Egypte : une révolution en cours

•30 janvier 2012 • Laisser un commentaire

Il y a un an déjà, le 25 janvier 2011, les Egyptiens dépassaient leur peur de la répression et descendaient dans la rue pour jeter le raïs Moubarak à bas de la présidence qu’il occupait depuis presque trente ans. Un effort populaire de 18 jours finit par vaincre la ténacité du vieux leader qui quitta la capitale pour se réfugier à Sharm El Sheikh le 11 février suivant.

Ce mercredi 25 janvier 2012, les Egyptiens sont descendus en masse dans la rue. Dans Inside Story sur Al Jazeera Sherif Kouddous, correspondant pour Democracy Now explique l’ambivalence de ce rassemblement. « Si les gens sont descendus dans le rue mercredi», dit-il, « c’est à la fois pour célébrer et pour manifester. Il veulent rappeler que ce qui a été lancé il y a un an a réussi à faire tomber un dictateur en dix-huit jours, mais qu’une dictature est encore en place, incarnée par le Conseil Supérieur des Forces Armées ».

Plus communément appelé le SCAF – initiales de la dénomination anglaise, ce Conseil garde encore la mainmise sur les grands postes de pouvoir. Dans son opinion dans Egypt independent*, Ashraf El-Sherif met en garde contre ce « groupe secret qui gouverne l’Egypte ». Selon lui, les débats de l’Assemblée Nationale et le résultat des élections sont secondaires. Le leadership militaire égyptien « contrôle l’Etat et les trois secteurs qui soutiennent les élections à savoir le judiciaire, l’appareil sécuritaire et les médias, il est donc illogique d’espérer une issue qui ne leur convienne pas ».

Dans sa présentation du rapport annuel de Human Right Watch, Kenneth Roth, directeur de l’organisation décrit bien l’imbroglio égyptien entre les trois acteurs actuels que sont les militaires qui contrôlent la sécurité, les islamistes sortis vainqueurs des élections et les libéraux qui représentent le moteur de l’esprit révolutionnaire. La dynamique à l’œuvre aujourd’hui est telle que chaque groupe a des expectatives propres concernant les autres acteurs.

Outre ces blocages de transition démocratique, la situation économique reste plus qu’alarmante avec plus de la moitié de la population égyptienne vivant en-dessous du seuil de pauvreté.

Une telle situation doit être de nature à inquiéter l’Europe. En effet, la déstabilisation d’un pays aussi grand et central que l’Egypte peut avoir des conséquences énormes sur l’ensemble de la région. Mais cette inquiétude ne doit pas pour autant mener à un repli sécuritaire de l’UE à l’intérieur de ses frontières. L’UE doit au contraire entrer dans une logique de dialogue permanent avec ces nouveaux acteurs, en essayant de les pousser à respecter les valeurs réclamées par les manifestants depuis plus d’un an. En espérant donc que l’Europe ne fasse pas encore une fois l’erreur de suivre ses intérêts plutôt que ses valeurs.(NJO)

*Version hebdomadaire en anglais du quotidien égyptien en langue arabe Al Masry Al Youm

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA – édito 27 janvier 2012.

2011, une année charnière

•30 décembre 2011 • Laisser un commentaire

Bilan – rétrospective 2011

 

Un  regard en arrière sur l’année 2011 confirme qu’elle restera certainement gravée dans les annales, au même titre que ne l’a été l’année charnière 1989. Même si on ne peut encore parler de réel changement de paradigme dans le monde arabe, il ne fait aucun doute que la donne a changé dans la région.

Nous ne reviendrons pas sur les événements en tant que tels, que nos éditoriaux tout au long de l’année ont essayé de relater et de commenter. Nous essaierons davantage de faire un bilan de cette année et de ses conséquences non seulement pour la région, mais aussi sur les relations que l’Europe entretient avec la Méditerranée.

Si certaines choses ont déjà changé en 2011, il va sans dire que le principal reste à faire. Nous passerons dès lors en revue non seulement les acquis, mais également les défis que présente cette nouvelle donne régionale.

Des acquis…

Les acquis engrangés en 2011 sont nombreux. Il est important de les souligner pour savoir la base sur laquelle il est possible d’avancer. Ces acquis sont à analyser sous différentes perspectives. Ici, nous choisissons une perspective géographique, afin de mettre en relief les possibilités d’évolution au niveau des relations euro-arabes.

Côté sud

Les situations au Sud sont encore très diverses. Entre la Tunisie, engagée d’un pas décidé sur le chemin de la transition, la Syrie luttant dans un combat quotidien pour y avoir droit et l’Arabie Saoudite qui en semble encore loin, les situations politiques dans le monde arabe tout comme les défis qui s’y posent sont différents d’une situation à l’autre même s’ils ont une inspiration commune.

Une autre chose qui semble désormais acquise : la population n’a plus peur. Le peuple a pris conscience qu’il était la source du pouvoir, et qu’il pouvait donc remettre ce dernier en question. Qu’est-ce finalement qu’un dictateur sans peuple qui lui obéit ? Cette prise de conscience est précieuse et doit être entretenue pour maintenir les acquis démocratiques.

