Sarah Carr dans Al Masry al youm).

Ces violences sont inquiétantes à plusieurs titres. Elles sont bien sûr le signe de la détérioration de la situation pour la communauté copte dans l’ère post-Moubarak, mais elles sont également et avant tout un signe des dangers qui planent sur la jeune démocratie en construction. En effet, cette détérioration n’est pas tant le fait d’extrémistes religieux que le résultat d’une politique menée sciemment par les partisans de l’ancien régime. Les affrontements communautaires aident à légitimer le maintien de la loi d’urgence, donc le tout pouvoir aux militaires.

C’est sans doute là un des plus grands pièges que devra éviter la jeune démocratie. La majorité des Egyptiens est favorable à la liberté de religion et soutient l’entente entre les deux communautés. Mais les foules sont manipulables, surtout par les médias. Et les médias officiels sont encore aux mains de partisans de l’ère Moubarak qui maquillent donc régulièrement la réalité afin de servir leurs objectifs.

Mais les forces révolutionnaires restent néanmoins vigilantes comme le démontre un communiqué émis par 29 personnalités politiques et figures publiques égyptiennes ce jeudi 13 octobre. Selon elles, les événements du 9 octobre ont été entièrement orchestrés par le Conseil Supérieur des Forces Armées (voir le compte-rendu dans The Daily News Egypt du 13 octobre). Interrogé par La Libre ce vendredi, le porte parole du mouvement du 6 avril, Waleed Rashed, donne la même analyse : « Ce qui s’est passé dimanche n’est pas un problème entre musulmans et chrétiens, mais entre l’armée et les chrétiens », « Les coptes ont compris que ce n’était pas les musulmans à l’origine du problème et ont appelé les fidèles à ne pas se venger ». Il explique que les seuls affrontements réels entre musulmans et coptes se déroulent dans des lieux où l’éducation est plus faible. Mais l’Egypte post-Moubarak aspire selon lui à devenir à un Etat civil.

Ces événements démontrent toute la fragilité de la transition égyptienne. L’Union Européenne et ses Etats membres ont un rôle important de soutien à jouer afin de renforcer les garants des acquis de la révolution, et leur permettre d’aller de l’avant. Sans s’ingérer dans les affaires égyptiennes, l’Union Européenne doit donc aujourd’hui trouver les moyens de mettre en œuvre sa nouvelle politique de voisinage, et cela en cohérence avec les valeurs de démocratie et de droits de l’homme qu’elle prétend défendre.(NJO)

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA, le 14 octobre 2011.

~ par natjanne sur 19 octobre 2011.

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