Egypte : une révolution en cours

Il y a un an déjà, le 25 janvier 2011, les Egyptiens dépassaient leur peur de la répression et descendaient dans la rue pour jeter le raïs Moubarak à bas de la présidence qu’il occupait depuis presque trente ans. Un effort populaire de 18 jours finit par vaincre la ténacité du vieux leader qui quitta la capitale pour se réfugier à Sharm El Sheikh le 11 février suivant.

Ce mercredi 25 janvier 2012, les Egyptiens sont descendus en masse dans la rue. Dans Inside Story sur Al Jazeera Sherif Kouddous, correspondant pour Democracy Now explique l’ambivalence de ce rassemblement. « Si les gens sont descendus dans le rue mercredi», dit-il, « c’est à la fois pour célébrer et pour manifester. Il veulent rappeler que ce qui a été lancé il y a un an a réussi à faire tomber un dictateur en dix-huit jours, mais qu’une dictature est encore en place, incarnée par le Conseil Supérieur des Forces Armées ».

Plus communément appelé le SCAF – initiales de la dénomination anglaise, ce Conseil garde encore la mainmise sur les grands postes de pouvoir. Dans son opinion dans Egypt independent*, Ashraf El-Sherif met en garde contre ce « groupe secret qui gouverne l’Egypte ». Selon lui, les débats de l’Assemblée Nationale et le résultat des élections sont secondaires. Le leadership militaire égyptien « contrôle l’Etat et les trois secteurs qui soutiennent les élections à savoir le judiciaire, l’appareil sécuritaire et les médias, il est donc illogique d’espérer une issue qui ne leur convienne pas ».

Dans sa présentation du rapport annuel de Human Right Watch, Kenneth Roth, directeur de l’organisation décrit bien l’imbroglio égyptien entre les trois acteurs actuels que sont les militaires qui contrôlent la sécurité, les islamistes sortis vainqueurs des élections et les libéraux qui représentent le moteur de l’esprit révolutionnaire. La dynamique à l’œuvre aujourd’hui est telle que chaque groupe a des expectatives propres concernant les autres acteurs.

Outre ces blocages de transition démocratique, la situation économique reste plus qu’alarmante avec plus de la moitié de la population égyptienne vivant en-dessous du seuil de pauvreté.

Une telle situation doit être de nature à inquiéter l’Europe. En effet, la déstabilisation d’un pays aussi grand et central que l’Egypte peut avoir des conséquences énormes sur l’ensemble de la région. Mais cette inquiétude ne doit pas pour autant mener à un repli sécuritaire de l’UE à l’intérieur de ses frontières. L’UE doit au contraire entrer dans une logique de dialogue permanent avec ces nouveaux acteurs, en essayant de les pousser à respecter les valeurs réclamées par les manifestants depuis plus d’un an. En espérant donc que l’Europe ne fasse pas encore une fois l’erreur de suivre ses intérêts plutôt que ses valeurs.(NJO)

*Version hebdomadaire en anglais du quotidien égyptien en langue arabe Al Masry Al Youm

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA – édito 27 janvier 2012.

~ par natjanne sur 30 janvier 2012.

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