Enfin, il est possible aujourd’hui d’affirmer qu’un processus est lancé. Et même la route vers la démocratie sera sans nul doute longue et difficile, les retours en arrière ne semblent plus envisageables.

Côté nord

Les Européens ont suivi comme beaucoup d’autres, les événements dans le monde arabe. Personne ne s’attendait, en Europe comme ailleurs,  à ce souffle démocratique arabe. Et même si certaines voix peu avisées semblaient effrayées par ce changement, il semble avant tout avoir changé les perceptions des Européens vis-à-vis de leurs voisins du Sud.

Côté société civile européenne – en relation le monde arabe, l’enthousiasme a marqué les premiers temps des révoltes. A rapidement suivi, un intense travail d’information, de sensibilisation de la population et des politiques sur les opportunités qu’offrait ce  « printemps arabe ». C’est pourtant avec beaucoup de frustrations et de déceptions que se termine l’année 2011. En effet, si l’UE a tenté quelques réformes en surface de sa politique, elle n’a pas encore eu le courage de la revoir en profondeur.

Néanmoins, et ce pour continuer à parler d’acquis, le monde arabe continue de poser question et semble désormais tenir une place incontournable dans l’agenda de l’UE et de ses Etats membres. L’effort continue, et il est doit être encouragé.

Et des défis

Les acquis ne sont pas légions, mais semblent solides. Ils posent désormais un socle sur lequel vont désormais se poser une série de défis.

Le défi démocratique arabe

Comme souligné plus haut, les situations sont diverses entre les pays ayant enclenché un véritable processus démocratique et ceux qui n’en connaissent encore que des « hoquets ». Néanmoins la dynamique est lancée.

Pour certains le défi est encore très précis, il s’agit de mettre fin à l’ancien régime. Cette question se pose premièrement pour la Syrie, qui compte encore chaque de nombreux morts. Mais elle se pose aussi en Egypte, où malgré le départ de Moubarak, l’armée participe encore de l’ancien système et s’oppose à la bonne marche du processus démocratique.

Autre défi : les récentes élections en Tunisie, en Egypte et au Maroc ont amené des partis islamistes au pouvoir. Principales organisations d’opposition des années précédentes, les structures de ces partis leur ont permis de remporter haut la main le jeu électoral, et cela au détriment des initiateurs des révoltes, souvent jeunes et de tendance laïque. Ces forces vont donc devoir jouer ensemble le jeu démocratique. L’exemple de la Tunisie est à ce titre très important puisqu’il est le plus abouti des transitions démocratiques en cours.

Le Maroc représentera également un test important puisqu’il est le premier pays à se réformer sans connaitre de réelle révolte. Son succès pourrait guider d’autres monarchies arabes comme la Jordanie, voire l’Arabie Saoudite ou le Qatar.

 

Un défi également lancé à l’Europe

Comme on l’a souligné plus haut, le défi démocratique arabe se pose également à l’UE. Encore frileuse vis-à-vis des changements qui s’opèrent dans son voisinage sud, il est nécessaire que l’Europe en saisisse toutes les opportunités.

SI l’UE doit changer de politique dans le monde arabe, ce n’est pas par logique altruiste, mais bien parce que c’est dans l’intérêt de sa propre stabilité et prospérité. Mais il faut pour cela dépasser la logique du court terme qui incite à penser en termes de sécurité et de profits économiques immédiats.  En quelque sorte, il est nécessaire de revenir au programme de Barcelone afin de construire avec la Méditerranée « un espace de prospérité partagée ».  A cette fin, l’UE doit prendre la mesure des changements et réorganiser sa politique de manière courageuse et cohérente, soutenant les pays en transition et poussant – sans ingérence – ceux qui ne l’ont pas encore fait à l’entamer.

L’arrivée au pouvoir de partis islamistes en Tunisie, en Egypte et au Maroc est des défis principaux qui se poseront l’année prochaine à la politique de l’UE vis-à-vis du monde arabe.  Suite à l’enthousiasme européen face aux révoltes populaires arabes, ce développement ravive les vieilles craintes d’une menace islamiste anti-occidentale. Des craintes qui réutilisent finalement la grille de compréhension longtemps véhiculée par les dictateurs comme Moubarak ou Ben Ali.

L’Europe doit donc faire l’effort d’un changement de perception, qui passe obligatoirement par une meilleure connaissance du monde arabe mais également par respect des valeurs démocratiques et de droits de l’homme sur lesquelles elle s’est elle-même fondée.

Le conflit israélo-palestinien

Le printemps arabe a pu faire oublier la primauté de la résolution de ce conflit pour la région. Avec les premières révoltes arabes, beaucoup de Palestiniens ont du ressentir un sentiment mitigé : une joie certes que les choses changent, mais aussi une déception de voir l’Occident soutenir les peuples en lutte, alors qu’il n’a jamais clairement appuyé la lutte du peuple palestinien pour l’autodétermination.

Saisissant leur part de chance dans le changement de contexte régional, Mahmoud Abbas a néanmoins présenté une requête de reconnaissance de l’Etat palestinien à l’ONU. Cette demande paraissait facilement acceptable par une Union Européenne dont l’objectif a toujours été la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël. Mais non, la demande de Mahmoud Abbas n’a pas reçu le soutien européen. L’UE, frileuse une fois de plus, n’a pas réussi à se mettre d’accord, ni à se distancer des Etats-Unis.

