2011, une année charnière

Bilan – rétrospective 2011

 

Un  regard en arrière sur l’année 2011 confirme qu’elle restera certainement gravée dans les annales, au même titre que ne l’a été l’année charnière 1989. Même si on ne peut encore parler de réel changement de paradigme dans le monde arabe, il ne fait aucun doute que la donne a changé dans la région.

Nous ne reviendrons pas sur les événements en tant que tels, que nos éditoriaux tout au long de l’année ont essayé de relater et de commenter. Nous essaierons davantage de faire un bilan de cette année et de ses conséquences non seulement pour la région, mais aussi sur les relations que l’Europe entretient avec la Méditerranée.

Si certaines choses ont déjà changé en 2011, il va sans dire que le principal reste à faire. Nous passerons dès lors en revue non seulement les acquis, mais également les défis que présente cette nouvelle donne régionale.

Des acquis…

Les acquis engrangés en 2011 sont nombreux. Il est important de les souligner pour savoir la base sur laquelle il est possible d’avancer. Ces acquis sont à analyser sous différentes perspectives. Ici, nous choisissons une perspective géographique, afin de mettre en relief les possibilités d’évolution au niveau des relations euro-arabes.

Côté sud

Les situations au Sud sont encore très diverses. Entre la Tunisie, engagée d’un pas décidé sur le chemin de la transition, la Syrie luttant dans un combat quotidien pour y avoir droit et l’Arabie Saoudite qui en semble encore loin, les situations politiques dans le monde arabe tout comme les défis qui s’y posent sont différents d’une situation à l’autre même s’ils ont une inspiration commune.

Une autre chose qui semble désormais acquise : la population n’a plus peur. Le peuple a pris conscience qu’il était la source du pouvoir, et qu’il pouvait donc remettre ce dernier en question. Qu’est-ce finalement qu’un dictateur sans peuple qui lui obéit ? Cette prise de conscience est précieuse et doit être entretenue pour maintenir les acquis démocratiques.

Enfin, il est possible aujourd’hui d’affirmer qu’un processus est lancé. Et même la route vers la démocratie sera sans nul doute longue et difficile, les retours en arrière ne semblent plus envisageables.

Côté nord

Les Européens ont suivi comme beaucoup d’autres, les événements dans le monde arabe. Personne ne s’attendait, en Europe comme ailleurs,  à ce souffle démocratique arabe. Et même si certaines voix peu avisées semblaient effrayées par ce changement, il semble avant tout avoir changé les perceptions des Européens vis-à-vis de leurs voisins du Sud.

Côté société civile européenne – en relation le monde arabe, l’enthousiasme a marqué les premiers temps des révoltes. A rapidement suivi, un intense travail d’information, de sensibilisation de la population et des politiques sur les opportunités qu’offrait ce  « printemps arabe ». C’est pourtant avec beaucoup de frustrations et de déceptions que se termine l’année 2011. En effet, si l’UE a tenté quelques réformes en surface de sa politique, elle n’a pas encore eu le courage de la revoir en profondeur.

Néanmoins, et ce pour continuer à parler d’acquis, le monde arabe continue de poser question et semble désormais tenir une place incontournable dans l’agenda de l’UE et de ses Etats membres. L’effort continue, et il est doit être encouragé.

Et des défis

Les acquis ne sont pas légions, mais semblent solides. Ils posent désormais un socle sur lequel vont désormais se poser une série de défis.

Le défi démocratique arabe

Comme souligné plus haut, les situations sont diverses entre les pays ayant enclenché un véritable processus démocratique et ceux qui n’en connaissent encore que des « hoquets ». Néanmoins la dynamique est lancée.

Pour certains le défi est encore très précis, il s’agit de mettre fin à l’ancien régime. Cette question se pose premièrement pour la Syrie, qui compte encore chaque de nombreux morts. Mais elle se pose aussi en Egypte, où malgré le départ de Moubarak, l’armée participe encore de l’ancien système et s’oppose à la bonne marche du processus démocratique.

Autre défi : les récentes élections en Tunisie, en Egypte et au Maroc ont amené des partis islamistes au pouvoir. Principales organisations d’opposition des années précédentes, les structures de ces partis leur ont permis de remporter haut la main le jeu électoral, et cela au détriment des initiateurs des révoltes, souvent jeunes et de tendance laïque. Ces forces vont donc devoir jouer ensemble le jeu démocratique. L’exemple de la Tunisie est à ce titre très important puisqu’il est le plus abouti des transitions démocratiques en cours.

