BDS : une stratégie payante contre l’occupation israélienne

En juillet 2005, une centaine d’organisations de la société civile palestinienne lance l’appel Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS). Le timing de cet appel n’est pas anodin. Il intervient suite l’avis émis en juillet 2004 par la Cour Internationale de Justice sur l’illégalité du mur construit par Israël dans le territoire palestinien occupé, qui un an après n’est toujours pas appliqué. Prenant acte du blocage du processus de paix, de la non-application des résolutions de l’ONU et de la politique persistante d’occupation et de colonisation menée par Israël, les organisations signataires appellent « les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid ».

 

Tout comme le Mouvement Anti-Apartheid (MAA), le mouvement BDS appelle ainsi les individus du monde entier, mais aussi les entreprises, et avec moins d’espoir peut-être, les Etats afin qu’ils sanctionnent la politique menée par l’Etat d’Israël jusqu’à ce que ce dernier :
1)    Mette fin à sa politique d’occupation et de colonisation du territoire palestinien ;
2)    Reconnaisse le droit des citoyens arabes d’Israël à une égalité absolue ;
3)    Applique la résolution 194 de l’AGNU qui accorde le droit au retour à tous les réfugiés palestiniens.

Progressant depuis 2005 en intensité, la campagne globale pour le BDS s’avère être une stratégie non-violente payante et qui a déjà remporté un certains nombres succès.

Boycott

Le premier boycott qui nous est accessible est le boycott des biens de consommation. Acheter des produits issus d’un régime d’occupation et d’apartheid, c’est contribuer au fonctionnement de ce système. En refusant d’acheter un produit israélien, nous posons donc un acte citoyen de refus de ces politiques. Mais en vue d’exercer une réelle pression économique sur Israël, le but final est néanmoins de persuader nos Etats d’adopter des mesures de boycott à l’égard d’Israël. Les actions de boycotts doivent donc être doublées d’une publicité et de lobby sur nos institutions politiques pour que celles-ci relayent ces mêmes revendications.

Le groupe Midi du SCI a récemment mené une action de sensibilisation au boycott des herbes pré-coupées et emballées venant d’Israël et vendues dans nos supermarchés (Delhaize, Carrefour, Colruyt, Makro). En Belgique, nous connaissons aussi les marques d’avocats Carmel et d’organes Jaffa, toutes deux auparavant exportée par la société israélienne Agrexco. Visée par des campagnes de boycott coordonnées au niveau européen (cfr.  http://www.coalitioncontreagrexco.net/), cette société a été déclarée en faillite le 30 août dernier par le tribunal de Tel Aviv qui a ordonné la liquidation des actifs de la société (Coalitioncontreagrexco.net, sept. 2011). Même si cette faillite n’est pas due à la campagne BDS, on ne peut que s’en réjouir. Néanmoins, il est certain que les exportations de fruits et légumes qu’effectuait Agrexco continueront à arriver sur nos marchés sous un autre nom, ou via une autre société comme Mehadrin. Il est donc nécessaire de rester attentif  à l’origine des produits que nous consommons.

La campagne BDS appelle également au boycott des institutions culturelles et académiques israéliennes, dont les activités ont toujours partie liée avec l’occupation. Un des fers de lance de la propagande israélienne est la culture. Par la culture, Israël veut effacer l’image de l’occupation des mentalités, la remplaçant par une image d’un pays empreint de culture et de technologies.

Quant aux universités israéliennes, elles collaborent toutes d’une manière ou d’une autre avec l’armée. Or de nombreuses universités européennes collaborent avec des universités israéliennes, dans le cadre du 7e Programme cadre de l’Union Européenne pour la recherche. En Belgique,  l’ULB participe à 6 projets de recherche avec universités israéliennes,  la VUB à 7, la KUL à 27, l’Université de Mons à 2, l’ULG à 6, l’UCL à 8, les FUNDP à 5 (Cordis.europa.eu). Il est nécessaire de faire comprendre aux autorités universitaires belges que de telles collaborations sont autant de soutiens de l’occupation israélienne.

Outre cette victoire, d’autres campagnes ont porté leurs fruits, mais se retrouvent aujourd’hui en attente du fait des difficultés financières rencontrées par les entreprises visées à cause de la crise.

Désinvestissements

Outre le boycott, le mouvement BDS appelle aux désinvestissements c’est-à-dire au retrait des actions et des fonds placés dans des entreprises complices de violations du droit international et des droits des Palestiniens.

En Belgique, la campagne contre Dexia vise à obtenir de l’ex-groupe franco-belge qu’il se débarrasse de sa filière israélienne. Dexia Israël a pour objectif le financement des communautés, dont les colonies israéliennes installées en Cisjordanie. La campagne contre Dexia avait remporté une victoire en mai dernier lorsque le groupe bancaire franco-belge Dexia avait annoncé lors de son Assemblée Générale qu’il revendrait sa filiale israélienne avant l’été. Nous sommes en décembre, et Dexia Israël n’a pas encore été revendue. Alors que la banque traverse une crise sans précédent, Dexia Israël fait encore partie des actifs de Dexia Crédit Local (DCL) (BDSMovement.net, 26/10/2011). Néanmoins, selon le magazine d’affaires israélien Globes, il semblerait que Dexia Israël ait été sciemment laissé à la branche française à cause du « boycott et pressions des organisations pro-palestiniennes en Belgique » (Globes, 10/10/2011).

Sanctions

Le troisième volet de la campagne concerne enfin les sanctions, que ce soit à travers les mécanismes onusiens ou par la rupture de liens économiques, diplomatiques ou militaires avec l’Etat d’Israël.

La principale avancée dans le domaine des sanctions a été l’établissement du rapport Goldstone mis en place par les Nations Unies afin d’établir les faits sur le conflit à Gaza. Malheureusement, malgré les nombreuses violations du droit international et du droit humanitaire par l’armée israélienne établies par le rapport, et malgré son approbation en novembre 2009 par l’AG des Nations Unies, aucune sanction n’a été émise par la communauté internationale à l’encontre d’Israël. Les Etats restent encore très frileux, d’où l’importance de pressions citoyennes sur nos gouvernements. Seul un tribunal militaire anglais a émis en décembre 2009 un mandat d’arrêt contre l’ex Ministre des Affaires étrangères israélienne Tzipi Livni, alors en visite en Angleterre, du fait de son rôle dans l’opération Plomb Durci un an avant. Susceptible d’être traduite en justice, elle avait du quitter précipitamment le territoire. Désormais, les hauts responsables israéliens sont obligés de demander une expertise sur le système légal du pays où ls se rendent afin d’éviter ce genre de situation, ce qui peut être considéré comme une belle victoire de la campagne BDS.

Malgré un lent démarrage, la campagne BDS semble être une stratégie payante pour mettre fin à l’occupation israélienne. La troisième session du Tribunal Russell pour la Palestine  qui s’est tenue à Cape Town les 5, 6 et 7 novembre passés a une fois de plus rappelé l’importance de la mobilisation de la société civile globale et a appelé « à répliquer l’esprit de solidarité qui a contribué à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, et ce en informant les parlements nationaux des conclusions de ce Tribunal ainsi qu’en soutenant la campagne pour le Boycott, les Désinvestissements et les Sanctions (BDS) ». (NJO)

Initialement paru dans le SCIlophone, trimestriel du SCI.

~ par natjanne sur 15 décembre 2011.

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