Alors certaines puissances européennes, soucieuses de rester en bons termes avec les Etat arabes en mutation, ont trouvé des solutions de rechange, comme la reconnaissance de la Palestine à l’UNESCO. Mais à quoi rime une reconnaissance dans un organe de l’ONU et le refus de cette même reconnaissance au sein des Nations-Unies elles-mêmes ?

De la même manière qu’elle semble jusqu’ici être passée à côté des révoltes arabes, la politique étrangère européenne n’a pas fait ses preuves sur la question de Palestine. Loin de là. Et pourtant la question est centrale dans la région. D’une part, elle représente le point d’achoppement de la plupart des tentatives de rassemblement méditerranéen. D’autre part, elle est l’exemple principal de la politique de deux poids deux mesures menée depuis trop longtemps par l’UE.

En définitive, même si les espoirs sont maigres de voir se développer une politique européenne courageuse et cohérente vis-à-vis du monde arabe, il est toujours permis d’espérer. Car au-delà du développement politique des sociétés arabes, ce sont également les valeurs fondatrices de nos sociétés qui sont en jeu dans les événements qui secouent les sociétés en transformation dans le sud Méditerranéen.(NJO)

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA – édito-rétrospective 23 décembre 2011.

BDS : une stratégie payante contre l’occupation israélienne

•15 décembre 2011 • Laisser un commentaire

En juillet 2005, une centaine d’organisations de la société civile palestinienne lance l’appel Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS). Le timing de cet appel n’est pas anodin. Il intervient suite l’avis émis en juillet 2004 par la Cour Internationale de Justice sur l’illégalité du mur construit par Israël dans le territoire palestinien occupé, qui un an après n’est toujours pas appliqué. Prenant acte du blocage du processus de paix, de la non-application des résolutions de l’ONU et de la politique persistante d’occupation et de colonisation menée par Israël, les organisations signataires appellent « les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid ».

 

Tout comme le Mouvement Anti-Apartheid (MAA), le mouvement BDS appelle ainsi les individus du monde entier, mais aussi les entreprises, et avec moins d’espoir peut-être, les Etats afin qu’ils sanctionnent la politique menée par l’Etat d’Israël jusqu’à ce que ce dernier :
1)    Mette fin à sa politique d’occupation et de colonisation du territoire palestinien ;
2)    Reconnaisse le droit des citoyens arabes d’Israël à une égalité absolue ;
3)    Applique la résolution 194 de l’AGNU qui accorde le droit au retour à tous les réfugiés palestiniens.

Progressant depuis 2005 en intensité, la campagne globale pour le BDS s’avère être une stratégie non-violente payante et qui a déjà remporté un certains nombres succès.

Boycott

Le premier boycott qui nous est accessible est le boycott des biens de consommation. Acheter des produits issus d’un régime d’occupation et d’apartheid, c’est contribuer au fonctionnement de ce système. En refusant d’acheter un produit israélien, nous posons donc un acte citoyen de refus de ces politiques. Mais en vue d’exercer une réelle pression économique sur Israël, le but final est néanmoins de persuader nos Etats d’adopter des mesures de boycott à l’égard d’Israël. Les actions de boycotts doivent donc être doublées d’une publicité et de lobby sur nos institutions politiques pour que celles-ci relayent ces mêmes revendications.

Le groupe Midi du SCI a récemment mené une action de sensibilisation au boycott des herbes pré-coupées et emballées venant d’Israël et vendues dans nos supermarchés (Delhaize, Carrefour, Colruyt, Makro). En Belgique, nous connaissons aussi les marques d’avocats Carmel et d’organes Jaffa, toutes deux auparavant exportée par la société israélienne Agrexco. Visée par des campagnes de boycott coordonnées au niveau européen (cfr.  http://www.coalitioncontreagrexco.net/), cette société a été déclarée en faillite le 30 août dernier par le tribunal de Tel Aviv qui a ordonné la liquidation des actifs de la société (Coalitioncontreagrexco.net, sept. 2011). Même si cette faillite n’est pas due à la campagne BDS, on ne peut que s’en réjouir. Néanmoins, il est certain que les exportations de fruits et légumes qu’effectuait Agrexco continueront à arriver sur nos marchés sous un autre nom, ou via une autre société comme Mehadrin. Il est donc nécessaire de rester attentif  à l’origine des produits que nous consommons.

La campagne BDS appelle également au boycott des institutions culturelles et académiques israéliennes, dont les activités ont toujours partie liée avec l’occupation. Un des fers de lance de la propagande israélienne est la culture. Par la culture, Israël veut effacer l’image de l’occupation des mentalités, la remplaçant par une image d’un pays empreint de culture et de technologies.

