La volte-face des Etats-Unis

Le 23 Septembre 2010, il y un an, Barack Obama s’exprimait devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies en ces termes : « Lorsque nous reviendrons ici l’an prochain, nous pourrions avoir un accord qui apportera un nouveau membre des Nations-Unies, un Etat indépendant et souverain de la Palestine, vivant en paix avec Israël ». Tous les espoirs étaient alors permis. De son côté, Salam Fayyad annonçait en 2009 la constitution d’un Etat palestinien viable endéans les deux ans. Les dates concordaient, septembre 2011 était donc attendu comme une date butoir pour la proclamation de l’Etat palestinien.

Mais, trois jours après la déclaration du Président américain devant les Nations-Unies, le moratoire de dix mois sur la colonisation en Cisjordanie expirait. A noter que ce moratoire n’a jamais concerné Jérusalem-Est, où l’effort de colonisation et de judaïsation s’est poursuivi incessamment durant toute l’année. Le 26 septembre, les associations de colons relancent donc  les constructions dans les colonies, en donnant le maximum de publicité à l’événement. Comme ils l’avaient annoncé, les Palestiniens quittent alors la table de négociations, considérant le prolongement du moratoire comme condition sine qua non d’une éventuelle reprise de celles-ci.

Décidé à obtenir une solution négociée au conflit, Barack Obama pèse alors de tout son poids sur Netanyahou afin qu’il prolonge le moratoire de quelques mois. Le président américain multiplie les concessions et les promesses à Israël en échange de deux ou trois mois supplémentaires de gel de la colonisation. Outre la vente de 20 chasseurs F-15 pour une valeur de 3 milliards d’euros, les Etats-Unis s’engagent ainsi à adopter une série de positions en soutien à la politique du gouvernement Netanyahou, comme de s’opposer aux campagnes de délégitimation de l’Etat d’Israël mais aussi à toute initiative palestinienne aux Nations-Unies.

Les Etats-Unis ont donc bradé leur veto à la reconnaissance de l’Etat palestinien contre un prolongement du moratoire sur la colonisation en novembre dernier. Et aujourd’hui, alors que le prolongement n’a pas été obtenu, la Maison-Blanche s’oppose néanmoins à l’initiative palestinienne. Cet exemple n’est toutefois que le premier d’une série qui illustrera tout au long de l’année la faiblesse diplomatique des Etats-Unis vis-à-vis d’Israël.

En janvier, changeant de stratégie, l’Autorité palestinienne essaye de faire passer, via le Liban, actuellement membre du Conseil de Sécurité, une résolution visant à faire déclarer la colonisation illégale. Ayant obtenu le soutien de la majorité des membres du Conseil de Sécurité, la résolution se heurte finalement au veto américain alors qu’elle était littéralement un calque de la position américaine sur le sujet.

Le 20 mai, le Président américain parle devant l’AIPAC, l’American Israeli Public Affairs Committee, la principale organisation du lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Dans son discours, il propose la création d’un Etat palestinien sur base des frontières de 1967, c’est-à-dire la Ligne verte définie lors de l’armistice en 1949. Netanyahou, arrivé le lendemain à Washington, exprime vigoureusement son opposition à cette proposition. Selon le gouvernement israélien actuel, les frontières de 67 sont indéfendables. Négocier sur leur base signifierait un retrait de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, ce qu’il refuse catégoriquement. Position étonnante du gouvernement israélien s’il en est puisque toutes les tentatives d’accord sont basées sur cette ligne d’armistice de 1949. Dans ce climat de tension entre les deux hommes, Netanyahou prononce alors un discours devant le Congrès lors duquel il recevra quelque 29 standing ovations.

Cet épisode met en lumière toute l’influence qu’exerce le lobby pro-israélien sur la politique étrangère américaine.

John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt ont analysé cette influence  dans leur ouvrage « Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine » (trad. fr ., éditions La Découverte, 2009). Selon eux, les Etats-Unis soutiennent inconditionnellement la politique israélienne, parfois  même au détriment de leurs propres intérêts. Le système américain est particulièrement sensible à l’influence des groupes d’intérêts car « les élections sont très coûteuses pour les candidats et la règlementation sur le financement des campagnes n’est pas des plus strictes » (p. 153). Or, le lobby pro-israélien dispose de ressources et de compétences élevées, lui permettant d’exercer des pressions significatives que ce soit sur la Maison Blanche ou sur le Capitole. Et le lobby pro-israélien est jusqu’ici dominé par l’AIPAC dont la tendance politique se rapproche de celle du Likoud.

Cette mainmise du lobby pro-israélien sur la politique américaine au Moyen-Orient n’est pourtant pas une fatalité. En effet, face à la toute puissante AIPAC, un nouveau lobby a été créé en 2008. J-Street se définit comme le bras politique du mouvement pro-Israël et pro-paix, soulignant à l’inverse de l’AIPAC que ces deux positions ne sont pas inconciliables. Même s’il est encore loin de déloger l’AIPAC, son influence croît progressivement au sein du Congrès, laissant espérer des lendemains plus heureux pour la politique étrangère des Etats-Unis.

Mais tout cela nous mène loin de septembre. Les Etats-Unis ont en effet confirmé leur intention d’opposer un veto à la démarche palestinienne à l’ONU. Déjà assez attaqué sur d’autres politiques, Barack Obama doit conserver le maximum de soutiens en vue de sa réélection en 2012.

Au Conseil de Sécurité, une majorité de neuf votes est nécessaire pour l’admission d’un nouveau membre, ces neuf membres devant nécessairement comprendre les cinq permanents. Sans le veto américain, ce nombre aurait pu être atteint étant donné qu’aucun autre membre permanent n’avait encore exprimé l’intention de mettre son veto.

Il est très frappant de constater qu’excepté les Etats dits occidentaux, la plupart des Etats membres des Nations-Unies comptent se prononcer en faveur de l’initiative palestinienne. Les Etats membres européens essayent de leur côté d’adopter une position commune. Malgré les hésitations européennes, les Etats-Unis réalisent néanmoins qu’ils ne pourront obtenir assez de soutiens pour bloquer la résolution aux Nations-Unies et tentent encore vainement de convaincre le leadership palestinien d’abandonner la démarche. Mais une telle marche arrière signifierait la mort politique assurée de Mahmoud Abbas et de son équipe, ce qui laisse présager un refus catégorique.

Un seul danger persiste. En effet, il est possible que, soit à l’initiative des Etats-Unis ou de l’Union européenne,  devant le déficit de soutien à leur position, certains Etats proposent des compromis aux Palestiniens sous la forme d’une reconnaissance sous le statut d’ « Etat observateur » ou toute autre avancée symbolique. Or, une résolution qui serait ainsi vidée de sa substance ne serait pas plus utile aux Palestiniens que ne le sont les multiples cycles de négociations sans résultats qui ont cours depuis les accords d’Oslo.(NJO)

Initialement publié dans le bulletin de l’Association Belgo-Palestinienne n°49, octobre 2011.

~ par natjanne sur 30 octobre 2011.

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