Le Maroc représentera également un test important puisqu’il est le premier pays à se réformer sans connaitre de réelle révolte. Son succès pourrait guider d’autres monarchies arabes comme la Jordanie, voire l’Arabie Saoudite ou le Qatar.

 

Un défi également lancé à l’Europe

Comme on l’a souligné plus haut, le défi démocratique arabe se pose également à l’UE. Encore frileuse vis-à-vis des changements qui s’opèrent dans son voisinage sud, il est nécessaire que l’Europe en saisisse toutes les opportunités.

SI l’UE doit changer de politique dans le monde arabe, ce n’est pas par logique altruiste, mais bien parce que c’est dans l’intérêt de sa propre stabilité et prospérité. Mais il faut pour cela dépasser la logique du court terme qui incite à penser en termes de sécurité et de profits économiques immédiats.  En quelque sorte, il est nécessaire de revenir au programme de Barcelone afin de construire avec la Méditerranée « un espace de prospérité partagée ».  A cette fin, l’UE doit prendre la mesure des changements et réorganiser sa politique de manière courageuse et cohérente, soutenant les pays en transition et poussant – sans ingérence – ceux qui ne l’ont pas encore fait à l’entamer.

L’arrivée au pouvoir de partis islamistes en Tunisie, en Egypte et au Maroc est des défis principaux qui se poseront l’année prochaine à la politique de l’UE vis-à-vis du monde arabe.  Suite à l’enthousiasme européen face aux révoltes populaires arabes, ce développement ravive les vieilles craintes d’une menace islamiste anti-occidentale. Des craintes qui réutilisent finalement la grille de compréhension longtemps véhiculée par les dictateurs comme Moubarak ou Ben Ali.

L’Europe doit donc faire l’effort d’un changement de perception, qui passe obligatoirement par une meilleure connaissance du monde arabe mais également par respect des valeurs démocratiques et de droits de l’homme sur lesquelles elle s’est elle-même fondée.

Le conflit israélo-palestinien

Le printemps arabe a pu faire oublier la primauté de la résolution de ce conflit pour la région. Avec les premières révoltes arabes, beaucoup de Palestiniens ont du ressentir un sentiment mitigé : une joie certes que les choses changent, mais aussi une déception de voir l’Occident soutenir les peuples en lutte, alors qu’il n’a jamais clairement appuyé la lutte du peuple palestinien pour l’autodétermination.

Saisissant leur part de chance dans le changement de contexte régional, Mahmoud Abbas a néanmoins présenté une requête de reconnaissance de l’Etat palestinien à l’ONU. Cette demande paraissait facilement acceptable par une Union Européenne dont l’objectif a toujours été la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël. Mais non, la demande de Mahmoud Abbas n’a pas reçu le soutien européen. L’UE, frileuse une fois de plus, n’a pas réussi à se mettre d’accord, ni à se distancer des Etats-Unis.

Alors certaines puissances européennes, soucieuses de rester en bons termes avec les Etat arabes en mutation, ont trouvé des solutions de rechange, comme la reconnaissance de la Palestine à l’UNESCO. Mais à quoi rime une reconnaissance dans un organe de l’ONU et le refus de cette même reconnaissance au sein des Nations-Unies elles-mêmes ?

De la même manière qu’elle semble jusqu’ici être passée à côté des révoltes arabes, la politique étrangère européenne n’a pas fait ses preuves sur la question de Palestine. Loin de là. Et pourtant la question est centrale dans la région. D’une part, elle représente le point d’achoppement de la plupart des tentatives de rassemblement méditerranéen. D’autre part, elle est l’exemple principal de la politique de deux poids deux mesures menée depuis trop longtemps par l’UE.

En définitive, même si les espoirs sont maigres de voir se développer une politique européenne courageuse et cohérente vis-à-vis du monde arabe, il est toujours permis d’espérer. Car au-delà du développement politique des sociétés arabes, ce sont également les valeurs fondatrices de nos sociétés qui sont en jeu dans les événements qui secouent les sociétés en transformation dans le sud Méditerranéen.(NJO)

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA – édito-rétrospective 23 décembre 2011.

~ par natjanne sur 30 décembre 2011.

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