Quant aux universités israéliennes, elles collaborent toutes d’une manière ou d’une autre avec l’armée. Or de nombreuses universités européennes collaborent avec des universités israéliennes, dans le cadre du 7e Programme cadre de l’Union Européenne pour la recherche. En Belgique,  l’ULB participe à 6 projets de recherche avec universités israéliennes,  la VUB à 7, la KUL à 27, l’Université de Mons à 2, l’ULG à 6, l’UCL à 8, les FUNDP à 5 (Cordis.europa.eu). Il est nécessaire de faire comprendre aux autorités universitaires belges que de telles collaborations sont autant de soutiens de l’occupation israélienne.

Outre cette victoire, d’autres campagnes ont porté leurs fruits, mais se retrouvent aujourd’hui en attente du fait des difficultés financières rencontrées par les entreprises visées à cause de la crise.

Désinvestissements

Outre le boycott, le mouvement BDS appelle aux désinvestissements c’est-à-dire au retrait des actions et des fonds placés dans des entreprises complices de violations du droit international et des droits des Palestiniens.

En Belgique, la campagne contre Dexia vise à obtenir de l’ex-groupe franco-belge qu’il se débarrasse de sa filière israélienne. Dexia Israël a pour objectif le financement des communautés, dont les colonies israéliennes installées en Cisjordanie. La campagne contre Dexia avait remporté une victoire en mai dernier lorsque le groupe bancaire franco-belge Dexia avait annoncé lors de son Assemblée Générale qu’il revendrait sa filiale israélienne avant l’été. Nous sommes en décembre, et Dexia Israël n’a pas encore été revendue. Alors que la banque traverse une crise sans précédent, Dexia Israël fait encore partie des actifs de Dexia Crédit Local (DCL) (BDSMovement.net, 26/10/2011). Néanmoins, selon le magazine d’affaires israélien Globes, il semblerait que Dexia Israël ait été sciemment laissé à la branche française à cause du « boycott et pressions des organisations pro-palestiniennes en Belgique » (Globes, 10/10/2011).

Sanctions

Le troisième volet de la campagne concerne enfin les sanctions, que ce soit à travers les mécanismes onusiens ou par la rupture de liens économiques, diplomatiques ou militaires avec l’Etat d’Israël.

La principale avancée dans le domaine des sanctions a été l’établissement du rapport Goldstone mis en place par les Nations Unies afin d’établir les faits sur le conflit à Gaza. Malheureusement, malgré les nombreuses violations du droit international et du droit humanitaire par l’armée israélienne établies par le rapport, et malgré son approbation en novembre 2009 par l’AG des Nations Unies, aucune sanction n’a été émise par la communauté internationale à l’encontre d’Israël. Les Etats restent encore très frileux, d’où l’importance de pressions citoyennes sur nos gouvernements. Seul un tribunal militaire anglais a émis en décembre 2009 un mandat d’arrêt contre l’ex Ministre des Affaires étrangères israélienne Tzipi Livni, alors en visite en Angleterre, du fait de son rôle dans l’opération Plomb Durci un an avant. Susceptible d’être traduite en justice, elle avait du quitter précipitamment le territoire. Désormais, les hauts responsables israéliens sont obligés de demander une expertise sur le système légal du pays où ls se rendent afin d’éviter ce genre de situation, ce qui peut être considéré comme une belle victoire de la campagne BDS.

Malgré un lent démarrage, la campagne BDS semble être une stratégie payante pour mettre fin à l’occupation israélienne. La troisième session du Tribunal Russell pour la Palestine  qui s’est tenue à Cape Town les 5, 6 et 7 novembre passés a une fois de plus rappelé l’importance de la mobilisation de la société civile globale et a appelé « à répliquer l’esprit de solidarité qui a contribué à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, et ce en informant les parlements nationaux des conclusions de ce Tribunal ainsi qu’en soutenant la campagne pour le Boycott, les Désinvestissements et les Sanctions (BDS) ». (NJO)

Initialement paru dans le SCIlophone, trimestriel du SCI.

La volte-face des Etats-Unis

•30 octobre 2011 • Laisser un commentaire

Le 23 Septembre 2010, il y un an, Barack Obama s’exprimait devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies en ces termes : « Lorsque nous reviendrons ici l’an prochain, nous pourrions avoir un accord qui apportera un nouveau membre des Nations-Unies, un Etat indépendant et souverain de la Palestine, vivant en paix avec Israël ». Tous les espoirs étaient alors permis. De son côté, Salam Fayyad annonçait en 2009 la constitution d’un Etat palestinien viable endéans les deux ans. Les dates concordaient, septembre 2011 était donc attendu comme une date butoir pour la proclamation de l’Etat palestinien.

Mais, trois jours après la déclaration du Président américain devant les Nations-Unies, le moratoire de dix mois sur la colonisation en Cisjordanie expirait. A noter que ce moratoire n’a jamais concerné Jérusalem-Est, où l’effort de colonisation et de judaïsation s’est poursuivi incessamment durant toute l’année. Le 26 septembre, les associations de colons relancent donc  les constructions dans les colonies, en donnant le maximum de publicité à l’événement. Comme ils l’avaient annoncé, les Palestiniens quittent alors la table de négociations, considérant le prolongement du moratoire comme condition sine qua non d’une éventuelle reprise de celles-ci.

Décidé à obtenir une solution négociée au conflit, Barack Obama pèse alors de tout son poids sur Netanyahou afin qu’il prolonge le moratoire de quelques mois. Le président américain multiplie les concessions et les promesses à Israël en échange de deux ou trois mois supplémentaires de gel de la colonisation. Outre la vente de 20 chasseurs F-15 pour une valeur de 3 milliards d’euros, les Etats-Unis s’engagent ainsi à adopter une série de positions en soutien à la politique du gouvernement Netanyahou, comme de s’opposer aux campagnes de délégitimation de l’Etat d’Israël mais aussi à toute initiative palestinienne aux Nations-Unies.

Les Etats-Unis ont donc bradé leur veto à la reconnaissance de l’Etat palestinien contre un prolongement du moratoire sur la colonisation en novembre dernier. Et aujourd’hui, alors que le prolongement n’a pas été obtenu, la Maison-Blanche s’oppose néanmoins à l’initiative palestinienne. Cet exemple n’est toutefois que le premier d’une série qui illustrera tout au long de l’année la faiblesse diplomatique des Etats-Unis vis-à-vis d’Israël.

En janvier, changeant de stratégie, l’Autorité palestinienne essaye de faire passer, via le Liban, actuellement membre du Conseil de Sécurité, une résolution visant à faire déclarer la colonisation illégale. Ayant obtenu le soutien de la majorité des membres du Conseil de Sécurité, la résolution se heurte finalement au veto américain alors qu’elle était littéralement un calque de la position américaine sur le sujet.

Le 20 mai, le Président américain parle devant l’AIPAC, l’American Israeli Public Affairs Committee, la principale organisation du lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Dans son discours, il propose la création d’un Etat palestinien sur base des frontières de 1967, c’est-à-dire la Ligne verte définie lors de l’armistice en 1949. Netanyahou, arrivé le lendemain à Washington, exprime vigoureusement son opposition à cette proposition. Selon le gouvernement israélien actuel, les frontières de 67 sont indéfendables. Négocier sur leur base signifierait un retrait de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, ce qu’il refuse catégoriquement. Position étonnante du gouvernement israélien s’il en est puisque toutes les tentatives d’accord sont basées sur cette ligne d’armistice de 1949. Dans ce climat de tension entre les deux hommes, Netanyahou prononce alors un discours devant le Congrès lors duquel il recevra quelque 29 standing ovations.

Cet épisode met en lumière toute l’influence qu’exerce le lobby pro-israélien sur la politique étrangère américaine.

John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt ont analysé cette influence  dans leur ouvrage « Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine » (trad. fr ., éditions La Découverte, 2009). Selon eux, les Etats-Unis soutiennent inconditionnellement la politique israélienne, parfois  même au détriment de leurs propres intérêts. Le système américain est particulièrement sensible à l’influence des groupes d’intérêts car « les élections sont très coûteuses pour les candidats et la règlementation sur le financement des campagnes n’est pas des plus strictes » (p. 153). Or, le lobby pro-israélien dispose de ressources et de compétences élevées, lui permettant d’exercer des pressions significatives que ce soit sur la Maison Blanche ou sur le Capitole. Et le lobby pro-israélien est jusqu’ici dominé par l’AIPAC dont la tendance politique se rapproche de celle du Likoud.

Cette mainmise du lobby pro-israélien sur la politique américaine au Moyen-Orient n’est pourtant pas une fatalité. En effet, face à la toute puissante AIPAC, un nouveau lobby a été créé en 2008. J-Street se définit comme le bras politique du mouvement pro-Israël et pro-paix, soulignant à l’inverse de l’AIPAC que ces deux positions ne sont pas inconciliables. Même s’il est encore loin de déloger l’AIPAC, son influence croît progressivement au sein du Congrès, laissant espérer des lendemains plus heureux pour la politique étrangère des Etats-Unis.

Mais tout cela nous mène loin de septembre. Les Etats-Unis ont en effet confirmé leur intention d’opposer un veto à la démarche palestinienne à l’ONU. Déjà assez attaqué sur d’autres politiques, Barack Obama doit conserver le maximum de soutiens en vue de sa réélection en 2012.

Au Conseil de Sécurité, une majorité de neuf votes est nécessaire pour l’admission d’un nouveau membre, ces neuf membres devant nécessairement comprendre les cinq permanents. Sans le veto américain, ce nombre aurait pu être atteint étant donné qu’aucun autre membre permanent n’avait encore exprimé l’intention de mettre son veto.

Il est très frappant de constater qu’excepté les Etats dits occidentaux, la plupart des Etats membres des Nations-Unies comptent se prononcer en faveur de l’initiative palestinienne. Les Etats membres européens essayent de leur côté d’adopter une position commune. Malgré les hésitations européennes, les Etats-Unis réalisent néanmoins qu’ils ne pourront obtenir assez de soutiens pour bloquer la résolution aux Nations-Unies et tentent encore vainement de convaincre le leadership palestinien d’abandonner la démarche. Mais une telle marche arrière signifierait la mort politique assurée de Mahmoud Abbas et de son équipe, ce qui laisse présager un refus catégorique.

Un seul danger persiste. En effet, il est possible que, soit à l’initiative des Etats-Unis ou de l’Union européenne,  devant le déficit de soutien à leur position, certains Etats proposent des compromis aux Palestiniens sous la forme d’une reconnaissance sous le statut d’ « Etat observateur » ou toute autre avancée symbolique. Or, une résolution qui serait ainsi vidée de sa substance ne serait pas plus utile aux Palestiniens que ne le sont les multiples cycles de négociations sans résultats qui ont cours depuis les accords d’Oslo.(NJO)

Initialement publié dans le bulletin de l’Association Belgo-Palestinienne n°49, octobre 2011.

Egypte : sauvegarder les acquis de la révolution

•19 octobre 2011 • Laisser un commentaire

Suite à l’incendie d’une église vendredi 30 septembre à Assouan,  une manifestation était organisée par la communauté copte au Caire dimanche passé. Ayant débuté dans le quartier populaire de Shoubra, la marche rassemblant des milliers de manifestants, s’est terminée dans le sang à Maspero en face du bâtiment de la télévision officielle égyptienne. D’abord attaquée par des groupes armés, ce sont finalement les forces armées égyptiennes elles-mêmes qui ont attaqué la foule de manifestants, faisant 25 morts dont 17 coptes et plus de 300 blessés (voir le récit des événements par Sarah Carr dans Al Masry al youm).

Ces violences sont inquiétantes à plusieurs titres. Elles sont bien sûr le signe de la détérioration de la situation pour la communauté copte dans l’ère post-Moubarak, mais elles sont également et avant tout un signe des dangers qui planent sur la jeune démocratie en construction. En effet, cette détérioration n’est pas tant le fait d’extrémistes religieux que le résultat d’une politique menée sciemment par les partisans de l’ancien régime. Les affrontements communautaires aident à légitimer le maintien de la loi d’urgence, donc le tout pouvoir aux militaires.

C’est sans doute là un des plus grands pièges que devra éviter la jeune démocratie. La majorité des Egyptiens est favorable à la liberté de religion et soutient l’entente entre les deux communautés. Mais les foules sont manipulables, surtout par les médias. Et les médias officiels sont encore aux mains de partisans de l’ère Moubarak qui maquillent donc régulièrement la réalité afin de servir leurs objectifs.

Mais les forces révolutionnaires restent néanmoins vigilantes comme le démontre un communiqué émis par 29 personnalités politiques et figures publiques égyptiennes ce jeudi 13 octobre. Selon elles, les événements du 9 octobre ont été entièrement orchestrés par le Conseil Supérieur des Forces Armées (voir le compte-rendu dans The Daily News Egypt du 13 octobre). Interrogé par La Libre ce vendredi, le porte parole du mouvement du 6 avril, Waleed Rashed, donne la même analyse : « Ce qui s’est passé dimanche n’est pas un problème entre musulmans et chrétiens, mais entre l’armée et les chrétiens », « Les coptes ont compris que ce n’était pas les musulmans à l’origine du problème et ont appelé les fidèles à ne pas se venger ». Il explique que les seuls affrontements réels entre musulmans et coptes se déroulent dans des lieux où l’éducation est plus faible. Mais l’Egypte post-Moubarak aspire selon lui à devenir à un Etat civil.

Ces événements démontrent toute la fragilité de la transition égyptienne. L’Union Européenne et ses Etats membres ont un rôle important de soutien à jouer afin de renforcer les garants des acquis de la révolution, et leur permettre d’aller de l’avant. Sans s’ingérer dans les affaires égyptiennes, l’Union Européenne doit donc aujourd’hui trouver les moyens de mettre en œuvre sa nouvelle politique de voisinage, et cela en cohérence avec les valeurs de démocratie et de droits de l’homme qu’elle prétend défendre.(NJO)

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA, le 14 octobre 2011.

La Palestine à l’ONU : les cartes sont sur la table

•26 septembre 2011 • Laisser un commentaire

Le speech de Mahmoud Abbas vient de se terminer, recevant une vibrante ovation d’une vaste majorité de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Le leader palestinien a demandé l’adhésion à part entière de la Palestine au sein de l’organisation. Et pourtant, la messe est dite. Le veto américain tombera tôt ou tard, excluant l’adhésion d’un Etat de Palestine aux Nations Unies. Outre la question de fond que pose l’initiative palestinienne, les réactions par rapport à cette démarche nous révèlent en fait la vraie figure des politiques occidentales au Moyen-Orient.

Dans son allocution à l’Assemblée Générale des Nations Unies, un an après avoir appelé de ses vœux la création d’un Etat palestinien en 2011, Barack Obama a réitéré la position américaine actuelle, calquée sur la position israélienne, que la paix ne peut venir que d’une solution négociée. A un an des présidentielles aux Etats-Unis et d’une possible reconduction de son mandat, cette volte-face américaine entre 2010 et 2011 montre bien le peu de latitude laissée à Barack Obama dans ses décisions de politiques étrangères, spécialement en ce qui concerne Israël.

Face à ce revirement américain, la déception palestinienne est perceptible. Mahmoud Abbas et son équipe ne sont pas à blâmer pour le blocage du processus de négociations, et Obama le sait pertinemment. Depuis la fin du moratoire sur la colonisation fin septembre 2010, le gouvernement israélien n’a fait aucun effort pour freiner la construction de nouveaux logements dans les territoires occupés. En adoptant une attitude aussi, le parrain du processus de paix, qu’étaient les Etats-Unis, ne pourra plus jamais s’affirmer comme arbitre neutre de la situation.

De son côté, Nicolas Sarkozy s’est exprimé devant la même assemblée, proposant à la Palestine d’acquérir non pas le statut d’Etat membre, mais celui d’Etat observateur. Le président français propose la solution – connue depuis longtemps par l’OLP – qui permet d’éviter l’introduction de la demande auprès du Conseil de Sécurité, et donc d’éviter aux Etats-Unis de devoir imposer leur veto. Une solution qui montre également que l’Union Européenne n’a pas réussi à s’accorder,  et a finalement trouvé une position intermédiaire qui semble arranger tout le monde.

En effet, un Etat non membre a en soi une certaine charge symbolique, mais également, par le caractère étatique qu’il confère donne accès à la ratification de certains traités, dont celui de la Cour pénale internationale. Néanmoins, étant donné qu’une telle éventualité est justement ce qui effraie Israël, il est probable qu’un statut spécial soit accordé à la Palestine, qui exclue la possibilité de telles démarches. Il faudra donc analyser les conditions de l’adhésion de la Palestine à l’ONU en tant qu’Etat non membre avant de se réjouir.

Les Palestiniens, dont certains étaient déjà sceptiques sur la démarche de l’Autorité Palestinienne, n’y verront finalement qu’un énième artifice pour éviter de leur donner l’indépendance pleine et entière. Pour la plupart, être Etat membre ou non membre à l’ONU ne change en effet rien à l’occupation israélienne qu’ils subissent quotidiennement. Le  relatif échec de l’initiative palestinienne à l’ONU risque enfin de donner le coup de grâce à la vieille garde du Fatah qui entoure le Président de l’Autorité Palestinienne, et par extension à décrédibiliser l’ensemble de l’institution.

Ayant quasiment vidé de son sens la démarche palestinienne, la communauté internationale donne donc à nouveau la priorité à des négociations. Des négociations qui doivent aujourd’hui prendre place dans un contexte des plus difficiles. Et si ni Etats-Unis, ni Union Européenne ne sont capables d’assurer le rôle de parrain neutre du processus de paix, quel avenir lui est destiné ? L’Union Européenne a montré par le passé qu’elle était un acteur faible sur la scène internationale. Les choses pourraient pourtant changer. Autant la situation sur la scène israélo-palestinienne que le printemps arabe exigent des réformes et des actions qu’elle ne semble en définitive pas en mesure de réaliser.(NJO)

Initialement publié sur le site de l’Institut MEDEA (23/9/2011).

Le printemps palestinien

•1 août 2011 • Laisser un commentaire

Le 17 décembre dernier à Sidi Bouzid en Tunisie, Mohammed Bouazizi ne trouvait pas d’autre solution que de s’immoler par le feu pour mettre fin à une vie sans avenir. Aurait-il pu imaginer les conséquences de son geste sur la région ? En effet, un mois après sa mort, le Président tunisien Ben Ali fuit le pays, forcé par son propre peuple et l’armée. Et depuis, les uns après les autres tel un jeu de domino,  les régimes arabes sont secoués: Egypte, Yémen, Bahrein, Libye, Syrie…   Les peuples défient leurs dirigeants au nom des mots d’ordre de liberté, de justice et de dignité.

Les premiers temps du printemps arabe ont été enthousiasmants, mais une ombre demeurait,  celle de l’occupation israélienne de la Palestine. Parmi tous ces soulèvements, le peuple palestinien demeurait étonnamment en reste. Pourtant, faut-il rappeler que ce sont les Palestiniens qui les premiers se sont ainsi soulevés ? Déjà en 1936, la grande révolte arabe avait vu les Arabes de Palestine protester pacifiquement à la fois contre la présence anglaise et la présence juive sur leur terre ancestrale. En 1987, les Palestiniens des territoires occupés déclenchaient l’Intifada, mot arabe signifiant soulèvement et aujourd’hui repris par les peuples arabes en révolte.

Mais si le printemps arabe dans ses débuts semblait ignorer les Palestiniens, ces derniers semblent aujourd’hui commencer à en sentir le souffle.

 

Changements géopolitiques

Avant de regarder de plus prêt les événements qui ont eu lieu au sein même des Territoires Palestiniens Occupés, il est nécessaire de souligner l’impact des révolutions arabes sur la carte géopolitique de la région.

Si la chute du régime tunisien n’eut qu’un impact limité sur la Palestine – via le bureau de l’OLP encore aujourd’hui accueilli à Tunis, la fuite de Moubarak a quant à elle ouvert des perspectives de changements  bien plus importantes. Le régime du raïs jouait en effet un double jeu depuis longtemps, s’enflammant d’une part contre l’ennemi israélien dans des discours destinés à convaincre son peuple, il continuait d’autre part à plier l’échine devant les demandes israélo-américaines. L’Egypte maintenait par ailleurs l’étanchéité de sa frontière avec Gaza de peur d’un renforcement des Frères Musulmans en Egypte.

La chute de Moubarak remet toute cette politique en question. Le 1er mai dernier, Nabil Al Arabi, chef de la diplomatie égyptienne, a ainsi appelé à une réouverture permanente du terminal de Rafah. Les manifestations récentes des Egyptiens devant l’ambassade israélienne au Caire montre la sympathie des peuples arabes vis-à-vis de leurs voisins palestiniens et la pression qu’ils sont résolus à mettre sur le nouveau régime à ce propos.

D’un autre côté, la crise syrienne peut également avoir des conséquences sur la géopolitique régionale.  Le régime de Bachar al Assad maintient en effet des liens forts avec l’Iran et sert de terre d’exil à des mouvements tels que le Hamas et le Hezbollah. Néanmoins si une perspective de changement de régime peut signifier une mise à mal de ces mouvements, elle est aussi de nature à faire peur à Israël, ce dernier préférant la stabilité d’un ennemi connu à l’incertitude du changement.

Depuis le début des révoltes arabes, Israël montre en effet des signes de nervosité. La colonisation s’accentue, l’armée se prépare. Le gouvernement Netanyahou semble enfin se rendre compte que la politique qu’il mène a un prix qu’il faudra un jour payer. Afin de se prémunir contre d’éventuels revers futurs, sa stratégie semble donc d’engranger les plus possible de faits sur le terrain.

 

La réconciliation palestinienne vue par le caricaturiste brésilien Latuff

Réconciliation

Du côté palestinien, l’atmosphère était jusqu’il y a peu anormalement calme. Mais si rien ne se passait, ce n’était pas faute de prévoir quelque chose. La révolte sourde en permanence au sein du peuple palestinien, la plupart diront d’ailleurs que le soulèvement est aujourd’hui inévitable. Mais le mouvement de résistance y a atteint la maturité nécessaire pour sentir que le soulèvement en question n’est pas possible tout de suite. C’est pourquoi, les Palestiniens ont emboîté le pas à leurs voisins arabes au rythme d’un autre slogan : au désormais traditionnel « le peuple veut la chute du régime », ils ont préféré « le peuple veut mettre fin à la division».

Le mouvement contre la division lancé le 15 mars dernier semble avoir été entendu puisque le Fatah et le Hamas ont fini par conclure un accord de réconciliation mettant fin à quatre ans de division intra-palestinienne. Les dirigeants ont sans doute entendu leur peuple, mais ont également évalué leurs positions. Cette réconciliation vient à point pour un Hamas mis à mal par le vacillement du régime de Damas, et un Fatah dont la légitimité était sérieusement érodée par les échecs de sa politique et la vague de protestation qui traverse la région.

L’accord établi le 4 mai au Caire est encore très vague et fragile, mais les manifestations de joie qui l’ont suivie en Cisjordanie et à Gaza prouvent que telle était en tous cas la volonté du peuple palestinien.

 

Vers une troisième Intifada ?

Depuis quelques semaines déjà, une page Facebook était apparue appelant les Palestiniens et leurs amis internationaux à déclencher une troisième Intifada le 15 mai. Même si Israël a tenté de faire supprimer la page, rares étaient ceux qui croyaient qu’une réelle Intifada serait lancée ce jour-là.

Néanmoins, le 15 mai ne s’est pas déroulé dans le calme, loin de là. Il faut rappeler que le 15 mai est la date retenue par les Palestiniens pour la commémoration de la Nakba (catastrophe en arabe), c’est-à-dire leur expulsion de la Palestine en 1948. Cette date symbolique, additionnée à l’appel à une troisième Intifada et à l’unification récente des factions politiques palestiniennes contribuèrent à mettre les forces israéliennes sur le qui vive. Et pourtant, alors que tout le monde, Israéliens compris, avaient les yeux rivés sur les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, le mouvement est venu d’ailleurs. En effet des milliers de réfugiés Palestiniens du Liban et de Syrie ont tenté – et parfois réussi – de passer la frontière, exerçant ainsi de facto leur droit au retour sur la terre de Palestine. Ce moment symbolique est néanmoins resté bref puisque l’armée israélienne n’a pas hésité à tirer à balles réelles faisant une dizaine de morts et des centaines de blessés. Une répression qui n’a pas découragé les mêmes d’à nouveau tenter l’expérience le 5 juin pour commémorer le début de la guerre de 1967.

 

Le printemps arabe n’a donc pas oublié la Palestine. Une fenêtre d’opportunité semble en effet s’ouvrir aujourd’hui pour les Palestiniens. Elle est due à la fois aux révoltes arabes, mais aussi à une politique israélienne qui s’auto-discrédite et un mouvement mondial pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) qui ne cesse de se renforcer. De plus, des débats ont actuellement lieu au sein des diplomaties du monde pour soutenir la candidature de la Palestine à l’accès au statut de membre à part entière à l’ONU en septembre prochain. Une lueur d’optimisme apparait donc soudain pour un peuple qui lutte stoïquement depuis plus de soixante ans pour la liberté, la justice et la dignité.(NJO)

Initialement publié dans le SCIlophone (trimestriel du SCI – Projets internationaux), n°51, juin-juillet-août 2011.